23/08/2008

Les jouissances brestoises

Quelques lecteurs m'ont écrit récemment pour me reprocher de trop "taper sur les fonctionnaires". Je sais bien que la plupart des fonctionnaires qui vivent à Brest perçoivent la dégradation apportée depuis François Cuillandre, surtout par rapport au maire précédent, ainsi que le caractère périlleux pour la ville du projet de tramway.

Toutefois il reste des réalités sociologiques. Que dans la France actuelle salariés du privé et du public soient devenus deux populations au destin différent, cela tous les rapports le confirment. Mais il y a à Brest un problème spécifique, qui est que quand statutaires et précaires se retrouvent dans un même lieu, alors il y a danger d'acte illégal envers le précaire.

La différence de traitement juridique est frappante par exemple en ce qui concerne les vols commis de notoriété publique par les statutaires de l'arsenal, mais cela est trop grossier, car cela ne rend pas la variété de cet appartheid social et ses multiples déclinaisons dans la vie quotidienne. Je vais plutôt vous donner l'exemple de ce qui m'est arrivé aujourd'hui et hier.

Je me rends dans une administration pour effectuer une démarche, et me présente donc à l'accueil après avoir franchi la porte. Là, je vois une personne devant le guichet en train d'expliquer son cas à la fonctionnaire derrière le guichet. J'attends donc mon tour, le bout du pied touchant au sol la ligne de confidentialité, que les suivants dans la file d'attente sont tenus d'observer.

La conversation de la dame au guichet dure. Peu à peu, je me rends compte qu'elle parle à la fonctionnaire avec une certaine familiarité, et qu'elle parle du fonctionnement interne de ladite administration : "Le directeur il est plutôt ceci et pas cela tu vois"... "Oui tu comprends, mes enfants ils sont comme ci et pas comme ça alors on a du faire ça"... Je comprends donc que la dame debout qui me tourne le dos est en fait une collègue de la dame assise dont je devrais être en train de requérir les services.

La conversation s'éternise. Au bout d'un moment, la fonctionnaire qui est en train de me bloquer l'accès au service public jette de petits coups d'oeil en arrière, histoire de faire comprendre qu'elle s'est bien aperçue de ma présence. Cela ne l'empêche nullement de continuer à discuter. Il faudra encore de longues minutes avant qu'elle décide de cesser sa conversation privée et me laisse accéder à ce à quoi j'ai droit.

Cette situation, je viens de la vivre deux jours de suite, avec à chaque fois une personne différente derrière le guichet et devant le guichet. Il semble que la pratique soit répandue dans cette administration. Le guichet où attendent les usagers est devenu le lieu des potins entre copines. D'habitude, c'est plutôt par hasard, grâce à une porte mal fermée au fond d'un couloir sombre, que l'on entraperçoit des fonctionnaires en train de prendre le café en papotant, alors que l'on attend dans l'anxiété un service urgent. Mais à Brest maintenant, on est modernes, transparents : on fait ça droit devant vous.

Mais surtout, c'est la dégaine de la personne qui s'en va après avoir bloqué l'accès au précaire qui reste difficilement descriptible, toujours la même allure d'ailleurs malgré le changement de personnes. Ce mélange ineffable d'allégresse et d'oubli. L'indifférence de la ménagère blasée qui jette dans le bac un sac poubelle anonyme; la jouissance aiguë de la jeune aristocrate qui insulte un domestique pour son premier bal. Ce frisson mystérieux où le soupir d'aise rejoint le caca nerveux. La démarche altière et libérée de l'ego ridicule qui s'élève sur les vagues de la supériorité.

La superbe des médiocres. La domination facile du faible au plus faible. La témérité des planqués. Le naturel des lâches. La subreptice incivilité des torpeurs coloniales.

C'est cela la vie quotidienne à Brest, et c'est cela aussi le projet du tramway. Ceux qui l'on choisit sont presque tous statutaires, mais ils ne se sont pas contentés de dire "Ca nous dégoûte de monter dans le bus avec les chômeurs, s'il faut prendre le transport en commun pour l'écologie, alors on veut un transport de première classe". Non, ils ne se sont pas contentés de se mettre en retrait sur leur ligne à eux, entre gens biens. Non, ils ont choisi de faire supporter le coût de la ligne de tramway par une augmentation des prix du ticket sur l'ensemble du réseau.

Ils savent que ce sont en majorité les précaires, ceux qui n'ont pas de voiture, qui prennent le bus. Ils savent que l'inflation est là, et que pour les précaires chaque sou est devenu précieux. Ils savent qu'ils vont faire du mal en augmentant le prix du ticket. Ils le savent et cela les trouble au plus profond, car il y a le plaisir obscur de transgresser l'héritage socialiste. Puis ils l'oublient, et ils jouissent de cette insouciance retrouvée, car l'inconscience coupable est la divine ambroisie des socialistes brestois, le nectar de l'Olympe.


07/08/2008

Raining stones

Quatrième jour sans électricité pour Trollibus, qui a pourtant payé la semaine dernière, plusieurs jours avant la coupure par EDF. Les responsables continuent à bénéficier de l'électricité gratuite.

Quand je vous disais qu'on vit à Brest dans un état d'appartheid social. Ce ne sont plus des vies parallèles, avec des revenus et des parcours différents, dans beaucoup de cas les titulaires sont devenus dangereux pour les précaires.

