29/05/2008

La fascination de l'Orient

La presse se fait l'écho ces jours-ci d'un voyage de notre bon maire au Maroc, avec mention des projets de tramway locaux.

Disons-le tout de suite, s'il s'agit d'établir un rapport avec le chantier du tram de Brest, ce voyage ne semble pas techniquement justifié. On nous avait déjà fait le coup l'an dernier d'un déplacement à Nantes, agglomération beaucoup plus grande, mais alors là pour le coup les conditions d'urbanisme n'ont plus rien à voir, que ce soit en termes de population, de topologie, d'environnement...

Pourquoi alors un tel effort qui a mobilisé dans les 70 personnes, et pendant au moins une semaine, d'où j'imagine des coûts très importants ?

Le mystère s'épaissit quand on constate la présence d'un vice-président de la CCI. Pourrait-on savoir quelles entreprises brestoises vont vendre quelque chose au Maroc, et le cas échéant, en quoi elles auraient besoin d'un représentant de leur CCI pour cela ? Aux dernières nouvelles, la CCI est plutôt chargée des infrastructures locales, pas de signer des contrats à l'étranger.

En cherchant un peu sur le web, ce voyage a été organisé par une "Mission Economique et Scientifique de la Jeanne d'Arc", dont j'apprends à cette occasion l'existence. Quels sont exactement ses financements, et quelles ont été jusqu'ici les retombées concrètes pour l'économie brestoise, cela aussi reste mystérieux. Par contre il est probable que les voyages sont gratuits pour ses membres.

Puisque la Jeanne d'Arc est impliquée, et qu'il n'existe aucune raison précise pour laquelle le pays accueillant souhaiterait voir le maire de Brest en même temps que la Jeanne, il s'agit donc de l'une de ces manifestations diplomatiques en "synergie" visant à promouvoir l'industrie française à l'étranger. Cela est assez courant et pas forcément condamnable, mais cela ne nous explique toujours pas pourquoi le maire de Brest y participe, ou le vice-président de la CCI brestoise, s'il n'y a que des enjeux d'Etat et pas d'enjeux locaux. Bref, qu'est-ce qu'ils foutaient là ?

D'après ce qu'on me dit il y a même eu parmi les 70 participants des personnages locaux dont l'importance est encore moindre, et la compétence professionnelle fort éloignée du sujet. On pourrait comparer le prix de leur voyage et de leurs gueuletons aux besoins en crèche de la ville, ou aux besoins de remboursement des équipements de la CCI, qui seraient plutôt une priorité pour les divers contribuables.

Cependant je reconnais que la France en général a effectivement besoin de telles représentations à l'étranger, vu sa dépendance de la vente de grandes infrastructures : nucléaire, transports, armement... Mais il ne faut pas se cacher la fragilité que cela entraîne :

- Ces contrats sont éminemment dépendants du prestige diplomatique de la France, et la moindre disgrâce temporaire peut entraîner de graves pertes. Cela devient plus évident si l'on compare avec la vente de matériel allemand, beaucoup plus basée sur des besoins techniques.

- Ces contrats prennent une importance disproportionnée dans l'économie nationale. En comparant toujours avec l'Allemagne, si une PME vendant des casseroles y perd un marché, l'entreprise d'à côté qui vend des cafetières n'en souffrira pas et continuera de soutenir l'économie locale. Ici nous n'avons pas de véritables PME, mais des sous-traitant des grandes industries nationales.

L'économie française est donc grandiose mais fragile, périlleusement fragile. Le moindre faux pas médiatique et hop, des milliers d'emplois en moins.

Cela se complique si on réalise que les dites grandes entreprises sont entrées en bourse, et sont maintenant contrôlées par un actionnariat étranger. Les comptes de la Nation comme le CAC 40 sont d'ailleurs de moins en moins représentatifs, puisqu'ils comprennent des entreprises vendant à l'étranger et gagnant à l'étranger.

Mais ces grandes entreprises, anciennement nationalisées et gardant la culture de la période "gaulliste", conservent quand-même une forte influence dans l'Etat français. Cela pose donc un problème de confusion historico-éthique, qu'il faudra bien résoudre un jour.

Dans ces conditions, ventes à l'étranger et actionnariat à l'étranger, la tentation est grande d'exploiter les villes françaises comme vitrine de ces industries, parfois même au détriment de leurs besoins propres et de l'intégrité de leur budget. Le journaliste du Télégramme indiquait hier l'incongruité d'une subvention de l'Etat français de 40 millions d'euros pour le tramway de Bouregreg entre Rabat et Salé, alors que le jour précédent le même Télégramme annonçait que la subvention pour Brest ne serait que de 28 millions. Et dans les deux cas Alstom, notre fournisseur de tramway national, ne versera pas de subventions bien sûr, mais empochera plutôt les bénéfices.

Le problème éthique devient plus épineux lorsque l'on apprend qu'Alstom fait l'objet de poursuites judiciaires pour corruption à l'étranger, notamment pour des présumés versements de pots de vin dans divers pays d'Asie et d'Amérique du Sud. S'agissant du Maroc j'ai toute confiance dans le Roi, dont le prestige est indéniable, mais enfin cela ne m'empêche pas de rappeler qu'au niveau des administrations locales le bakchich est généralisé.

Apparemment François Cuillandre n'a pas eu de commentaires à ce sujet, tout en trônant sur place comme un chef, avec ses belles lunettes de soleil. Mais bon, comme on ne peut pas attendre la municipalité de Brest pour parler des sujets actuels, on peut se demander en quoi la Marine nationale, l'Ifremer et d'autres grandes écoles locales devraient favoriser les bénéfices d'Alstom.

