06/03/2008

Greenwashing (2)

Comme évoqué hier, je regrette de n'avoir pas pu me ranger du côté des Verts sur le sujet du tramway, et je poursuis un effort d'explication pour être mieux compris d'eux.

Les Verts en 2001-2002 ont connu une période enthousiasmante. L'échec de Dominique Voynet en tant que ministre et l'incompatibilité entre écologie et PS étaient constatés, on s'orientait vers un renouveau, mêlant un retour aux sources de la démocratie citoyenne et une prise en compte des récents mouvements antimondialisation.

Et... ça a fait Pschitt. Quelques années après, on se retrouve avec Dominique Voynet, on signe pour une constitution libérale, et on offre à nouveau une caution écolo au PS.

Pour comprendre ce qui s'est passé, faisont un bref détour par les Verts allemands :

1) On sait aujourd'hui que les Grünen ont été subventionnés par l'industrie du charbon allemande, et que c'est en partie pour ça qu'ils se sont opposés aux centrales nucléaires dans leur pays. J'y reviendrai en parlant du rôle des élus par rapport à l'économie.

2) On sait que l'entrée tardive de Joschka Fischer et Daniel Cohn-Bendit chez les Grünen a constitué une sorte de Blitzkrieg devant laquelle les Grünen se sont trouvés complètement désarmés, tels des herbivores devant des prédateurs. Il en est résulté une caution écolo au retour des troupes allemandes dans les Balkans, ce qui est désastreux bien sûr.

En France ou en Allemagne, les Verts se divisent en une classe inférieure de militants associatifs particulièrement pacifiques et consciencieux, souvent pauvres, et une classe supérieure que je définis ainsi :

- anciens gauchistes passés aux intérêts américains

- à gauche pour les faits de société et à droite pour le portefeuille

- aguerris en tactique des organisations politiques

- accaparent les postes d'élus rémunérés

A Brest, on sait qui bosse vraiment, qui reste en contact avec les associations, qui est méritant. C'est toujours les mêmes d'ailleurs. C'est eux qui font vraiment tourner la boutique.

La classe supérieure, c'est les deux élus les plus connus. Marif Loussouarn n'est active que dans le féminisme élitiste, et Michel Briand ne fait pratiquement que de l'Internet, où il demande aux programmeurs de travailler gratuitement (logiciel libre) tout en gardant bien ses deux revenus pour lui-même. Quand ils touchent à l'écologie, c'est dans des circonstances que l'on a le droit de trouver étrange.

Marif Loussouarn ne révèle pas au public la composition des actionnaires de la Semtram, Michel Briand a soutenu l'association Avel Penn Ar Bed, qui fut longtemps considérée comme le paravent de Frédéric Cordelle, entrepreneur des éoliennes de Dinéault, très actif dans le business d'Europe de l'Est, et qui avait ses entrées à la CCI lui aussi.

Aujourd'hui, les Verts font face à un dilemme, l'association entre classe inférieure écologiste et classe supérieure gaucho-capitaliste ne peut plus durer. On ne peut pas militer à la fois pour des transports plus courts et pour la mondialisation. L'antifascisme de complaisance ne peut plus servir de ciment superficiel pour des ambitions qui n'ont plus rien à se dire.

Nous sommes aussi entrés dans une autre phase des produits écologistes. Aujourd'hui, la consommation responsable pour l'environnement est un marché, et non plus un choix de vie marginal.

Cela signifie qu'aujourd'hui, il y a des bureaux d'étude, et donc des technologies nouvelles qui apparaissent sans cesse. La question n'est donc plus de passer au solaire, mais "quel solaire?".

Cela signifie aussi qu'aujourd'hui, il y a des entrepreneurs sur le marché qui sont là pour le fric et non pour changer le monde, et qui sont prêts à vendre n'importe quoi avec un label "bio" dessus.

C'est pourquoi les élus doivent passer à un degré supérieur d'abstraction et de principes écologiques, par rapport à la diversité du marché. C'est-à-dire que, si on choisit par exemple l'éolien, il faut se tenir prêts à passer à autre chose si c'est environnementalement plus utile. C'est-à-dire que, pour tout achat public, il faut distinguer scrupuleusement entre l'intérêt général et l'intérêt des fournisseurs.

Souvent, l'intérêt de l'environnement consiste à faire moins. Souvent, l'intérêt des fournisseurs consiste à faire plus. Un chantier colossal qu'une ville ne pourra vraisemblablement pas payer, c'est particulièrement louche.

