06/07/2008

Ingrid Betancourt inaugurera le tramway brestois

Branle-bas de combat dans le Landerneau brestois ! Devant le déferlement, que dis-je, l'avalanche, que dis-je, la tempête cosmique provoquée dans les médias par la "libération" d'Ingrid Betancourt, la municipalité n'entend pas rester impassible et souhaite aussi récupérer un peu du succès de cette quasi-mourante et quasi-torturée à la santé miraculée.

De source sûre, M. le maire François Cuillandre trépignerait depuis la semaine dernière dans son bureau et éructerait en boucle : "On l'air bien cons maintenant avec notre coup de la boîte rose pour impressionner le commissaire enquêteur. Avec Ingrid inaugurant le tramway c'est sûr on pourra faire passer n'importe quoi".

On l'aurait entendu téléphoner à Bernard Kouchner: "Allez, fais pas le salaud, prête la moi une demi-journée, en échange je vire Kersauzon et je te laisse présenter le feu d'artifice du 14 juillet".

Effervescence également dans les autres partis brestois

M. Pellicano aurait déclaré : "Ingrid a été libérée grâce à mon entregent et à ma connaissance des dossiers".

M. Prunier de l'UMP aurait déclaré : "Arrêtez de me faire chier avec la politique brestoise je suis en vacances à l'Ile Tudy".

M. Morucci du Modem aurait déclaré : "Ingrid est un symbole de la construction européenne, qu'il faut étendre jusqu'à la Colombie".

Mme Abily du PCF aurait déclaré : "Puisque maintenant on va mettre des filles plus jeunes sur les photos du PS, il faut que je me reconvertisse". Elle serait déjà en train de négocier un "enlèvement" par les extrémistes de l'hôpital de Carhaix, en prévenant toutefois "à condition de ne pas partager de chambre avec des gens de gauche, car j'ai ma dignité".

M. Briand des Verts aurait déclaré : "Il faut faire un wiki brestois sur Ingrid".

La gauche de la gauche aurait déclaré : "Il faut empêcher la privatisation d'Ingrid".

Mme Lamour, députée de Brest-rural, aurait déclaré : "Est-ce qu'elle viendra à Ploudalmézeau ?"

Mme Adam, députée de Brest-centre, aurait déclaré : "Je crois que la République est en danger".

M. Marc, sénateur PS, aurait déclaré : "Je la veux pour faire une troisième liste aux prochaines sénatoriales".

Effervescence dans les institutions

La Semtram, maitre d'oeuvre du tramway, aurait déjà reçu la consigne de renommer tous les futurs arrêts par des noms de la famille Betancourt: arrêt fils d'Ingrid, arrêt fille d'Ingrid, arrêt mari d'Ingrid, arrêt soeur d'Ingrid...

Interrogés sur l'état de santé parfait de Mme Betancourt, les professeurs de médecine de l'UBO auraient déclaré "Ah mais là c'est son état fatigué. Quand elle sera remise vous verrez elle pédalera elle-même dans le tram pour tirer toutes les rames. Et ça produira tellement d'électricité que ça fera en plus tourner les éoliennes quand il n'y aura pas de vent".

Interrogées sur le coup d'éclat militaire dans la jungle, les autorités navales auraient déclarées "Nous proposons notre porte-avions Charles de Gaulle pour les opérations futures, lorsqu'il ne sera pas en maintenance, ainsi que le matériel plus léger ayant récemment servi pour le Ponant dans l'océan indien, lorsqu'il ne sera pas en panne".

Les services secrets auraient déclaré : "C'est bizarre y'avait aucun français ce coup-ci, et pourtant rien n'a foiré".

Conseil municipal exceptionnel

Quoiqu'il en soit, voici en exclusivité les bons morceaux de la déclaration unanime, toutes tendances politiques confondues, qui devrait sortir demain d'un Conseil municipal exceptionnel :

- Sur les transports, logement luxueux et examens gratuits accordés à une milliardaire : "Nous proposons de notre côté un ticket gratuit pour Brest 2008".

- Sur la légion d'honneur attribuée à quelqu'un qui s'est fait enlever quasi volontairement : "Nous proposons un jumelage avec les FARC, avec remise de la médaille d'honneur de la ville de Brest, plus réception avec Kir royal et pain-de-mie-saumon-fumé".


- Sur la possible remise d'une rançon qui encouragerait les enlèvements à venir des FARC : "Nous utiliserons le bénéfice de Brest 2008 et augmenterons le prix des tickets de tram au besoin".