Grands contrats à l'étranger avec influence de l'Etat, existence au niveau local d'un réseau de messieurs très importants bénéficiant de voyages gratuits sans vraiment justifier leur présence, chantier de tramway brestois dont le besoin et le financement ne sont pas assurés... il serait facile de crier au "complot maçonnique", et certains militants politiques - de gauche et de droite - ne se sont pas gênés pour me déclarer "Tu sais là-dedans ils sont tous franc-maçons". Je pense que c'est très exagéré, car à ma connaissance la plupart des obédiences se veulent avant tout des sociétés de recherche philosophique, et font la chasse à la corruption dans leurs propres rangs.

On ne peut toutefois pas oublier non plus que la confidentialité de la liste des actionnaires de la Semtram ressemble un peu à la confidentialité de la franc-maçonnerie. Si cette liste était connue du public, alors on pourrait par exemple vérifier s'il y a des actionnaires de la Semtram qui ont fait des investissements dans l'immobilier à Brest en prévision du tramway, où s'il y a des actionnaires de la Semtram qui ont également pris des actions dans Alstom.

Voire, s'il y a des actionnaires de la Semtram qui ont investi dans l'immobilier au Maroc, et ont participé à ce voyage...

Mais il ne faut peut-être pas chercher si loin, et considérer tout simplement qu'en France, les médiocrités locales qui ont un petit titre on droit de toute façon à un voyage gratuit, plus un bon gueuleton. Et un colloque avec les autres médiocrités locales, pour se donner bonne conscience, et se congratuler mutuellement.

En tout cas, pour François Cuillandre personnellement, toucher plusieurs salaires avec plusieurs retraites à la clé, se payer des voyages injustifiés aux frais de la princesse tout en ruinant sa ville, j'estime que c'est déjà pas mal, et qu'il aura bien profité de la vie.

J'espère qu'il aura eu bon appétit.

27/04/2008

Pour un Grenelle de l'économie brestoise

Ainsi donc c'est la CGT qui a révélé cette semaine à la presse les détails concrets brestois du plan gouvernemental de réduction budgétaire: foyer du marin, approvisionnement, habillement de la Marine, base de Lanvéoc...

Cette annonce arrive, vous pourrez le remarquer, après les élections. D'aucuns soupçonnent que quelques candidats connaissaient parfaitement ce programme, mais ont choisi de nous le dissimuler et de continuer à nous embobiner avec leur régénerescence magique de la ville grâce à un tramway devenu véritable fontaine de jouvence et panacée mystique.

Pourrons-nous payer ce tramway merveilleux ? La question se pose désormais avec une acuité certaine, et on ne peut plus dire que c'est Trollibus qui déconne, tout seul devant son ordinateur.

De manière plus générale, je pense que nous avons désormais besoin d'un grand débat public sur l'avenir de Brest, et ses perspectives économiques. Un débat long, démocratique, ouvert, documenté.

Premièrement, nous en avons besoin car il faut établir l'étendue des pertes qui s'annoncent. Prenons par exemple le Gesma : s'il disparaît, ce sont de nombreuse petites entreprises qui disparaissent aussi, et avec elles une grande partie de l'attractivité de Brest dans les nouvelles technologies. Que devient le Technopole sans les commandes de la Marine ? Un îlot de grandes écoles, sans retombées technologiques dans des PME novatrices, écoles dont les étudiants quittent Brest sitôt leur diplôme obtenu ?

Et puis, comme on pourrait le dire pour toute agglomération, les activités principales entraînent autour d'elles toutes sortes d'emplois dans les services aux personnes : infirmières, enseignants, commerçants...

C'est donc le problème de la base fiscale dans son ensemble qui se pose maintenant, et pas seulement des emplois du secteur public. Il faut établir une prévision plausible de manière urgente, et on n'a pas le temps d'attendre l'éveil intellectuel ou le sens des responsabilités des quelques profs de l'UBO qui sont sympathisants du PS, même pas des soi-disant spécialistes en droit fiscal.

Il faut aussi que ce débat soit large et ouvert et transgresse les limites du seul secteur public, pour ne pas répéter l'immoralité qui a sévit dans les années 90, lors des premières réductions budgétaires.

On y a vu par exemple des ouvriers de l'Arsenal toucher un véritable pactole pour quitter leur poste, et en plus bénéficier d'un reclassement dans des emplois publics de l'agglomération où ils n'étaient pas utiles. Et grâce à ce petit capital et ce nouvel emploi pas trop contraignant, ils ont pu acheter des appartements et les retaper, et ils y exploitent maintenant les locataires de la sous-traitance qui n'ont pas bénéficié des mêmes privilèges.

Combien de statutaires brestois sont devenus petits propriétaires et exploitent aujourd'hui les précaires, c'est une question à laquelle il faudra bien répondre publiquement un jour.

Je vais jusqu'à demander la création d'une véritable "Commission de réconciliation", et j'emploie ce terme sud-africain à dessein, car nous vivons à Brest depuis des décennies dans une situation d'appartheid non pas racial, mais social. Non seulement les comportements injurieux des statutaires envers les précaires sur le lieu de travail se sont banalisés, mais de véritables délits ont été commis, qui hanteront la mémoire brestoise s'ils ne sont pas tous établis en pleine lumière.

A l'heure où j'écris, j'entends par exemple parler de disparition de matériaux dans un grand établissement public, et d'enquêtes qui ont été systématiquement dirigées vers la sous-traitance, alors que les statutaires y sont de façon notoire autorisés à amener des matériaux chez eux, et même à utiliser le matériel sur place pour leur usage personnel, pendant leur temps de travail.

Aujourd'hui, tous les éléments se mettent en place pour répéter les mêmes erreurs, à la différence toutefois que la municipalité n'avait pas alors de projets d'investissements aussi démesurés, ce qui rend encore plus criante l'impunité sociale des responsables du PS, assurés de percevoir plusieurs revenus jusqu'au bout, même en cas de faillite totale.