Attention, je n'accuse pas Marif Loussouarn et Michel Briand de corruption dans l'affaire du tramway. Je dis que tant qu'ils ne publieront pas la liste des actionnaires de la Semtram, c'est eux-même qui laisseront planer un doute.

Un chantier colossal, lié au bâtiment et au nucléaire, sans considération des limites budgétaires de la collectivité locale dont ils ont la charge, et en plus en violation d'un référendum citoyen, c'est vraiment trop peu vert.

Et prétexter qu'on a effectué une étude sur le gaz naturel, donc une énergie fossile, ce n'est sérieux ni techniquement ni politiquement. La vérité c'est que les études sur les énergies moins polluantes ont été empêchées pour favoriser le tramway, ce qui n'est pas en général considéré comme une procédure démocratique. Et qu'il n'y a pas eu de véritable étude pour attirer des fonds européens à vocation expérimentale, ce qui n'est sérieux ni du point de vue environnemental, ni budgétaire, ni du prestige de la ville.

Tout cela, c'est maintenant aux militants verts de base de le prendre en charge.

Tout d'abord, pour militer pour l'environnement il faut se garder une possibilité de critique du PS. On l'a bien vu récemment dans le cas des pollutions du port. Ensuite, il faut viser la solution de transports la moins polluante pour Brest, et dans les limites de ses finances donc du respect des autres budgets environnementaux (bâtiment, eau...). Si le tramway ne correspond pas à ces critères, il faut le rejeter.

Quand aux prix des tickets et à la gratuité, eh bien c'est à eux d'ouvrir les yeux sur la précarité autour d'eux, voire chez eux.

05/03/2008

Greenwashing (1)

Les Verts ont publié récemment un communiqué en faveur du tram. La version du Télégramme étant tronquée, vous pourrez en lire la version complète ici. Ce communiqué mérite une réponse mesurée, le présent article prendra donc la longueur nécessaire, même publié en deux parties.

L'ambiance de la campagne électorale entraînant de la mauvaise humeur et des accusations excessives, je voudrais tout d'abord profiter de l'occasion pour exprimer aux Verts en général tous mes regrets d'avoir du m'opposer à eux sur ce dossier. J'espère toujours compter un certain nombre d'amis parmi eux, et j'espère que, une fois retombée la tension, ils reconnaîtront que j'ai essayé de déployer dans ce blog un certain nombre d'arguments rationnels, que j'en avais le droit démocratiquement, et que même un certain nombre de ces arguments étaient écologiquement fondés.

Je voudrais aussi avertir le public de ne pas vilipender les Verts en général, que c'est un parti très individualisé, très décentralisé, et que l'on trouve parmi eux beaucoup de militants d'une grande valeur, dont beaucoup mériteraient d'être mieux connus et reconnus, sans lesquels la France serait encore plus en retard aujourd'hui sur nos voisins européens, sans lesquels nous serions encombrés ici à la pointe de Bretagne d'infrastructures vraiment polluantes. Les Verts sont encore indispensables à la vie politique, qu'on se le dise, et il suffirait d'un remaniement entre eux pour qu'ils retrouvent en quelques mois le chemin de la cohésion sociale et de l'esprit critique citoyen.

Le potentiel humain est là, il faut le reconnaître et non tout condamner d'un seul coup. On n'est pas dans une guerre des méchants ou des gentils, on n'est pas dans une guerre entre "tribus" irrationnelles. Je resterai toujours à la disposition des militants valeureux, et ils peuvent me contacter à tout moment. Je leur demande en retour de démontrer en quoi je me suis trompé sur un certain nombre de points, au lieu de recourir à des arguments de campagne sur la valeur de la personne.

Leur dernier communiqué étant signé des élus verts, j'ai donc considéré que la responsable en était Marif Loussouarn, puisque c'est elle l'élue chargée des transports.

Le coeur de leur communiqué me semble être la comparaison suivante :

Face au besoin de transporter 45.000 voyageurs / jour en ville, seul le tramway en a la capacité :
- un passage toutes les 5 minutes et seulement 20 rames !

Le fameux « Busway - BHNS », lui, nécessiterait :
- 80 bus, plus d’un millier de passages en centre ville, au rythme d’1 chaque mn, Bonjour le bruit et la pollution !!


Il faut d'abord se rendre compte à quel point le tram lui semble prioritaire sur tout autre critère de qualité, puisqu'elle en arrive à déclarer que, sur le tronçon de la rue de Siam, une desserte toutes les 5 minutes est préférable à une desserte toutes les 1 minutes. Et que transporter 45 000 voyageurs sur une seule ligne est préférable à une offre vers toutes les directions.