Un autre exemple ? Un jour on découvre une disparition de matériaux à l'Arsenal. La gendarmerie maritime diligente alors une enquête à l'encontre des précaires de la sous-traitance. Une enquête fastidieuse. Alors que tout le monde sait que les ouvriers statutaires de l'Arsenal emmènent régulièrement des matériaux chez eux. Et même, qu'ils se livrent régulièrement à des travaux personnels sur leur temps et leur lieu de travail.

A quand la grande enquête judiciaire sur la spoliation des biens publics par les ouvriers de l'Arsenal ?

Un autre exemple, dans l'Education. Le ministère décide que tous les établissements d'enseignement secondaire devront faire passer le B2i, un examen visant à vérifier que la totalité d'une classe d'âge possède les compétences informatiques de base (ouvrir un fichier, répondre à un email...). Il ne s'agit pas d'un examen de haut niveau, mais plutôt de rendre un service social aux gamins qui n'ont pas d'ordinateur à la maison, de façon à ce qu'ils ne soient pas ridiculisés sur le marché du travail.

Eh bien les profs refusent. Sans grève, sans manifestation, sans discours, sans justification, les profs refusent. La décision est prise par le ministère, et les profs refusent, dans un silence absolu. Pas le niveau, pas le temps, pas la motivation. En attendant, la totalité des enfants d'enseignants bénéficient d'un ordinateur à la maison où ils peuvent s'exercer.

Aujourd'hui, je pense particulièrement à Annick Cleach et Marif Loussouarn, les principales adjointes préparant le tram dans la précédente municipalité, deux dames assez fines qui ont eu l'intelligence de s'éclipser avant que les ennuis commencent.

Toutes deux sont statutaires. L'une, géographe à l'UBO, est habituée à étudier le tissu urbain, et les interactions entre transports et précarité. L'autre assistante sociale, est habituée à voir des cas difficiles, à observer ces parcours de vie où l'espace-temps se contracte, où chaque euro dépensé devient une décision stratégique, pour survivre jusqu'au mois prochain.

Toutes deux étaient parfaitement au courant des effets dramatiques de l'inflation sur ceux qui ont déjà trop peu, et des désastres familiaux que cela provoque. Toutes deux avaient la possibilité d'instaurer le transport public gratuit, car à Brest les recettes des tickets équivalent à-peu-près aux frais de billetterie. Dans ces circonstances évidentes pour une municipalité de gauche, ou même pour la dignité humaine tout court, toutes deux ont pourtant fait le choix du tramway, qui va augmenter le coût des tickets.

Et le tout dans une ambiance de profits industriels peu clairs, de spéculation immobilière, de gros sous.

Pensant à Mmes Cleach et Loussouarn, la question que je me pose est : où finit la trahison, où commence la brutalité ?


21/05/2008

De l'irresponsabilité

Ces jours-ci la presse annonce le début du choix des couleurs des rames de tramway, procédure d'apparence démocratique, mais en fait très encadrée, entièrement verrouillée et contrôlée, comme d'habitude dans la politique brestoise.

En voyant la photo d'Alain Masson, vice-président chargé des grands travaux, dans l'article du Ouest-France, j'ai eu l'impression de décrypter sur son visage un curieux mélange de grand sérieux professionnel, de totale inconscience du mauvais goût des 3 jeux de couleurs proposés, et une certaine inquiétude due à une conscience diffuse d'être en train de faire une grosse connerie. Se pourrait-il que M. Masson soit en train de réaliser qu'il s'est fait avoir en acceptant le poste des grands travaux, par rapport à Mmes Cleach et Loussouarn qui ont réussi à se carapater à temps, juste avant que les ennuis commencent ? Bah, ce n'est juste qu'une impression.

Je ne peux pas résister à l'envie de vous citer avec un certain amusement l'extrait suivant du même article:

Chaque projet se décline en trois coloris : le blanc, « élégant et intemporel », est en phase avec l'architecture brestoise assez « minimaliste ». Le vert anis, « frais et tonique », exprime le renouveau « que va générer l'arrivée du tramway ». Le framboise, enfin, affirme « chaleur, audace et originalité. »

Les guillemets sont de l'auteur, le journaliste Yves-Marie Robin. Vous noterez la présence au milieu de ce texte d'une mention sur l'effet magique qu'est censé apporter le tramway tout autour de lui, tel un petit train des elfes sortant de la forêt, revigorant plantes, rosée et petits lapins sur passage. En mettant "que va générer l'arrivée du tramway" entre guillemets, l'auteur a-t-il voulu camoufler cet argument entre les mentions de couleurs, de façon à créer une suggestion hypnotique, ou commence-t-il lui-même à douter d'un effet du tramway autre que la présence du tramway lui-même ?

Quoiqu'il en soit, en voyant les graphiques, je crois comprendre le désir de tramway qu'expriment certains élus. C'est un peu comme le désir d'un gadget tout neuf. J'éprouve parfois ce genre de sentiment à la vue de nouveaux téléphones portables hyper-performants. Mais je me reprends bien vite en me disant que je ferais mieux de garder l'argent pour payer mes traites, que mon modèle actuel me suffit amplement, et que tout le monde s'en fout un peu, que j'ai un nouveau portable ou pas, du moment qu'on puisse continuer à me joindre.

Les élus brestois au contraire me font penser à ces pré-adolescents à qui on doit retirer l'Internet, pour qu'ils arrêtent d'y acheter des bêtises. A qui on devra expliquer longuement que ce mois-ci on ne pourra pas leur acheter le même gadget que les copains.

Ce qui m'amène à une hypothèse sociologique : la continuation du projet de tramway à Brest, contre toute vraisemblance, ne serait-elle pas due à la surreprésentation au pouvoir de la classe sociale des fonctionnaires ?