Je crois entendre d'ici les tractations discrètes entre les responsables syndicalistes et nos chers élus : "Tu donnes ça pour les ouvriers sous statuts, tu nous payes en plus un nouveau local, et on arrête de gueuler pour les précaires". Si vous relisez le communiqué de la CGT, vous vous apercevrez que seuls les dangers sur l'emploi publics sont précisés, sont quantifiés. Le reste, c'est vague. Le GESMA c'est précis, les PME qui tournent autour ce n'est pas nommé, ce n'est pas quantifié. Les buralistes, les plombiers, les caissières de supermarché, les assistantes maternelles, tout ça ce n'est pas précisé, ce n'est pas quantifié, ce n'est pas nommé. Les drames personnels peuvent se dérouler dans l'anonymat.

Il nous faut enfin, un débat ouvert, complet, parce que la manie du contrôle par le réseau PS a atteint ses limites. Retirer une invitation à un expert qui peut émettre des critiques lors d'un débat, dissimuler des documents jusqu'au moment opportun, trouver tel ou tel artiste pour s'exprimer de telle manière, c'est habile, mais ce n'est pas intelligent.

Le concept de métropole, notamment, n'est pas intelligent. Une métropole, normalement, c'est quelque chose qui ajoute des ressources à un arrière-pays, à un réseau de petites villes. La vérité, ici, c'est qu'on est en train de troquer une ville de Brest riche dans une Bretagne riche, contre une ville de Brest appauvrie qui enlève dans la panique des ressources à des villes moyennes appauvries, dans une grande zone Bretagne-Pays-de-la-Loire-Poitou-Charentes sans âme, expressément prévue pour une mondialisation dans laquelle même Rennes, Nantes et Angers seront appauvries.

Mais peut-on attendre une critique de la mondialisation du parti de Dominique Strauss-Kahn ? Où sont les profs de l'UBO de centre-gauche qui militaient pour le développement économique de la Bretagne ? Où est l'établissement des faits les plus évidents ? Où est la géographie ?

Il faut que les Brestois se réveillent, qu'ils s'organisent, qu'ils se parlent. Qui aura le droit à quoi ? Que veut-on faire de Brest en vérité ? Peut-on voir plus loin que l'octroi de privilèges aux privilégiés, et discuter de l'intérêt général de l'agglomération ?

Arriver au niveau de Quimper et Lorient n'aurait rien d'humiliant... à la condition qu'on n'insiste pas pour se payer les équipements de Rennes, Nantes et Angers. On est les dindons de la farce ici. Et c'est bientôt Noël.

18/04/2008

Du débauchage et des référendums

En préparant mon dernier article sur la pléthore de vice-présidents dans le nouveau Conseil de la Communauté urbaine, je me suis aperçu que figurent dans la liste :

- M. Dominique Cap, maire de Plougastel

- M. Pierre Ogor, maire de Guilers

Juste après l'élection présidentielle de 2007, le PS avait vivement critiqué le "débauchage" pratiqué par le gouvernement Sarkozy.

La doctrine était la suivante : pratiquer des alliances entre partis en négociant un programme commun, c'est acceptable; suivre une évolution personnelle lente faite de rencontres, de lectures, de découvertes, pour finalement changer d'opinion, c'est honorable. Mais changer d'équipe du jour au lendemain selon les possibilités de carrière, c'était malsain pour la démocratie.

Et voilà-t-y pas que le PS brestois recrute maintenant dans son équipe rémunérée MM. Cap et Ogor, qui quelques jours auparavant faisaient campagne contre les candidats PS dans leur propre commune. Et ils sont recrutés pour le poste fortement rémunéré de vice-président dans la même cérémonie ou François Cuillandre est élu au poste fortement rémunéré de président, sans aucune voix contre de la part des communes périphériques.

Dès lors, je me pose quelques questions de bon sens :

- Vont-il continuer à jouer le rôle de chef de la majorité dans leur commune, contre l'opposition PS, tout en obéissant au PS au niveau communautaire ?

- Le poste de maire étant réputé comme pratiquement un plein temps, comment pourront-ils remplir authentiquement leur fonction rémunérée de vice-président communautaire, elle aussi réputée comme pratiquement un plein-temps, avec en plus leur vie professionnelle et privée ? Les citoyens contribuables pourront-ils vérifier leur assiduité ?

- Des sanctions accrues pour les chômeurs, et d'un autre côté la possibilité d'accumuler trois revenus (personnel, maire, vice-président), quelle est la doctrine politique qui soutient cela ?

- Vont-ils continuer à représenter au niveau communautaire les intérêts spécifiques de leur commune, jusqu'à risquer de perdre la rémunération que les élus brestois leur ont personnellement octroyée ?

- Vont-ils à présent accepter que leurs électeurs payent pour un tramway qui ne desservira pas leur commune périphérique, si cela fait partie des conditions de leur rémunération à eux ?

Tout cela pose le problème bien connu du manque de légitimité de toutes ces instances secondaires qui se multiplient en France. Je sais que François Cuillandre est d'accord d'ailleurs, lui qui s'est déclaré pour une élection au suffrage direct du Conseil communautaire, pour la transparence et le respect du citoyen, lui dont la section finistérienne du PS dénonçait récemment à-propos du président "un gouvernement de manoeuvres".

A un niveau plus philosophique, je crois qu'il faut maintenant reconnaître le divorce entre la vie électorale et le logos démocratique. Le logos démocratique, cela consistait à élaborer une doctrine politique, des jugements de valeur sur la société, des solutions à mettre en oeuvre, puis à les présenter aux citoyens électeurs. Mais s'il s'avère que les élus changent de camp juste après les élections, alors ces élections n'ont plus aucun autre sens que la promotion personnelle de ces élus.