La raison qui est donnée d'un tel sacrifice est que le bus est plus polluant :

Rappelons aussi que, dès 2003, poussée par les élu-e-s vert-e-s, l’équipe municipale a demandé une étude d’impact sur le passage au gaz des 151 bus de notre flotte. Notre déception fut grande devant le manque d’efficacité du recours au gaz sur la diminution des Gaz à Effet de Serre.


Franchement, j'ai d'abord cru qu'il était honteux d'essayer de tromper le public entre le Gaz naturel (énergie fossile polluante) et le Biogaz (énergie issue de l'écosystème citadin et non polluante), en jouant sur le mot "gaz" présent dans les deux cas. Un peu comme les élus PS qui ont essayé de nous tromper entre Biogaz et Bioéthanol (carburant issu d'une production agricole dédiée) en jouant sur la présence de la syllabe "bio" dans les deux cas.

Puis je me suis ravisé car je ne pense pas que Marif Loussouarn partage ce genre de mentalité. Je suis donc bien obligé d'émettre l'hypothèse qu'elle n'a pas compris la différence entre Gaz naturel et Biogaz. Je suis en tout cas obligé de conclure qu'elle empêche en ce moment la réalisation d'une étude officielle sur les technologies non polluantes disponibles, ce qui est particulièrement grave pour une élue écologiste.

Mais il ne s'agit peut-être là que d'une erreur de bonne foi. Ce qui m'a révolté par contre, c'est sa déclaration dans le Télégramme du 03/03, page 13 :

Et je suis contre la gratuité mais pour que chacun contribue selon ses moyens !


Je pense que cela est révoltant de la part d'une élue qui vient d'augmenter les cartes de transport pour les plus pauvres, en pleine période d'inflation.

Je pense que cela est révoltant de la part d'une élue qui se fait un revenu appréciable en tant que vice-présidente, en plus de son salaire normal de fonctionnaire municipale.

Je pense que cela est révoltant de la part de quelqu'un qui a pris l'habitude de se faire photographier dans des bus ou arrêts de bus, et qui repart toujours dans sa bagnole une fois la séance finie.

Je pense que cela est révoltant de la part d'une élue qui quitte le navire au moment où elle fait une telle déclaration.

Est-ce que quelqu'un a déjà vu notre vice-présidente chargée des transports utiliser authentiquement les transports publics de la ville ? Est-ce qu'elle a jamais été obligée de compter ses petites pièces pour pouvoir acheter son coupon mensuel ? Tout cela est odieux. Odieux et irresponsable. Comment peut-on prétendre favoriser le retour des plus pauvres en ville en augmentant le prix des cartes et en favorisant une spéculation immobilière intense tout autour du tram ?

Je pense en particulier aux femmes les plus pauvres. Est-ce que l'association "Rien sans elles" dans laquelle milite Marif Loussouarn approuve une augmentation des tarifs pour les femmes seules et sans emploi avec enfants ? Est-ce qu'elle approuve une augmentation pour celles qui galèrent juste au-dessous du SMIC ? C'est quoi le niveau de revenu moyen au fait dans "Rien sans elles" ? C'est quoi l'exposition à la précarité par rapport aux Brestoises qui prennent le bus ?

Et qu'est-ce qu'on écrira comme résumé de sa carrière politique le mois prochain ?

Marif Loussouarn. Elue verte entre 2001 et 2008, vice-présidente chargée des transports à BMO. A empêché l'avènement de technologies non polluantes. A favorisé un grand chantier d'influence nucléaire au détriment de la démocratie locale. A augmenté les prix pour les plus pauvres. A forcé les mères avec landau à un nombre plus élevé de correspondances entre lignes.

Moi j'aurais préféré ne pas dire des choses comme ça. Oui d'accord, je suis très méchant, et patati et patata. Mais j'attends qu'on me démontre qu'est-ce qui est faux dans la définition ci-dessus.

ET n'oubliez pas, bientôt le deuxième volet de mon adresse aux Verts, ici-même dans ce blog.

PS : Ah, j'oubliais, Marif, quand tu dis "Oui au Tram, à Brest même !" dans ton article. "Brest-même" ça ne comprend pas la rive droite. Ca enlève un tiers de ta ligne de tram. Et "Brest-même" ça ne comprend pas non plus BMO, dont tu es censée être chargée, et pour laquelle tu es très bien payée.