17/10/2007
Animations sur friches
La nouvelle est tombée cette semaine : un "espace d'information et d'animations" sur le tramway va être créé rue de Siam. Je trouve que c'est une bonne nouvelle, avec un bémol. Une bonne nouvelle parce que le public va être beaucoup mieux informé, notamment grâce à un amphitéâtre et ses conférences, et un système de simulation de grande taille. Ma seule réserve porte sur la venue d'un public scolaire captif, et je me demande de quelle façon sera garanti l'accès des enfants aux informations critiques sur le projet de tram.
Quoiqu'il en soit, cet endroit de la rue de Siam avait bien besoin d'un peu de renouvellement. Si vous ne voyez pas où c'est, il s'agit de ce coin un peu sale presque en face de la Maison de la presse, qui était devenu au fil des ans une verrue, et un symbole de la dégradation du quartier. Le maintien de ce coin inexploité pendant de si nombreuses années est pour beaucoup dans la perte de fréquentation de cette partie du centre-ville. Pourquoi voudriez-vous vous promener dans une rue qui respire l'insécurité?
Un espace "d'animation" en lieu et place d'un site en déshérence? Cela me rappelle quelque chose. Lors de la présentation des différents projet pour les Capucins, il y avait aussi eu beaucoup d'affiches et de communication, et des journées portes ouvertes. La majorité des visiteurs avaient été ravis de cette nouvelle opportunité pour Brest, mais... quelques vieux Brestois avaient émis un doute : "Ce n'est pas un nouveau quartier, ce n'est pas vraiment du dynamisme, c'est la perte d'une époque de prospérité industrielle". Ainsi, malgré l'attrait indéniable des dessins des architectes en compétition, beaucoup de Brestois ont eu un pincement au coeur et une sensation lugubre en visitant ces ateliers où tout un savoir-faire et les revenus de nombreuses familles allaient disparaître.
Maintenant, quand j'y pense, tout ce qui se passe au port de commerce, les Jeudis du port, la Carène, le port de plaisance... n'est-ce pas aussi une série d'implantations très "communiquantes" sur fond de pertes d'activités?
Le Froutven, la construction du stade, la venue d'Ikea... ne masqueraient-ils pas un peu la perte de vitesse de Kergaradec, ou plus encore la faillite de nombreux commerces du centre-ville?
Les travaux de Pontanézen apportent-ils une réponse profonde et sérieuse aux problèmes d'intégration?
Je me demande si c'est la bonne méthode, de peindre en gain formidable tout ce qui est perte au départ, de peupler de dessins d'architectes et de peintures de Paul Bloas les friches industrielles. Ne serait-il pas plus sain, d'abord, de reconnaître collectivement qu'il s'agit de pertes économiques, puis, ensuite, d'en profiter pour multiplier les espaces de quiétude, de promenade et de verdure, et contribuer ainsi à réparer le déficit esthétique de Brest par rapport à son arrière-pays? Faut-il avoir le fétichisme du bruit, de l' "activité", du changement? Faut-il ajouter chantier sur chantier pour masquer la crise, ou en profiter pour faire des économies?
Dans ce sens, le tramway ne serait-il pas une sorte de drogue, un achat compulsif, qui nous empêcherait de faire face sereinement au déclin brestois? En termes d'urbanisme, le "moins d'activité" ne devrait-il pas être assumé comme "moins d'activité", et exploité positivement comme tel?

18:30 Publié dans Par défaut | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ikea, Froutven, Capucins, Référendum, Tramway, Déclin brestois, Brest