C'est pourquoi je pense qu'il faut évoluer vers une pratique généralisée du référendum, ou de la votation comme disent les Suisses. Pour tous ceux qui envisagent la politique comme une activité culturelle au sens large menant à des décisions pour l'intérêt général, alors ce n'est pas un changement de majorité qu'il faut, c'est une évolution plus profonde, où les citoyens reprendront leurs billes.

Les arguments logiques ne peuvent changer selon les changements de rémunérations de leurs locuteurs, sous peine de devenir insignifiants.

Je pense qu'un changement profond est nécessaire, et qu'il doit se décliner sous de multiples aspects: culture, institutions, économie... et je pense toujours que le tramway n'est que le résultat pathologique d'une évolution malsaine de la vie politique brestoise, que nous avons un problème d'identité, de repères géographiques et de niveau culturel des élites, et surtout d'absence d'intérêt général.

Dans les prochains articles nous envisagerons quelques aspects de cette impérieuse nécessité de changer.


15/04/2008

Un Conseil communautaire de République bananière

J'ai devant les yeux la liste de pas moins de 24 nouveaux conseillers communautaires. 24 rémunérés pas moins de 2 437 euros chacun, ça faisait en tout 701 856 euros par an d'économies possibles pour l'agglomération brestoise.

Et après ça, on va nous dire bien sûr que "y'a plus de sous pour une nouvelle crèche ma pauv' dame" ou "les temps sont durs, on ne peut vous embaucher que quelques jours"...

Tous les partis politiques proposent leurs solutions pour l'emploi, toutes à considérer, mais y'en a-t-il un seul qui propose de fournir un deuxième revenu à ceux qui ont déjà un emploi, stable et bien rémunéré ? Les partis ne sont-ils pas devenus des machines à fournir des privilèges à des gens déjà privilégiés, et à employer des précaires gratuitement pour coller des affiches ?

Qui parlera de ce prolétariat de jeunes gens compétents qui gravitent autour des élus, et qui dans le secret de l'isoloir votent finalement contre leurs propres candidats, tellement ils sont dégoûtés, et en connaissance de cause ?

Quel organe de presse sortira de la bienséance d'une série d'interviews personnelles du genre "Je suis fier d'accomplir cette mission" ou "la tâche est immense mais je m'y attelle par dévouement pour mes concitoyens" ? Quel organe de presse osera publier des vérités outrageantes du genre "Jacqueline Héré s'est couchée à un tel point que cela embarrasse même ses collègues du Conseil communautaire" ou des stratégies plus subtiles du genre "Michel Briand délègue prudemment tous les sujets environnementaux à d'autres militants Verts afin de rester au mieux avec le PS" ?

Qui parlera des pratiques d'employeur voyou de certains élus actuels ?

Non seulement l'attribution d'un second revenu est en totale contradiction avec la précarité dans laquelle s'enfoncent nombre de Brestois méritants, mais en plus ce second revenu est attribué sans conditions de compétences, de résultats ou d'assiduité. Il s'agit donc non d'une bourgeoisie mais bien d'une aristocratie.

Qui dira les facilités dont bénéficient nombre d'entre eux pour s'absenter de leur lieu de travail, alors que pour beaucoup de nos concitoyens le moindre retard involontaire peut entraîner un licenciement ?

Au lieu de ces 24 attributions douteuses, il était possible d'embaucher 24 spécialistes au chômage, ce qui aurait été plus bénéfique pour l'économie brestoise, et aussi plus civique, plus efficace, plus solidaire.

En plus, quand on scrute le libellé des attributions, apparaissent des redondances douteuses. Ainsi :

- M. Huret est chargé de "l'économie", M. Briand de "l'économie solidaire" et M. Sarrabezolles de "l'emploi et de l'insertion"

- M Rioual est chargé de "la coordination de l'espace public (voirie, espaces verts, etc.)", et Mme Dubois des "espaces verts et espaces naturels sensibles"

- M. Rioual est chargé de "la coordination de l'espace public (voirie, espaces verts, etc.), M. Joanny des "transports et de la voirie", Mme Cibaud de la "propreté", M. Paul de "l'eau et de l'assainissement"

- Mme Bachelier est chargée de "l'égalité hommes femmes dans la vie locale", Mme Héré de "la démocratie et la citoyenneté"

- M. Caroff est chargé de "l'urbanisme et l'habitat", Mme Quiger du "logement social"

Il y a d'autres compétences qui se recoupent largement. D'autres ou la compétence de la personne par rapport au thème n'est pas plausible. Autant dire que chacun en a eu pour son argent. A ce point-là, on peut se demander si les dindons de la farce ne sont pas les élus qui n'ont pas obtenu de délégation, eux qui vont se taper des réunions à n'en plus finir sans rémunération.

Je parierais même que ceux qui restent conseillers de base sont ceux qui étaient déjà professionnellement les plus précaires.

Mais, par dessus tout, était-ce dans l'esprit de la Constitution de fournir de tels privilèges à des gens qui :

- refusent à leurs concitoyens un référendum

- refusent de publier la liste des actionnaires d'un grand chantier

- refusent de commander une étude sur les meilleures solutions possibles

Les limites de la bienséance sont franchies depuis bien longtemps, de l'honneur même dans le cas du Parti communiste (Jacqueline Héré, Maxime Paul, Gaelle Abily), mais quid des limites de la vraisemblance ?

Dans ces conditions, ne faut-il pas quitter Brest pour le périurbain, afin d'éviter de payer ces gens ? Ou pour tourner la question autrement, pourquoi rester dans la Communauté urbaine si on n'y profite pas personnellement d'un poste de vice-président ?