Beaucoup de lecteurs croiront sans doute détecter dans ce que je dis le clivage politique entre social-démocratie et libéralisme, entre gauche et droite. Mais je ne me situe pas dans ce clivage là, je suis du côté des gens précarisés, et j'aurais autant à dire contre les entreprises en d'autres occasions. Quoiqu'il en soit, à Brest et en ce moment, ce sont plutôt les fonctionnaires qui règnent.

On connaissait déjà le paradoxe français. D'une part, ce sont les fonctionnaires qui sont les plus aptes à devenir élus locaux, parce qu'ils ont déjà des compétences concernant les procédures publiques, parce qu'ils ont des horaires stables, voire aménagés pour faire de la politique, parce qu'ils ont une carrière stable qui conserve leur sérénité et leur moral. D'autre part, les fonctionnaires de part leur statut sont protégés à vie, dans leur vie privée, des éventuelles catastrophes des économies locales. Le paradoxe est donc que ce sont les gens les plus indifférents à l'économie locale qui arrivent aux manettes de l'économie locale.

D'où le risque qu'ils se servent de leurs fonctions d'élus locaux pour faire joujou avec l'urbanisme ou la culture de manière irresponsable, par exemple en achetant des gadgets tout neufs qui leur font plaisir.

Maintenant, pour analyser cette influence des fonctionnaires un peu plus profondément tout-de-même, je voudrais mentionner deux paramètres supplémentaires.

Premièrement, les agents du service public ont dans leur culture professionnelle, et heureusement d'ailleurs, le devoir de se conformer localement aux procédures qui s'appliquent ailleurs dans tout l'Etat français. On ne peut pas le leur reprocher, la loi c'est la loi, les décisions ministérielles font autorité, et ils ne sont pas là pour exprimer leur fantaisie locale. Cependant, quand ils deviennent élus locaux, cela peut tourner au vice si les individus en question n'ont pas l'agilité d'esprit nécessaire. On voit bien qu'une partie des motivations du projet de tramway brestois est de "faire comme les autres". Mais faut-il "faire comme les autres" quand quasiment aucun des paramètres des autres ne s'applique à nous, si les autres resteront complètement à notre éventuelle faillite, et si l'Etat n'exige pas que nous fassions ce que nous ne pouvons pas faire ? Les élus locaux devraient être là au contraire pour faire valoir les spécificités locales, par rapport à la présence de l'Etat.

Je pense que François Cuillandre en particulier est psychologiquement incapable de faire quelque chose qui n'a pas déjà été fait ailleurs, et qu'il est incapable de décider une sortie à temps du projet de tramway parce qu'il ne trouve pas un exemple de procédure déjà appliquée ailleurs.

Deuxièmement, je pense que l'Etat en France est en partie indigne. Je pense que déjà les Français en général ne sont pas vraiment civiques, mais que la fonction publique ajoute en plus une autorité et une impunité qui rendent l'incivisme français fort cruel. On peut évoquer l'affaire d'Outreau bien sûr, mais je pense plutôt à ces milliers d'actes quotidiens vite oubliés, qui sont pourtant absurdes, cruels, non nécessaires, impitoyables. Je ne dis pas que tout fonctionnaire a commis des actes cruels, je dis que tout fonctionnaire qui a un peu de bouteille a été le témoin d'actes indignes, et qu'il n'a pas démissionné. Je dis par exemple que tout enseignant qui a un peu d'ancienneté a pris connaissance de l'évolution des programmes des IUFM, et n'a pas démissionné. Et ainsi de suite dans les autres corps.

C'est peut-être un peu tiré par les cheveux, je sais, mais j'essaye désespérément de trouver une explication à la tolérance que montrent les militants du Parti socialiste, face à un grand projet industriel et civil dont la liste des actionnaires n'est pas publiée. ce que je constate, c'est qu'ils sont les témoins de quelque chose d'indigne et qu'ils ne protestent pas.

Mais tout espoir n'est pas perdu. Après tout, puisque sortir de ce projet il faudra, alors on verra bien tôt ou tard se lever une tendance modérée et lucide dans le PS brestois. Et puisqu'ils parlent tous de "sauver la République" ou "se méfier du grand capital", "éduquer à la rationalité" ou "sauver les services publics", alors ils finiront tôt ou tard par appliquer leurs principes localement, non ?

Et puis, il y a de nouvelles générations, au PS. C'est pourquoi, dans la joie et la bonne humeur, et puisqu'on a le droit de rigoler après tout, je vous offre aujourd'hui en exclusivité, et pour terminer cet article, l'avant-première de la manifestation culturelle que préparent les élues du PS pour leur prochain congrès national, élues qui comme chacun sait sont des marrantes, pleines d'esprit, d'humanité et de vitalité :


15/03/2008

NO VOX

La scène se passe chez Jabil, grand employeur industriel de la région brestoise. Il y a les employés de Jabil, que je vais appeler "titulaires", et des salariés de la sous-traitance, que je vais appeler "précaires", qui sont chargés de travaux d'entretien.

Un jour, les précaires sont chargés de réparer les toilettes d'une aile du bâtiment. Il mettent donc un panneau pour interdire d'employer ces toilettes-là pendant les travaux. Les titulaires passent outre et utilisent les toilettes quand-même. Les précaires mettent donc des rubans de chantier pour interdire l'accès aux toilettes. Les titulaires les déchirent et utilisent les toilettes quand-même.

Choquant, non ? Mais on n'en aura pas parlé pendant cette campagne. C'était entre gens bien. On ne pouvait pas parler des toilettes de l'agglomération.