- Sur le timing avec le départ du tour : "Nous regrettons que le gouvernement ne nous ait pas envoyé Ingrid dès samedi, car avec la forme surhumaine qu'elle a elle serait déjà maillot jaune".

Face à cette énergie et cette clairvoyance inouïes de la part de nos élites municipales, la seule difficulté restante viendrait du président Nicolas Sarkozy, qui apparemment souhaiterait récupérer l'affaire (encore) et imposer sa Carla au lieu d'Ingrid pour l'inauguration du tramway, à l'occasion du lancement de son prochain album. Des négociations très tendues seraient en cours, avec force gros mots de part et d'autres. D'aucuns croient y déceler une influence secrète de Cécilia du côté de François Cuillandre.

Devant tant de retournements incroyables, le suspense reste vertigineux...


17/03/2008

Le débat commence

Ouf, c'est fini !

Les citoyens peuvent maintenant reprendre leurs billes, et débattre plus librement des sujets municipaux sans crainte d'être assimilés à tel ou tel candidat en lice.

Je ne sais pas si Yves-Marie Robin va de nouveau m'en vouloir, et demander à nouveau à ses avocats de porter plainte contre moi, mais je me sens obligé d'exercer une fois de plus mes droits civiques en critiquant son article de ce matin.

Dans cet article - fort excellent par ailleurs - M. Robin déclare que la victoire du PS "met, ainsi, un terme à toute polémique sur le tramway".

Je savais qu'il était du rôle d'un journaliste d'informer sur les débats locaux, éventuellement en donnant son opinion, mais je ne connaissais pas cette pratique de clore de son propre chef un débat entre citoyens, avec un vocabulaire de père de famille courroucé.

Il cite ensuite des propos de François Cuillandre : "Laurent Prunier et Fortuné Pellicano réclamaient un référendum. Ils l'ont eu ! Le tramway se fera".

Il apparaît au contraire que c'est maintenant que le débat sur le tramway va réellement commencer, même dans le cas extrême d'un froncement de sourcils de M. Robin.

Il est important de rappeler qu'en droit français, seul un référendum est un référendum. Cette élection était généraliste, et il n'est pas possible d'identifier dans le choix des électeurs la part du tramway parmi les multiples sujets municipaux évoqués. Oh, cela a joué, je ne le nie pas, mais simplement le sujet tramway n'y est pas repérable de manière indubitable.

Au-delà des sujets municipaux, on est même certains que beaucoup d'électeurs ont voté par préférence au niveau national. La Gauche Debout avait par exemple appelé à battre la droite pour des motifs nationaux (modifier le centre de gravité de la gauche, refuser le gouvernement Sarkozy) et même des motifs internationaux (lutter contre la mondialisation néolibérale). Le centre, qui critiquait aussi le projet tramway, n'avait pas donné de consignes de vote.

Cette élection n'est donc pas en droit recevable en tant qu'avis sur le projet de tramway. Lorsque l'autocongratulation actuelle s'estompera, lorsque les élections seront oubliées, alors il apparaîtra à nouveau que ce projet est mené en violation du référendum de 1990, seul et unique référendum effectué à ce sujet. Cela sera rappelé notamment lors de la phase d'enquête d'utilité publique, longtemps après l'effervescence de la présente campagne électorale.

Pour moi, cette élection marque la fin d'un cycle, qui avait débuté par les réunions dites de "concertation". On avait vu les conseillers municipaux s'y engouffrer avec véhémence, empêchant ainsi les citoyens de s'approprier sereinement le sujet. Il y avait la crainte d'être assimilé à un parti par les citoyens qui souhaitaient rester neutre et étudier un projet en soi, et il y avait aussi, il faut bien le dire, un doute jeté sur la validité des critiques, du fait qu'elles étaient exprimées haut et fort par ce qu'il faut bien appeler des incompétents.

Ensuite est venue la campagne électorale proprement dite, où on a bien vu que c'était non pas "Laurent Prunier et Fortuné Pellicano", comme le dit M. Cuillandre cité par M. Robin, qui réclamaient une remise à plat du dossier, mais l'ensemble des partis concurrents du PS, également à sa gauche et au centre. L'ouverture avait donc commencé et le débat commençait à se libérer.

Et maintenant que l'UMP est discréditée sur la place de Brest, alors maintenant les citoyens vont s'emparer pleinement du sujet, se rassembler et participer pleinement au débat, au-delà des clivages électoraux partisans.