Je vois que beaucoup d'adhérents du réseau socialiste, qui sont dans des postes moins visibles de conseillers ou autres, ont quitté l'agglomération depuis bien longtemps. Cela ne les empêche pas de venir profiter de privilèges à Brest. Alors, pourquoi se gêner ?

Ces 24 vice-présidents, à la fois socialement aristocratiques et personnellement médiocres, n'incarnent-ils pas physiquement le manque d'attractivité de Brest par rapport au Pays de Brest ? Pourquoi ne parle-t-on que des motivations des ménages d'aller ailleurs pour trouver moins cher, et ne parle-t-on jamais des motivations des citoyens lucides de quitter Brest ?

Pourquoi quelqu'un de compétent et au chômage, qui aurait pu être embauché à la place de ces privilégiés, devrait-il rester à Brest ?

11/04/2008

Saudade de printemps

Bonjour à tous. Je me suis éloigné de ce blog quelques jours pour raisons personnelles, et je reviens en plus pour vous expliquer pourquoi je vais publier moins régulièrement désormais.

Premièrement, j'ai commencé à préparer un texte complet en préparation de la prochaine enquête d'utilité publique sur le tramway, qui reprendra de façon plus structurée des arguments présentés ici, et en inclura de nouveaux que j'ai découverts depuis. Ce texte fera au moins 200 pages.

Deuxièmement, j'ai décidé d'écrire un autre texte sur ce que c'est d'écrire un blog politique, sur les aspects de modération des commentaires que j'ai déjà évoqués, mais aussi sur le rôle culturel du blogueur isolé par rapport aux partis et aux élus, par rapport à la presse, etc. Cela s'étendra nettement au-delà du sujet tramway, aussi il sera publié à part.

Voilà, ces deux textes impliquent donc une quantité de travail importante, dans une disponibilité personnelle qui elle n'augmente pas.

Mais la véritable raison pour laquelle je n'ai rien publié pendant presque deux semaines, c'est que j'ai senti que "quelque chose a changé dans la force", pour parler comme Obiwan Kenobi. J'ai senti et je sens toujours un rapport de forces entièrement différent, et je vais avancer avec prudence pour découvrir ce nouvel univers brestois.

Je ne sais pas encore si ce changement est positif ou pas. A en croire certaines conversations, ça ne m'étonnerait pas d'entendre annoncer un de ces jours un nouveau référendum sur le tram. Il me semble percevoir une évolution importante des mentalités. Ca ne m'étonnerait pas non plus d'entendre un de ces jours l'annonce d'importantes régressions économiques pour Brest, qui ont été tenues au secret pendant la campagne des municipales.

Tous les partis politiques ont changé après les résultats, mais de façon surprenante, le PS semble presque autant fragilisé que les autres.

On savait déjà que les élus locaux ne servent en grande partie qu'à appliquer des décisions et utiliser des budgets de l'Etat, ce qui pose le problème de leur légitimité, surtout vu la complexité des niveaux géographiques, agences thématiques et autres sinécures dont ils aiment à s'entourer.

On savait aussi qu'arrivent généralement en tête les couches sociales déjà privilégiées, ce qui pose le problème de la légitimité de leur attribuer des revenus personnels supplémentaires, surtout vue la précarité croissante de nos concitoyens.

On savait enfin que se placent dans ces scrutins de listes des personnages sans véritable talent, mais qui s'autoproclament comme représentants de diverses catégories sociales, et qui gênent l'arrivée aux affaires des jeunes véritablement compétents. En effet la posture du "Tu m'acceptes sans aucune critique ou alors tu m'insultes" ne constitue en aucun cas une compétence et ne fait jamais avancer les dossiers.

Mais tout cela ça vaut pour toute la France. Il semble qu'en plus à Brest, la désignation de Gaelle Abily au poste d'adjoint à la culture en ait scandalisé, voire démoralisé plus d'un au PS. C'était la goutte d'eau, le coup de pouce en plus qui a fait déborder le vase. En plus des défauts précités, il y a en effet dans ce personnage-là un je-ne-sais-quoi d'assurance aristocratique qui donne naturellement des envies de révolution à ceux qui la fréquentent.

Oui, il y a des gens qui se placent, mais il y a des degrés de non travail et de non engagement politique qui peuvent devenir gênants pour les collègues les plus conciliants. Oui, si le PS à Brest sert à protéger la carrière de Gaelle Abily, certains et non des moindres se demandent si la provoc est tellement grosse qu'elle ne met pas en cause la légitimité du budget culture dans son intégralité.

Et beaucoup de concitoyens peuvent se demander si ce n'est pas devenu un impératif de quitter immédiatement Brest, pour aller dans une commune où ils ne donneront pas un sou d'impôt à un budget culture, et pourront ainsi consacrer la somme épargnée à l'achat de réalisations culturelles.

Quoiqu'il en soit, l'ambiance à Brest a changé. Le Conseil municipal apparaît beaucoup plus faible qu'il ne l'était précédemment, y compris dans l'opposition. Bientôt il faudra bien faire des prévisions budgétaires, et constater que la base fiscale s'amenuisant, le projet du tramway n'est plus possible.

Ce sera sans doute déchirant pour François Cuillandre. Sera-t-il capable de prendre une décision spécifique aux besoins brestois, sans s'appuyer entièrement comme à son habitude sur l'exemple de ce qui se fait ailleurs ? Ou le Conseil municipal sera-t-il obligé de le renverser ?

Certains le savent peut-être déjà au PS, les bruits et les rumeurs ne manquent pas.

Quoiqu'il en soit, ce blog repart, dans un environnement désormais différent, plus dangereux et moins prestigieux, mais plus novateur aussi, plus porteur d'espérance, et nous verrons bien comment il pourra évoluer.

Et vogue la nef. C'est le printemps. La mer des sargasses resplendit de dangers, de désirs et de mystères.