Passons à un autre exemple dans le tertiaire. Un précaire au chômage est envoyé par l'ANPE dans un collège de Plouzane, pour occuper un emploi aidé, au smic à mi-temps, de technicien informatique.

Une prof d'anglais lui demande d'installer un forum sur Internet pour que ses élèves s'y exercent à écrire en anglais. Le précaire installe le forum et, quelques jours après, il se rend compte que deux élèves ont profité de l'exercice pour insulter d'autres profs du collège. Il efface donc les deux messages injurieux, conformément au règlement de l'Education nationale.

La prof d'anglais va alors se plaindre à la direction, parce qu'elle voulait conserver les insultes en ligne pendant plusieurs jours, le temps de corriger tranquillement les exercices. Et... elle obtient gain de cause, et le contrat du précaire ne sera pas renouvelé.

Des exemples de ce genre, on pourrait en trouver partout en France. Mais à Brest c'est plus marqué, parce qu'il y a peu de bourgeoisie de droite, peu de bobos de gauche, il y a surtout les titulaires de la fonction publique ou des industries d'Etat, et les précaires de la sous-traitance.

Depuis longtemps, non seulement se sont accumulés des comportements réellement odieux qui font penser à une domination entre races dans un pays colonial, mais en plus titulaires et précaires ne sont dans les faits plus soumis au même droit sur le même lieu de travail. Les titulaires peuvent enfreindre le règlement si des précaires sont impliqués, et les précaires n'ont pas le droit d'appliquer le règlement si des titulaires sont impliqués.

C'est ce qui me fait dire que nous vivons à Brest dans un état latent d'appartheid social. Et l'un des symptômes en est qu'on n'aura pas du tout évoqué cette question pendant cette campagne, pourtant censée se concentrer sur les réalités locales.

Quand les titulaires de Jabil manifestent pour leur emploi, alors tout le monde se précipite pour leur apporter son soutien. Mais que dalle pour tous ce qui subsistent de RMI en contrats aidés, d'ANPE en contrats à courte durée.

Quand les fonctionnaires qui se sentent menacés par la privatisation se réunissent pour défendre leurs intérêts, alors ils sont "associatifs", ils sont dignes, ils sont recevables, ils ont droit à des salles de réunions dans les Maisons pour tous et des conférences dans les amphis de la fac des lettres. Mais quand les salariés du privé demandent un minimum de protection sociale, alors ils sont "fascistes", "nauséabonds" ou "sous-diplômés".

Essayez d'organiser une réunion à ATTAC sur les misères des salariés du privé, vous verrez que peu de monde viendra. Organisez une réunion sur les services publics, alors ils seront tous là. Essayez d'évoquer d'autres modes de construction européenne à ceux qui bénéficient de professions protégées, vous serez immédiatement qualifié d' "antilibéral" ou de "contre l'Europe".

Ainsi se sera déroulé cette campagne, avec deux populations se rencontrant comme des trains dans la nuit. Les uns dotés d'emplois stables, distribuant leurs tracts pour montrer à quel point ils sont merveilleux et dignes d'occuper un emploi supplémentaire, les autres prenant les tracts avec la plus grande discrétion et la plus grande réserve, en filant vite pour ne pas avoir d'ennuis, en craignant de perdre le peu qu'ils ont s'ils s'engagent en politique.

On pourrait énumérer longuement l'influence de cet appartheid social sur les positions des uns et des autres, mais je pense que le plus criant c'est quand-même tous ces gens biens se rendant à leurs réunions électorales en voiture, et les précaires sans voiture ne pouvant pas du tout venir participer à ces débats démocratiques, ou ne pouvant pas prendre le bus de nuit ou marcher à cause de l'insécurité. On peut penser aussi à tous ces gens très très bien, très dynamiques et sereins, parfaitement frais et dispos pour disserter le soir devant un public du social et de l'emploi, et les autres trop crevés, absolument obligés de se reposer chez eux pour pouvoir retourner au boulot le lendemain.

Ainsi va la vie à Brest, un univers plus impitoyable qu'on ne l'imagine. Mais moi au moins j'en aurai parlé. Quelqu'un au moins en aura parlé pendant cette campagne.

Hier, en allant à ma boulangerie, j'ai rencontré un jeune qui m'a demandé 1,20 euro pour prendre le bus, ou un ticket de bus directement. Qu'est-ce que je pouvais lui répondre ? "La gratuité est possible, elle est écologiquement et socialement souhaitable, mais les gens bien sont contre. Faut que t'attende le tramway mon gars, tu verras ce sera fÔÔÔrmidable."

13/03/2008

Tératologie politique

J'ai hésité quelques jours sur les articles à publier cette semaine, entre les deux tours de l'élection municipale.

J'aurais pu m'engager dans une longue "galerie de monstres", tant il y en a dans cette campagne, et tant il est vrai que nous sommes engagés dans une communication de bonne compagnie, une civilité diffuse qui nous empêche de décrire des comportements aberrants.

La presse se concentrant sur les têtes de listes, il m'aurait semblé dommage de ne pas remarquer ces personnages, tous les loustics qui profitent du scrutin de liste pour se glisser dans des places éligibles tout en évitant les responsabilités, l'obligation de compétences et même la vraisemblabilité. La palme hors catégorie revient quand-même à Dominique Le Gall, sur la liste de Fortuné Pellicano. Etre le principal huissier sur la place de Brest, avoir saisi tant de Brestois et se présenter quand-même à leurs suffrages... on n'aura pas bien réalisé je crois à quel point M. Le Gall est non plus un monstre, mais un véritable extraterrestre dans cette campagne, une sorte de Klingon perdu sur la Terre.