Enfin, c'est maintenant au sein du PS lui-même que le débat commence, car les dirigeants seront bien obligés d'accorder à leurs militants un débat rationnel et tolérant sur le sujet, et les conseillers municipaux seront bien obligés de faire face aux responsabilités qui s'imposent à tous conseillers municipaux, c'est-à-dire commander une étude sur les solutions alternatives, et en établissant de manière complète les difficultés de financement.

Il appartiendra en particulier aux conseillers municipaux de la majorité de distinguer entre réaliser un projet parce que l'opposition le refuse, ou réaliser un projet parce qu'il est bon pour l'agglomération.

Le débat s'ouvre donc pleinement, au contraire, et M. Robin pourra lui-même y participer librement, par exemple en publiant la liste des actionnaires de la Semtram, ce qui serait un exercice banal pour un journaliste. Je lui suggère donc, à mon humble niveau, d'enquêter sur les tenants et aboutissants économiques de cette affaire, et de publier cela dans ce respectable quotidien indépendant qu'est le Ouest-France.

Par exemple, je lui suggère en toute modestie qu'un article sur la spéculation immobilière autour du trajet prévu serait particulièrement bienvenu.

Que mes lecteurs le sachent, c'est maintenant que des réunions vont avoir lieu, c'est maintenant que l'on va essayer de s'organiser, sans les élus UMP, et surtout de manière méthodique au-delà du clivage droite/gauche. La salubrité du budget brestois concerne aussi bien les dépenses sociales que les impôts des contribuables. Le choix de solutions plus légères et novatrices concerne aussi bien les commerçants que les écologistes.

Et surtout, maintenant qu'est terminé le délire sur la nécessité de devenir "métropole", on va maintenant tous pouvoir reconnaître sereinement qu'on est en train de passer dans la catégorie de Quimper ou Lorient, ce qui n'est pas déshonorant du tout, mais qui impose de réduire d'urgence la voilure, sous peine de setrouver dans l'état d'une Quimper ou Lorient surendettée, ce qui serait là franchement à éviter.

Sur ce, je termine en félicitant M. Yves-Marie Robin pour la qualité du reste de l'article, avec toute la sérénité que je lui souhaite par ailleurs.

15/03/2008

Est-on libre à Brest ?

Quand je vous disais que le projet de tramway n'est peut-être que le symptôme d'un problème structurel, et que la vie politique de l'agglomération brestoise n'est tout simplement pas au niveau des villes françaises et européennes normales... On ne pouvait rêver meilleure confirmation.

Il y a quelques temps, je publiais la critique dans un style comique d'un article du journaliste Yves-Marie Robin dans le quotidien Ouest-France.

J'ai par la suite reçu quelques commentaires de M. Robin sur ce blog, que je n'ai pas publiés en attendant la confirmation que c'était bien lui qui écrivait.

Hier, j'ai révélé mon nom à Ouest-France, comme je le fais d'ailleurs pour tous les lecteurs, les politiques et les médias qui m'en font la demande. Le jour-même, j'ai reçu un message personnel de M. Robin, qui m'informe qu'il a demandé à son service juridique de porter plainte contre moi.

Franchement, je ne croyais pas qu'on en était à ce point-là à Brest.

Tout le monde reconnaît que le Ouest-France a pris parti pour la liste sortante, ce qui est d'ailleurs parfaitement son droit, et par ailleurs les préférences politiques sont une pratique courante et banale dans la presse.

Songez que la critique des médias est un véritable acquis de civilisation, à tel point qu'on l'enseigne dans les lycées.

Songez qu'une plainte pour avoir tourné en dérision un article entraînerait un scandale retentissant dans toute la France.

Songez que l'initiative d'Yves-Marie Robin porte une ombre sur la liberté de critiquer démocratiquement le projet de tramway et les publications de ses défenseurs.

Je pense que si le Ouest-France ne m'envoie pas un démenti sur l'initiative d'Yves-Marie Robin, on sera vraiment mal partis.

Quoiqu'il en soit, j'ai pensé que vous deviez être mis au courant, parce que oui, de telles choses sont possibles à Brest. Ailleurs non, mais à Brest, oui. Moi je vous le dis, on a un gros gros gros problème à Brest. Il faut voir au-delà d'Yves-Marie Robin, au-delà des candidats actuels. Il ne suffira de changer ou de renouveler des élus, il faudra établir ce qui ne va pas en profondeur, et changer d'époque.