18/03/2008

Du respect de soi-même

Suite aux récentes élections, aura lieu prochainement à Brest la cérémonie de désignation du maire et de ses adjoints.

La presse aujourd'hui évoque M. Michel Briand pour une possible reconduction de son poste d'adjoint à la "citoyenneté et aux nouvelles technologies". Entendez par là l'Internet.

Outre que ce poste pourrait s'apparenter à une sinécure, vu que les Brestois ont tendance à pratiquer l'Internet sans lui demander son aide, nous rappelons que M. Briand est censé être élu vert, et que les Verts demandent la réalisation d'un bilan carbone partout où cela est possible.

Il s'agit d'une procédure officielle, dont le but est de calculer l'ensemble des émissions de CO2 d'un grand projet, construction et démantèlement compris, et pas seulement fonctionnement.

Dans le cas du tramway, cela inclurait donc le chantier, et pas seulement la circulation des rames.

La presse évoque également Mme Jacqueline Héré, du PCF, comme possible adjointe au quartier de Bellevue. Rappelons que Mme Héré s'est retrouvée seule face à un candidat PS au deuxième tour des cantonales de Bellevue, sans risque donc de victoire d'un candidat de droite. Elle s'est pourtant désistée face à l'autre candidat, en contradiction avec les principes du Parti communiste, qui demande un déplacement du centre de gravité de la gauche partout où cela est possible.

Mme Héré pourra peut-être en tant qu'adjointe peser pour faire évoluer les transports publics brestois vers la gratuité, c'est-à-dire dans l'intérêt des travailleurs pauvres et des chômeurs, ce qui semble être son opinion politique.

Rappelons à ce sujet que la gratuité à Brest est possible, le coût de la billetterie étant à-peu-près équivalent aux recettes des tickets de transport.

Je recommande donc à M. Briand de demander un bilan carbone, à Mme Héré de demander la gratuité des transports, et, si cela n'est pas accordé, de refuser ces postes rémunérés.

Surtout que, si je comprends bien, il s'agira pour eux d'un deuxième revenu.

14/03/2008

L'état du PS (2)

Pour commencer, je vous propose d'aller faire un tour sur le blog de Marc Coatanea, responsable socialiste, l'un des blogs les plus animés pendant cette campagne.

Commencez par parcourir les commentaires. Vous y verrez à quel point M. Coatanea s'est senti fort au point de tolérer les argumentaires complets de ses oppositions de droite et de gauche. Vous y verrez aussi à quel point les sympathisants du PS ont jubilé en caricaturant leurs propos. Des souris et des chats.

Si vous avez eu le temps de faire cela, portez maintenant votre attention sur les articles de M. Coatanea eux-mêmes, ceux qui ont suscité les commentaires. Vous y découvrirez une plus grande pauvreté, des propos politiciens banals du genre "Tel concurrent est mauvais", "Encourageons notre liste", "Les autres on tort", "Vive nous", etc.

Un peu le genre de François Hollande, qui au niveau national, sans proposer de grands projets pour le pays, excelle dans le marquage petit des erreurs de ses adversaires.

La question qui se pose est donc : faut-il se prendre pour une ceinture noire, parce qu'on est ceinture verte devant des ceintures blanches ?

Et la réponse est que le PS brestois, faute d'adversaires à sa taille, s'est reposé sur ses lauriers et se croit invincible, voire parfait.

D'autres responsables, cependant, avouent en privé se demander "dans quel guêpier on s'est fourrés avec cette histoire de tramway". Même s'ils considèrent la victoire probable, certains profiteront quand-même de la confidentialité de l'isoloir pour exprimer un Non à François Cuillandre, simplement par prudence, simplement par bon sens, par crainte légitime des ennuis qui s'annoncent.

Un dossier technique mal ficelé, un programme non finançable, la certitude de ressources fiscales en forte baisse, de l'inflation du prix des matériaux du tramway (métaux...), les prochains conseillers municipaux, de quelque bord qu'ils soient, seront tôt ou tard structurellement obligés de dire stop au projet du maire.

Peut-être bien le maire lui-même, d'ailleurs, et ce serait de loin la meilleure solution.

Quand les élections seront passées, quand l'orgasme collectif fera place à la triste réalité des affaires courantes, alors, inévitablement, la réalité reprendra ses droits. Et quand les affres des oppositions de droite et de gauche seront oubliées, alors les mouvements citoyens commenceront.

Pour continuer dans la métaphore des arts martiaux japonais, il existait une règle de bonne tactique chez les samourais, celle de toujours laisser à l'adversaire une porte de sortie. Car quand l'adversaire est le dos au mur, quand il n'a plus le choix que d'avancer, il peut alors révéler une force insoupçonnée.

C'est ce qu'avait bien vu Pierre Maille, quand à l'issue du référendum négatif de 1990 il déclarait : "On ne peut pas faire le bonheur des gens malgré eux. Nous serions allés au devant de grogne, de procès, de contestations d'expropriation,etc. Ce n'était pas possible. On ne peut pas bâtir une ville dans ce climat."

Et beaucoup regrettent Pierre Maille au PS. Et beaucoup souhaiteraient que François Cuillandre s'en aille. Car je sais que beaucoup, vraiment, se demandent dans quel guêpier il est en train de les fourrer.

Et peut-être lui même, d'ailleurs, car il est loin d'être sot.

C'est pourquoi il est indispensable, pour les militants du PS comme pour ses opposants, de ménager à M. Cuillandre un porte de sortie honorable, dans le respect de tous devant une décision sage et courageuse.

Le PS est discipliné, il faut lui laisser les moyens d'un processus de changement interne. Le PS est fier, il faut que ses adversaires saluent ses capacités de jugement. Le PS est fort, il faut le laisser le montrer.