Puis je me suis dit qu'il fallait quand-même voir un peu plus profond, et viser aussi les militants. Ces militants qu'il est si commode de déclarer innocents. Chacun est libre bien sûr d'appartenir au parti qu'il veut, mais dans une démocratie normale les partis sont chargés de développer des idées, et de présenter des candidats qui porteront ces idées. La palme d'honneur revient là aux militants communistes, qui ont choisi pour les représenter Gaelle Abily et Maxime Paul. Si l'on compare avec les Verts par exemple, on peut certes dire que M. Briand ne fait plus d'écologie, mais on ne peut quand-même pas dire qu'il soit hostile à l'écologie...

Et puis je suis passé au niveau des électeurs, et là je me suis demandé pourquoi les Brestois n'ont pas profité de l'occasion pour rejeter un projet dont les actionnaires ne sont même pas connus, dont un calcul simple permet d'estimer qu'on ne pourra pas le payer.

En fait, quand j'ai commencé ce blog, j'avais posé par méthode deux questions :

1) Avons-nous besoin d'un tramway ?

2) Si nous en avons besoin, ce trajet est-il le bon ?

Mais maintenant que j'ai progressé, que j'ai vu à quel point rien ne tient debout dans ce projet, je dois maintenant changer de niveau et faire face à une autre question :

3) Pourquoi y a-t-il un projet de tramway ?

En effet, personne ne nous demande de réaliser des grands travaux dont nous n'avons pas besoin, et que nous ne pourrons pas payer. Personne ne nous empêche de commander un rapport sur les autres technologies disponibles, comme le font toutes les mairies normales. Personne ne nous conseillerait d'augmenter nos dettes à un moment où nous subissons des pertes de revenus.

Au delà des personnalités et des partis politiques, il semble donc que l'agglomération brestoise souffre d'un gros problème structurel. Nous ne sommes tout simplement pas au niveau technique ou démocratique d'une ville française ou européenne. Il faut avoir le courage - ou la résignation - de le reconnaître.

C'est cette faiblesse structurelle que je vais aborder dans les articles qui suivent, et je vais m'efforcer pour cela de trouver des explications sociologiques. Pour ceux qui ne connaissent pas, la sociologie est une science humaine qui s'oppose à la psychologie, en ce sens qu'elle veut expliquer les groupes sociaux, indépendamment des caractères des individus qui les composent.

Par exemple, dans le domaine du sport, les bas revenus pratiqueront plus la boxe que les hauts revenus.

Par exemple, dans la politique brestoise, le parti socialiste est actif dans bien d'autres domaines que les simples élections.

Comme je ne suis pas sociologue professionnel, je ne me forcerai pas à une rigueur impeccable, et j'y inclurai quelques idées subjectives à moi. Espérons que cela pourra servir de matériaux à d'autres pour l'avenir.

Tout cela passera sans doute comme un OVNI dans la campagne, mais après tout, c'est aussi une de mes idées, que les démocraties occidentales valent plus par ces couches sociales qui critiquent le pouvoir en tant que citoyens, que par l'exercice du pouvoir proprement dit.

14/02/2008

Du changement dans l'air (2)

"Dans cinquante zones urbaines, situées le plus souvent à la périphérie des grandes agglomérations, et qui présentent des signes de dégradation et de pauvreté sociale et culturelle, des opérations coordonnées d’amélioration du logement et des services collectifs seront conduites avec l’aide de l’Etat."

Qui a dit cela ? Fadela Amara pour son dernier plan banlieue ? C'est Alain Peyrefitte, dans une circulaire du 3 mars 1977.

Difficile de trouver une manière originale de dire ce que tout le monde dit, que la situation à Brest se dégrade d'année en année, et que ceux qui le peuvent quittent la ville. Je vais donc recourir à une description plus intellectuelle que d'habitude, et aussi décrire une situation qui ne concerne pas que Brest, mais toute la France, puis toute la société occidentale.

Tout d'abord, la politique de la ville en France ne fonctionne pas. Elle ne fonctionne pas parce que, dans le processus de fabrication des rapports et autres études, elle est accaparée par des corporations qui n'ont pas intérêt à résoudre le problème, mais au contraire à accroître leur propre importance, à devenir indispensable et augmenter leur budget. On peut donc prévoir avec précision les "solutions" que vont proposer les différents spécialistes :

- Les sociologues => plus de sociologie
- Les urbanistes => plus d'urbanisme
- Les psychologues => plus de psychologie
- Les éducateurs => plus d'éducation

Et ainsi de suite. Les entreprises de sécurité ne sont pas en reste d'ailleurs. Bref la politique de la ville est pillée par les lobbies, et les gens qui sont lésés par l'insécurité sont aussi lésés par les politiciens de la ville. Je ne sais pas combien de milliards ont été dépensés pour reloger des délinquants dans des logements neufs, sans aucune amélioration de comportement, mais ça doit être impressionnant.

Dans ce contexte, la fameuse mixité sociale dont on parle tant à Brest n'est pas une panacée mais une aggravation du problème. Depuis trente ans, on voit bien que les ménages qui se trouvent près de zones de délinquance partent dès qu'ils le peuvent vers le périurbain pavillonnaire. Avec sa mixité sociale, François Cuillandre est en train de faire de la totalité de Brest un "quartier mal fréquenté".

C'est peut-être le but. Je ne sais pas.

En tout cas, la seule solution consistera un jour, non pas à fuir de la ville vers le périurbain, mais à retourner vers la ville pour y imposer la loi et les libertés des citoyens. C'est la seule solution, vraiment la seule. Mais à ce jeu-là, nous sommes pour le moment impuissants.

