04/02/2008

Sel soluble

Ce soir aura lieu une réunion publique sur le service de l'eau, à 20h30 salle des syndicats, organisée par la liste Gauche Debout, avec la participation de MM. Christophe Mongermont, syndicaliste à Véolia, et Gérard Borvon, président de S-eau-S.

Organiser une réunion sur l'eau avec Gérard Borvon, c'est toujours un risque, car on ne sait pas trop si on se concentre sur l'eau ou sur Gérard Borvon. On n'est jamais tout-à-fait sûrs que ne sont pas omis certains arguments qui abonderaient dans le sens des positions de Gérard Borvon, mais qui ne sont pas directement liés à la promotion de Gérard Borvon lui-même. C'est pourquoi, à l'abri de mon ordinateur et dans la confidentialité qu'offre Internet, je me permets par avance de compléter ses propos, sans encourir pour autant les foudres de l'ogre de Landerneau.

Le débat sur la gestion de l'eau en public ou en privé est en partie inspiré par des jugements de valeur marxistes sur la propriété du capital. Je ne nie pas que dans le cas de l'eau, la propriété des équipements par rapport à la population locale qui en a un besoin essentiel pose problème. Je dis simplement qu'il n'y a pas que cela, et que quand on envisage la renégociation d'un contrat, il y a d'autres paramètres à prendre en compte, qui relèvent plus de l'intention technique.

La gestion d'un équipement en régie publique, en-dehors des considérations sur les flux financiers, vous offre évidemment plus de contrôle sur les choix techniques. D'abord, vous avez un accès direct aux informations, du genre statistiques d'usage, comptabilité en détail, etc. Vous êtes aussi souverains sur les achats, le personnel... Et vous établissez le calendrier des travaux, interventions de maintenance, remplacements de pièces... à votre guise. A l'inverse, pour des secteurs beaucoup moins classiques que l'eau et de technologies beaucoup moins connues, vous pouvez estimer que seule une entreprise privée possédera les compétences nécessaires pour gérer avec efficacité cette technologie que vous ne connaissez pas.

De ce point de vue de l'intention technique, le choix de la régie publique apparaît plus indiqué lorsque vous avez l'intention de faire un choix qui s'éloignera des intérêts du marché. Et c'est le cas à chaque fois que vous avez l'intention de mettre en oeuvre des technologies à vocation environnementale, qui ne correspondront pas immédiatement au critère de meilleure rentabilité sur le marché, mais que vous estimez préférable pour l'intérêt général et sur le long terme.

Dans le domaine des transports, nous aurions la possibilité de mettre notre flotte de bus à la disposition de plusieurs programmes européens, avec deux intentions différentes :

1) Une intention d'exploitation, c'est le cas avec des technologies déjà abouties telles que Biogasmax, dont nous avons déjà parlé

2) Une intention d'expérimentation, c'est le cas des essais de prototypes par exemple dans le domaine de l'hydrogène ou autres

Dans les deux cas, on rend service à l'humanité future, on obtient des subventions européennes, et on soulage Brest grâce à des technologies plus légères, plus novatrices, moins chères et moins polluantes que le tramway.

La présence de M. Borvon à la conférence de ce soir a aussi le mérite d'indiquer, une fois de plus, que le rôle de l'écologie politique est de se démarquer de la gestion du Parti socialiste, dans la gestion de l'eau comme des autres équipements, dans les affaires sociales comme dans les orientations européennes.

Le site des Verts lui-même indiquait récemment sa préférence pour la gestion en régie publique. L'un de leurs candidats M. Michel Joanny s'exprimait samedi dernier contre l'influence du lobby nucléaire et pour une politique plus audacieuse en faveur des énergies renouvelables.

Jusqu'à présent la solidarité des Verts avec le PS ne tenait qu'à deux personnes, Mme Marif Loussouarn et M. Michel Briand.

Mme Loussouarn a choisi de ne pas renouveler son mandat, au moment où il s'avère que le sujet du tram ne sera pas universellement consensuel, et qu'il faudra entrer dans des considérations techniques non superficielles.

M. Briand est donc le seul qui reste, mais il est communément admis, y compris chez les Verts, qu'il ne fait plus d'écologie depuis longtemps, se concentrant sur l'Internet que d'aucuns jugent "non prioritaire face aux enjeux de la planète". On observera cependant que M. Briand, assez fortement indemnisé en tant qu'adjoint au maire, continue son soutien indéfectible au PS et à son choix de société d'économie mixte pour le tram, malgré les positions des Verts brestois en faveur de la régie publique.

On observera aussi que M. Briand, malgré son "règne" supposément démocratique sur l'Internet brestois, n'a pas insisté pour que la composition exacte de la Semtram soit publiée sur l'un des sites sous la responsabilité de la mairie. Les Brestois sont certes invités à "participer" sur des sites subalternes où leur subjectivité et leur enfermement sur leur quartier sont encouragés, mais pour informer objectivement les citoyens des enjeux financiers des choix publics, il n'y a plus personne.

Peut-on qualifier cela d'échec spectaculaire de la carrière politique de M. Briand, la question se pose. A l'opposé, on ne peut que constater que M. Borvon, malgré la démesure du personnage, vous informera ce soir des enjeux financiers, de la propriété des capitaux, et des interventions de l'Etat, avec la transparence qui sied à un débat démocratique.