Car si cette porte de sortie n'est pas ménagée avec le tact et la prudence qui s'imposent, alors il se pourrait que bientôt au PS on commence à parler des deux seuls moyens de locomotion qui n'ont pas encore été évoqués pendant cette campagne : la moto et le canasson. De l'enfer.


L'état du PS (1)

Le PS brestois est-il de droite, de gauche, du centre, c'est la question à laquelle j'essaierai de répondre à la fin de cet article.

Une anecdote pour commencer. Un précaire qui se trouve également inscrit dans un parti hostile au PS se rend au rendez-vous obligatoire avec son assistante sociale attitrée, pour l'informer de ses recherches de travail, afin de renouveler son RMI. Il lui annonce qu'il a trouvé un emploi dans une association caritative de la région brestoise, et qu'il n'aura bientôt plus besoin du RMI.

Quelques jours après, il se rend dans l'association en question, et il rencontre un responsable qui lui dit : "On a reçu un coup de fil pour nous prévenir que tu étais inscrit à tel parti, et on ne peut pas t'embaucher".

Oui, cela s'est réellement passé à Brest. Pour être honnête, je ne peux pas confirmer que c'est l'assistante sociale qui a donné le coup de fil, car ce genre de communication est très opaque. Il y a eu une autre personne informée, une personne sympathisante du PS (un enseignant), et c'est peut-être elle qui "donné l'alerte".

Néanmoins, le résultat fut implacable : retour au RMI.

Ce genre d'anecdote trouble, je vous la donne parce qu'elle me semble révélatrice de l'ambiance qui règne à Brest. Elle n'est pas caractéristique des élus socialistes, mais plutôt du réseau socialiste en dessous, dans les associations, dans la culture, dans le social.

Pour passer au niveau structurel, le mieux est d'utiliser temporairement la métaphore de la guerre. Si je vous dis "guerre", vous pensez probablement aux moyens aériens, aux moyens maritimes, aux fantassins, aux artilleries, etc., qui s'affrontent. Mais on ne pense pas spontanément à l'intendance. Pourtant, une armée qui enlèverait son ravitaillement à une autre armée aurait tout aussi efficacement gagné la guerre.

Eh bien le PS brestois, c'est un peu ça. Si vous observez de l'extérieur, vous verrez évoluer des acteurs plus courtois les uns que les autres, tous parfaitement démocratiques, tous respectueux de leurs opposants. Mais parmi ceux qui ont essayé de faire quelque chose à Brest, par exemple devenir président d'une association, ou obtenir une subvention, beaucoup vous confirmeront qu'ils ont rencontré un mur de verre, et une véritable agressivité qui n'a plus rien à voir avec la tolérance et la rationalité.

Cette tendance est si poussée que, parmi les artistes qui ont apporté leur soutien à Brest, j'en arrive à me demander qui est réellement libre, et qui ne fait que sécuriser sa carrière en évitant qu'on lui enlève une salle, un budget, un accès, une reconnaissance sociale.

Dans cette campagne, on n'aura fait qu'aborder superficiellement la réalité en n'exposant que des candidats et des programmes. Mais pour changer véritablement d'époque, il faudra faire l'histoire des réseaux du PS, de leur pratiques, de leurs intentions, et de tous ces personnages mineurs qui ont entretenu des années durant un ostracisme sectaire et réellement très actif.

Et, l'usure du pouvoir aidant, après 19 ans de règne sans partage, cela est devenu trop pesant. Il est temps d'arrêter, les plus lucides d'entre eux le reconnaissent. Mais en privé, car eux aussi craignent qu'on leur enlève quelque chose.

Pour répondre à la question du début, je crois que le PS brestois n'est ni de gauche, ni de droite, ni du centre. Je crois qu'il est dans l'admiration de lui-même. je crois qu'il s'est créé au fil des années un limes grâce auquel toute personnalité extérieure est indigne, et toute personnalité intérieure mérite une admiration sans borne et un respect réciproque.

Je crois que le PS est persuadé de représenter à lui seul la République et la démocratie, et que le monde extérieur est irrémédiablement perdu dans l'erreur.

Et c'est pourquoi, je le crois, tout argument intérieur à propos du tramway est célébré, même faux selon un pur bon sens, et tout argument extérieur est rejeté sans examen, même exact selon un pur bon sens.

C'est pourquoi pour terminer je vous propose de regarder cette vidéo du site de campagne du PS, réunissant tous les candidats PS de la Communauté urbaine avant le 1er tour, un bel exemple de célébration réciproque, totalement fermée, totalement enthousiaste, dans une totale inconscience des intérêts, ou même des réalités brestoises :

L'état du centre

Le Modem, tel qu'établi par François Bayrou au lendemain de l'élection présidentielle, a constitué pour beaucoup un espoir d'ouverture démocratique, et surtout un retour au bon sens par rapport aux deux foldinguots qui disputèrent le second tour.

Ce prestige indéniable fut rapidement affaibli par François Bayrou lui-même, dans sa politique illisible d'alliances pour les municipales. Il est certain que les listes Modem sur Brest en ont pâti.

Si l'on essaye maintenant de remonter aux faiblesses structurelles, je crois que le Modem souffre de deux ambiguïtés.

La première se situe au niveau européen. Le Modem se présente dans la vie politique nationale comme le champion de la démocratie, du libéralisme social et de la modération, alors que les centristes militent depuis des décennies pour un mode d'organisation européenne qui n'est ni démocratique, ni sociale, ni modérée.

François Bayrou avait commencé en automne dernier à critiquer cette évolution, mais il s'est résigné à signer le Traité de Lisbonne, et depuis ne s'exprime plus - à ma connaissance - sur l'Europe.

C'est important pour Brest, car, si la mondialisation se poursuit et l'ouverture obligatoire des marchés publics aux pays de dumping social se confirme, inutile de rêver à un quelconque avenir pour notre agglomération.