Les société occidentales dans leur ensemble traversent une époque qualifiée de "postmoderne". Par rapport à la période "moderne" qui était caractérisée par le culte scientiste des totalitarismes, l'époque postmoderne est caractérisée par un "respect de la subjectivité de chacun", qui a comme corollaire un refus de tout critère de valeur absolue.

Au début, le postmoderne, c'était chouette, surtout par rapport aux aspects totalitaires de la période précédente. Par exemple, si je n'aimais pas la fanfare municipale de la cité radieuse, je pouvais en petit comité pratiquer une forme différente de musique. Par exemple, si je trouvais ringard de faire du foot comme tout le monde, je pouvais pratiquer des sports différents. Il ne faut donc pas condamner intégralement cette époque, elle a apporté une amélioration certaine dans notre qualité de vie, dont nous aurions du mal à nous passer aujourd'hui.

Le problème, c'est qu'une société du "respect de la subjectivité de chacun" ne fonctionne qu'avec des individus de bonne volonté, qui vont respecter la subjectivité de l'autre, et non seulement la leur. Si certains adoptent un comportement agressif, alors le "respect de la subjectivité de chacun" devient la protection des agresseurs. N'est-il pas révélateur que nous parlons aujourd'hui de "médiateurs" au lieu de police municipale, c'est-à-dire que nous mettons à égalité et essayons de faire "dialoguer" délinquant et victime ? C'est pourquoi nous vivons une période postmoderne finissante, décadente.

C'est pourquoi aussi il serait incomplet de ne voir que l'insécurité des quartiers. Le problème est plus profond. Le problème, c'est que nous n'avons plus de modalités de vivre ensemble. Entre voisins, entre parents et enfants, entre professeurs et élèves, etc. Il n'y a plus que la subjectivité débridée de l'individu. Or ça ne marche pas, parce que pour vivre ensemble, il nous faut bien trouver des terrains d'entente, des jugements de valeurs communs, des modes de vie compatibles. On pouvait changer de normes, de formules de politesse, de modes de convivialité, mais il fallait garder des normes, même audacieusement novatrices. Une société sans us et coutumes, sans rituels n'est pas humaine.

On peut décider de ne plus se dire bonjour en se serrant la main, mais en se touchant le pied. Aucun problème pour moi. Mais on ne peut pas se passer d'une forme quelconque de bonnes manières. Nous ne pouvons pas être des atomes isolés qui s'entrechoquent.

Ceux qui fuient vers le périurbain aussi, ils cherchent à protéger leur subjectivité, sans rechercher des critères de vie commune objectif, ni dans la ville de départ, ni dans leur commune d'arrivée.

En fait, la période postmoderne n'en finit pas d'agoniser. La symphonie des références au "fascisme" et les odes aux "victimes" n'en finissent pas. Mais ceux qui sont aujourd'hui qualifiés de "fasciste", ce sont ceux qui cherchent des règles de vie en commun. Proposer d'interdire la Carène serait aujourd'hui qualifié de fasciste. Pourtant, cet établissement promeut un genre de musique associé à la toxicomanie. La prévention sanitaire est donc fasciste aujourd'hui. Bientôt, ce sera la totalité de la vie humaine qui sera "fasciste" et nous obligera à entrer en "résistance"... Et pour la notion de "victime", n'a-t-on pas vu un dérèglement majeur lors du procès d'Outreau, et n'entend-on pas aujourd'hui de plus en plus d'agresseurs se qualifier de "victimes" ? Les émeutes de 2005 n'étaient-elles pas en fait une gigantesque manifestation pour qualifier les policiers d'agresseurs, les "jeunes" de victimes, et se légitimer en tant qu'assiégés sur le territoire des cités ?

Les incivilités s'accumulent à Brest, et deviennent de plus en plus de vraies agressions physiques. Mais les gens importants, ceux qui sont au-dessus du niveau de Trollibus, continuent à parler de "motivations fiscales", d'économie, parce que l'économie c'est bien propre, on peut s'y risquer sans se faire traiter de "fasciste". Mais remettons les choses à leur place : la ville de Brest est le quartier le plus dangereux du pays de Brest, et c'est quand vous vous apercevez qu'en plus vous payez plus d'impôts que la situation devient intolérable. C'est pourquoi il n'y a pas que des motifs d'aller vers le périurbain, il y a aussi une motivation pour fuir Brest.

C'est pourquoi, même avec une augmentation du prix du carburant, revenir à Brest restera une déchéance, un déclassement. C'est pourquoi aussi il y aura une demande forte pour des technologies de substitution.

Mais cela, François Cuillandre, comme beaucoup d'autres maires, ne pourra jamais le reconnaître, parce que cela l'obligerait à sortir de la période postmoderne, du "chacun fait comme y veut", agresseur et agressé renvoyés au même niveau, et "médiateur" au milieu. Cela l'obligerait à affirmer des valeurs de vie en commun. Comme par exemple la tranquillité la nuit. Mais non pour lui la tranquillité c'est pas objectif, c'est juste la subjectivité des vieux. Ou alors la liberté d'aller et venir. Ouh la la c'est votre subjectivité de "râleur".

Le monde n'est plus qu'un juxtaposition de subjectivités, et l'individu modèle c'est celui qui exprime la sienne de manière inconsciente, et qui respecte toutes les subjectivités, même celle qui l'agressent. Toute tentative de retrouver des modes d'organisation est renvoyée à la subjectivité pathologique du locuteur. Dès lors, la seule action publique légitime devient le soin aux victimes, isolées, individuelles, subjectives. Tant que vous ne vous revendiquez pas comme victime, vous n'avez plus de droits, dès que vous vous déclarez victime, vous avez droit à tout.