En attendant, si vous aussi vous avez envie d'écrire librement et de faire des facéties dans un blog, soyez prudents : on est à Brest, ça rigole pas ici.

04/02/2008

La poésie du Ouest-France

Gros passage à vide pour Trollibus ce week-end. J'étais en fait décontenancé par le manque d'énergie de l'opposition, qui atteint un tel seuil que l'on peut se demander s'il y a vraiment campagne. Tout indique en tout cas qu'il vaut mieux se concentrer pour la période de l'enquête publique, après les élections.

J'avais aussi décidé de ne plus commenter les articles du Ouest-France, qui met quasi quotidiennement en valeur les personnalités et concepts de la majorité sortante. Jusqu'à ce que je tombe sur celui-ci en date du 02/02, qui s'élève à la poésie :

Là où passent les rails, les façades prennent un coup de jeune, les arbres poussent, les pelouses verdissent.


Poésie ou humour grotesque ? On croirait lire une parodie par Trollibus visant à démystifier le tramway. En tout cas, cela prouve bien qu'il existe un imaginaire du tramway, qui devient quasiment source de vie, baguette magique, petit train enchanté.

Dans cet imaginaire-là, le tramway est léger aussi. Léger et silencieux. Il glisse sur le sol comme un aéroglisseur, ou le caresse comme une gentille chenille.

C'est toujours difficile d'évoquer des dangers techniques, sans pour autant plonger dans l'hystérie. Vous aurez peut-être le temps de lire ces deux articles sur le nouveau tramway du Mans, ville d'une taille comparable à Brest:

http://www.lemans.maville.com/Dans-le-tram...-----_actu.h...

http://www.lemans.maville.com/Le-conducteu...-----_actu.h...

Je n'ai pas voulu charger la barque en alignant une suite d'accidents graves dans d'autres villes. Vous trouverez les statistiques officielles pour la France ici, mais j'ai choisi les articles ci-dessus pour parler de l'inquiétude plus précisément. L'important est de bien saisir que le tramway est plus dangereux que le bus, pour la bonne raison qu' il est beaucoup plus lourd, donc cogne beaucoup plus fort, et met beaucoup plus de temps à s'arrêter.

Oui, si des enfants décident de traverser la rue sans regarder alors que le tramway est à dix mètres, il ne pourra pas les éviter. Et c'est là que le Ouest-France déclare : "la place Kleber est un havre de paix". On en reste cois.

Comme je l'ai déjà dit, le tramway est une anomalie dans le sens qu'il est un véritable train parcourant les rues de la ville. Or, si on veut une véritable rue piétonne, pour un centre ville attractif et véritablement désirable en tant qu'urbain, il faut donner la priorité aux marcheurs.

Beaucoup de gens désirent le tramway en tant que magie moderne. Moi je suis beaucoup plus archaïque et je souhaite pouvoir m'arrêter au milieu d'une rue piétonne pour dire bonjour à quelqu'un, sans me demander si un tramway est en train de foncer sur moi ou pas. C'est pourquoi je suis pour une rue de Siam entièrement piétonne, sans tramway, sans bus. Et même, sans vélos, sans rollers, car il faut pousser jusque là pour recréer le charme discret mais puissant de la marche en ville.

Et sans le ding-ding incessant du tramway qui passe, un centre piéton rasséréné où l'on puisse entendre les pas des passants.

Nous essayons d'avoir un tramway comme une grande ville et nous n'arrivons pas à avoir notre petite rue piétonne tranquille comme une petite ville. Et en plus, nous mettons 50 tonnes de danger métallique dans les rues, au moins une source d'inquiétude et de vigilance forcées pour les gens qui voudraient se promener sans stress.

Mais au fond, n'est pas cela qui cloche à Brest : Carène et Jeudis du port au lieu d'un front de mer tranquille, bétonnage des Capucins au lieu d'un jardin botanique tranquille, tramway mastodonte au lieu d'une rue de Siam simplement piétonne. N'y a-t-il pas à la base une passion du chamboulement permanent, et une angoisse face au repos et au plaisir de respirer tranquille ?

Pourquoi tant de bruit ? Pourquoi tant de chantiers ? Pourquoi faut-il que Brest soit absolument une "ville qui bouge" alors qu'on ne lui demande qu'un petit peu plus de paix et de civilité pour nos activités personnelles ?