Sur un plan plus strictement municipal, il y a une seconde ambiguïté. Le Modem est-il le parti de l'indépendance d'un Centre retrouvé, ou de tous les politiciens locaux qui sont prêts à s'allier avec n'importe qui, pour un petit strapontin personnel ? On voit bien la différence entre plusieurs dirigeants brestois, les uns affirmant avec panache leur refus de toute consigne de vote, les autres prêts à s'allier avec tout ce qui brille.

Ces deux ambiguïtés doivent être résolues, et il est hautement souhaitable pour la vie politique en général que le Modem les résolve.

Sur le plan européen, puisque le Non de gauche a échoué à mettre en place des coordinations européennes (n'a même pas essayé en fait), il revient au Modem de trouver la voie d'une Europe véritablement européenne, d'un Europe qui refuse la mondialisation. Cela impliquera nécessairement de dire Non à une évolution économique qui rend la protection sociale européenne impossible, et à une évolution institutionnelle qui accentue les rapports de force entre Etats.

Sur le plan municipal, il revient au Modem, à lui plus que tout autre, de briser la chape de plomb qui pèse sur la vie culturelle et associative brestoise, pour passer à une autre époque, faite d'ouverture démocratique, de tolérance des opinions individuelles, et de collaborations thématiques entre personnes qui se respectent.

Le chemin est difficile, et dépend entièrement du talent des leaders et des militants.

Mais pour tout cela, au plan européen comme au plan municipal, il serait incompatible de s'allier au Parti socialiste. Si cela est accompli, alors on peut prédire aux responsables locaux un grand avenir.

L'état de la droite

Je continue sur ma lancée en essayant d'expliquer la faiblesse structurelle du milieu des décideurs brestois, et c'est maintenant, après la gauche, au tour de la droite.

Beaucoup auront suivi les péripéties de querelles de personnes, essayons maintenant de nous élever au niveau sociologique.

La présence de M. Pellicano en rival de M. Prunier ne relève pas seulement de l'anecdotique caractériel. Pour commencer à le comprendre, il faut se rappeler que Fortuné Pellicano est l'héritier de Yannick Marzin, sur le canton de Brest Centre.

Et là, si vous êtes encore naïfs en politique, il faut vous initier à deux traits courants de la vie des partis :

1) Si les militants peuvent être considérés comme des amis, au niveau des principaux candidats il n'y a que des rivaux. Chacun a intérêt à faire tomber l'autre. Les places sont bonnes mais elles sont chères.

2) Il arrive souvent que des candidats se présentent à une élection en visant en réalité une autre élection. Par exemple pour garder sa place sous les feux de la rampe pour l'élection d'après.

Mélangez les deux, vous vous apercevez que le candidat du canton de Brest Centre a intérêt à se présenter aux municipales pour faire tomber tous ses rivaux, et rester le maître incontesté de la droite brestoise.

M. Marzin a-t-il dans le passé mené volontairement cette stratégie ? Personne ne le sait, toujours est-il qu'il a été longtemps le seul élu de droite rémunéré sur la place. Et toujours est-il que cela semble le résultat probable du comportement actuel de M. Pellicano.

La droite brestoise a donc un problème structurel dans la présence concomitante de candidats municipaux et cantonaux, et le fait que Brest Centre soit le seul canton de droite offre évidemment un avantage souverain au vainqueur.

Si vous prenez aussi en compte la réalité que Brest Centre est un canton d'une droite vieillissante, d'après-guerre pour dire vite, vous vous apercevez qu'il y a aussi un problème au niveau de l'agglomération.

Les forces nouvelles de la droite, où sont-elles ? Les cadres jeunes sont partis dans le périurbain, où il poursuivent avec une plus grande facilité leur aspiration à une vie familiale de qualité. Quand au patronat de la CCI, il collabore directement avec la majorité socialiste pour obtenir de grands chantiers, tout en se délocalisant également dans le périurbain pour ne pas subir les impôts de ces mêmes grands chantiers.

Bref, les militants de droite restent seuls, coupés de leurs bases sociologiques, un peu comme les derniers des Mohicans.

Cependant cela pose un problème majeur pour Brest, car des deux revendications typiques de la droite populaire, moins d'impôts et plus de sécurité, il serait périlleux de faire fi de manière expéditive.

En effet, pour réaliser toute politique, y compris de gauche, Brest a besoin d'une base fiscale. Si tous les ménages imposables se retrouvent dans le périurbain et les non imposables s'accumulent à Brest, alors tôt ou tard les budgets sociaux en pâtiront aussi.

Quant à la sécurité, on ne réalise peut-être pas avec quelle rapidité Brest peut devenir un lieu de mauvaise réputation, attirant des délinquants de toute la France. C'est déjà le cas pour les tags, d'ailleurs, grâce à l'appui explicite de la municipalité sortante.

La sécurité, on a tort de la considérer par réflexe comme un thème uniquement de droite. On l'assimile à la droite parce que la gauche ne l'assume pas. Mais la sécurité, dormir tranquille la nuit, retrouver sa voiture intacte le matin pour aller au travail, laisser les bons élèves s'élever socialement à l'école, vivre dans un environnement propre et sans stress quotidien, c'est le premier droit des travailleurs pauvres.

Je comprends bien l'écoeurement actuel des électeurs de droite. Je peux me mettre à leur place. Mais la solidité de la base fiscale et la sécurité urbaine restant de toutes façons des impératifs d'intérêt général, loin au-delà de la droite, c'est à eux de se lever et d'affirmer nettement qu'un vote PS est strictement incompatible avec le maintien de la qualité de vie à Brest.

Les candidats passent, les besoins humains ne se laissent pas oublier.

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