De plus en plus de gens reconnaissent que la société postmoderne est une impasse. Un maire sage devrait anticiper un changement de mentalités, et commencer à rendre la ville de Brest plus attractive pour le pays de Brest. Au lieu de cela, François Cuillandre, qui a déjà trente ans de retard sur des sujets comme le tramway, nous entraîne vers trente ans de blocage et de dépréciation de la ville centre.

Ce n'est pas un drame après tout, puisqu'il ne s'agit plus à présent que d'un quartier de la grande agglomération. C'est un peu comme les élections dans les mairies de banlieues parisiennes, il faut prendre cela avec du recul. C'est seulement dommage d'avoir cette grande zone au milieu que tout le monde cherchera à éviter.

Et à qui serviront tous ces logements nouveaux, sinon à des marginaux venues de la région parisienne, comme cela s'est déjà produit à Morlaix sous la socialiste Le Branchu ? Comme ça, on pourra continuer à faire du postmodernisme pendant trente ans et à qualifier tout ceux qui souhaitent le respect de la loi de "fascistes", de "vieux" et de "râleurs".

07/01/2008

Dindan ar glao

Sale temps hier pour ceux qui attendent le bus. Une de ces journées de pluie froide, avec ces attentes interminables de jour férié où les bus sont rares, ou tous ces automobilistes passent devant vous pour se rendre aux loisirs auxquels vous n'avez pas accès.

Sur beaucoup de lignes, et surtout le dimanche, il faut faire signe au chauffeur de bus pour qu'il veuille bien s'arrêter. Alors vous restez en alerte, vous surveillez au loin s'il arrive, quand vous le voyez vous essayez de distinguer le numéro de ligne au-dessus du pare-brise, pour savoir si c'est bien votre ligne, et quand ce chiffre arrive à portée de vue c'est là qu'il se transforme en un gros "BLOAVEZ MAD" qui dure, qui dure et qui vous gêne pour héler le chauffeur à temps.

Maladresse. Mouais, mais dans les aéroports, pour les gens qui ont les revenus, la lecture des panneaux n'est jamais gênée.

C'est aussi quand il pleut que la présence des fumeurs aux arrêts devient la plus gênante. Essayez de protester, vous constaterez tout de suite le torrent d'injures que vous avez déclenché. Et les jeunes filles ne sont pas les dernières à injurier. Non, c'est toujours à celui qui ne fume pas de s'éloigner de l'arrêt de bus. Même quand il pleut. Cela a été signalé depuis plusieurs années à Mme Marif Lossouarn, vice-présidente chargée des transports, bien payée pour cela. Il aurait suffit de mettre un autocollant "Interdit de fumer" pour légitimer les protestations du non-fumeur, mais elle n'a pas été solidaire de la santé de ses usagers.

Maintenant dans les bistrots, il n'y a plus de fumée. Mais le bistrot, on choisit d'y aller. L'arrêt de bus, on est contraint. Interdire le tabac aux arrêts de bus aurait été une priorité, mais la dignité des pokesdenn qui attendent aux arrêts, c'est pas un souci.

Alors en rentrant chez moi je regarde le site de la Semtram, comme ça pour obtenir des données crédibles. Je tombe sur cette page qui reprend le mensonge des "1500 kilomètres de tramway". Rappelons que l'annonce officielle parlait de 1500 kilomètres pour "des voies de bus, des voies pour vélo, ou des tramways".

Ils sont payés, ils sont chargés par la ville d'expliquer le projet au Brestois, mais ils laissent depuis le 6 novembre en ligne ce gros mensonge. Ce sont des experts, ils ne peuvent pas ne pas être au courant.

Alors je vais voir sur le site des élus socialistes. Je tombe sur cette page qui confond biogaz et bioéthanol. Je conviens volontiers que pour vous la différence entre les deux ne soit pas évidente. Mais pour des élus, ce n'est pas responsable de publier ça.

Petite explication : Supposons que vous avez une pomme de terre dans votre cuisine. Vous l'épluchez, vous mangez la chair, et vous jetez la peau, n'est-ce pas ? Le bioéthanol, il provient de la chair de la pomme de terre, le biogaz, il provient de la peau que vous avez jetée. Si vous étendez cela à la totalité des aliments, le bioéthanol utilise la production agricole, le biogaz utilise les déchets non utilisés par l'économie.

Le bioéthanol, à l'échelle planétaire, est une catastrophe car il retire des aliments aux populations, et en plus il fait monter les prix de ce qui reste. Le biogaz ne retire que ce qui est déjà rejeté, et en plus il est écologiquement vertueux car il permet à une ville de retraiter ses déchets pour ses propres transports.

Autrement dit, les élus socialistes en confondant les deux sur leur site font une erreur capitale sur l'avenir de l'humanité. Cela montre qu'ils n'ont pas sérieusement étudié les alternatives au tramway, que la procédure ne serait donc pas considérée comme valide dans toute autre municipalité, mais ce n'est pas grave, ils sont payés, ils ont leur voiture pour aller où ils veulent les jours de pluie.

Vous vous passez des heures à vérifier les faits, vous n'êtes pas payé, mais c'est pas grave. Vous pouvez attendre sous la pluie...

31/12/2007

Camarade bobo, prend tes rollers et lève-toi

Dans les grandes villes de France, il est assez évident que l'arrivée du tramway correspond à la montée en puissance des "bobos".

Qu'est-ce au juste qu'un bobo ? Votre fils fréquente l'école des beaux-arts mais il n'a pas un rond pour sortir le soir et reste devant son ordinateur ? Rassurez-vous, il n'est pas bobo. Votre fils est bourré de pognon mais il passe ses week-ends à dresser des bergers allemands à la campagne ? Rassurez-vous, il n'est pas bobo. Un bobo, c'est quelqu'un qui préfère l'activité culturelle et l'habitat collectif de la gauche, mais qui souhaite conserver de la droite l'inégalité financière et la ségrégation spatiale.

Devant ces contradictions, la seule solution qui reste au bobo consiste donc à créer de nouveaux quartiers de riches. C'est là que le tramway montre toute son utilité. En faisant monter les prix de l'immobilier dans des endroits non marqués par la bourgeoisie à l'ancienne, le bobo jouit de se voir reconnu à sa juste valeur sans se mouiller à droite. En créant la protestation de riverains incommodés par le chantier, le bobo jouit de se retrouver conforté à gauche, et d'être invité au kyr de Monsieur le Maire pour discuter sur la bêtise de la droite, des réactionnaires, des vieux qui sont des râleurs. En gênant les voitures des petits employés qui doivent habiter dans des quartiers moins chers, en gênant les artisans qui doivent transporter du matériel, le bobo jouit de se voir confirmer à quel point les autres sont cons. En faisant des lignes de bus des voies secondaires bloquées par le tramway, le bobo jouit de ne pas être un précaire prenant les transports en commun par nécessité. Le bobo jouit beaucoup, c'est d'ailleurs sa principale revendication, son idéal dans la vie, son idéologie.

Cependant, dans le cas de Brest, la question de la pertinence d'un projet pour bobos se pose. A franchement parler, pouvons-nous espérer voir un jour dans notre bonne ville des milliers d'intermittents du spectacle, une immigration de l'élite des professions médicales de toute la France, une floraison de cabinets d'architectes, de graphistes, de cautches à domicile, de restaus et de boîtes branchés ? A mon humble avis, le propre du bobo brestois est plutôt de partir dès que possible, vers Nantes, vers Bordeaux, vers Paris. Est-ce qu'on ne se ridiculise pas un peu en essayant de jouer dans la cour des villes à bobos ? Je pense qu'on n'a aucune chance.

On est des ringards ici. Faut s'assumer.

Dès qu'on a cessé de rêver aux bobos qu'on n'aura jamais, on peut alors regarder plus sereinement la réalité en face : le transport collectif brestois est essentiellement un transport social, il concerne essentiellement les gens qui ne peuvent pas prendre une voiture.

Or la résolution C2004-12-147 de la Communauté urbaine du 17 décembre 2004 portant sur le tramway, dans sa page 4 le dit clairement :

... les charges du compte transport seraient couvertes de la manière suivante :

- le produit du versement transport,

- une participation de la Communauté Urbaine prise sur ses recettes fiscales, d'un montant équivalent à celle injectée aujourd'hui dans la politique transports,

- des subventions pour le transport scolaire pour des montants identiques à ceux atteints aujourd'hui,

- des recettes provenant des usagers, qui évolueraient du fait de l'inflation, voir également d'une augmentation tarifaire qui pourrait être appliquée pour tenir compte de l'amélioration qualitative apportée au réseau."


Et par ailleurs on sait que les cartes d'usagers prévues pour les plus démunis ont récemment fortement augmenté.

N'est-on pas dans un complet contre-sens en augmentant les tarifs pour une ressource des plus sociales ? Parce que, il faut que je vous fasse une grande révélation, c'est le grand secret de Trollibus : à Brest la gratuité totale des bus est possible.

Oui, pour la plupart des autres villes, la gratuité est une lubie de gauchistes. Mais ici à Brest, c'est plausible. C'est plausible parce que les recettes des tickets atteignent à-peu-près le coût du fonctionnement de la billetterie, et qu'on pourrait donc supprimer l'un et l'autre dans une opération blanche du point de vue comptable.

Certes il faudrait supporter une augmentation de la fréquentation, et donc acheter des bus supplémentaires, mais :

1) Cela resterait de toutes façons très loin du prix du tramway

2) Cet effet est souhaitable d'un point de vue écologique

On a donc une réforme des transports publics possible à Brest, indolore pour le budget brestois, vertueuse à la fois du point de vue social et du point de vue écologique, et qui est rendue impossible par le coût du tramway, pour des bobos qu'on n'aura jamais.

Sur ce sujet éminemment écologique, on observe un refus des Verts. Sur ce sujet éminemment social, on observe un refus du PCF. Quand on sait que leurs postes au Conseil communautaire seront rémunérés, on ne peut que laisser à leurs militants le soin de réfléchir et de prendre une décision.

Ce serait donc à la liste de Gauche de porter la première cette revendication. Mais sur ce sujet comme sur d'autres, il se confirme que cette liste est bien une liste en pointillés : rien sur l'Europe, rien sur le respect de la démocratie locale, rien sur la sécurité des passants, rien sur la gratuité des transports. Rien sur un tas de sujets, en fait. Pas un mot de solidarité pour les précaires de la sous-traitance.

Une revendication sur l'eau pour la fille qui travaille dans l'eau; une revendication sur le vélo pour le gars qui fait du vélo... Liste politique ou association locale? Collectivisme municipal ou repli sur soi hyper-libéral ? Résistance sociale ou boboïte du pauvre ?

La gratuité est possible. Elle est souhaitable. Gauche Debout, lève-toi !