12/10/2007
La pollution atmosphérique
L'un des arguments avancés en faveur du tramway brestois est la nécessité de lutter contre les pollutions de l'air dues au trafic automobile. Si vous avez l'occasion de marcher l'été dans des villes comme Annecy ou Grenoble, vous comprendrez tout de suite à quel point le problème est sérieux.
Mais en est-il de même pour Brest? Depuis mes années de lycée, on me dit que Brest est l'une des villes les moins polluées de France. Et pour cause: nous respirons directement l'air océanique! Cela semble même être un lieu commun.
Pour en avoir le coeur net, j'ai recherché les mesures scientifiques actuelles sur quelques sites officiels.
Tout d'abord, l'indice qui sert de mesure officielle de la qualité de l'air urbain est l'atmo. L'atmo mesure quatre éléments:
- le dioxyde d'azote
- le dioxyde de soufre
- les poussières plus fines que 10 micromètres
- l'ozone
Il faut donc bien noter que de nombreux éléments qui font l'objet d'une surveillance (plomb, benzène, monoxyde de carbone,...) ne sont pas pris en compte dans l'indice atmo.
L'Etat délègue la responsabilité technique des mesures à des associations locales, chargées d'entretenir le matériel et de relever les données. Pour ce qui nous concerne, l'association Air Breizh dispose à Brest de trois stations (Nattier, C. Desmoulins, J. Macé). Le bilan de l'année 2005 (celui de 2006 n'est pas en ligne) montre des résultats bons à plus de 90%, le reste très bon ou moyen. Au moment de la canicule de 2003, il y a une alerte d'un seul jour sur un seul des capteurs, mais cela ne semble pas signifiant.
La qualité de l'air à Brest semble donc satisfaisante. C'est ce que confirme quasiment chaque jour la carte du site spécialisé de l'ADEME. Il est fort dommage d'ailleurs que la page concernée du site de la mairie de Brest ne le confirme pas, se contentant de généralités sur la méthode des mesures, et ne donnant pas aux citoyens les mesures elles-mêmes qui les intéressent. Cela gagnerait pourtant à être connu dans le contexte du débat sur le tram.
Lorsque sur une route à quatre voies vous réservez deux voies au transport en commun (une dans chaque sens), vous comprimez donc logiquement la circulation des voitures sur les deux voies restantes. Les voitures circulent donc plus longuement, polluent plus et consomment plus. Il s'agit en fait d'un pari sur l'avenir, et selon les villes ayant fourni leurs résultats, on observe au bout de plusieurs années des cas différents:
a) La densité de circulation des voitures reste la même. Vous avez créé un embouteillage.
b) La densité de circulation des voitures diminue sur ces voies mais reste la même dans l'agglomération, car elle se répartit ailleurs dans le périurbain. Vous avez diminué la pollution dans le centre-ville mais encouragé la consommation des longues distances en voiture.
c) Les voyageurs abandonnent leur voiture et prennent le transport en commun de la voie réservée. C'est un succès.
Bien sûr ces résultats sont à distinguer d'autres phénomènes locaux (délocalisations, implantations...), dépendent aussi de la nécessité qu'ont les usagers d'utiliser leur voiture (travail ou domicile loin de l'arrêt, travail nécessitant le véhicule...), et restent à interpréter selon l'intention politique de départ de la municipalité concernée.
Dans le cas de Brest, les tronçons en site propre de l'axe Nord-Sud étant en service depuis quelques années déjà, il serait intéressant d'y placer de nouveaux capteurs de pollution, afin d'y rechercher une éventuelle augmentation par rapport au reste de la ville, vu les ralentissements visibles à l'oeil nu. Cela à ma connaissance n'est pas fait. Concernant une éventuelle diminution des passages de voitures, les capteurs au sol existent et les statistiques doivent donc se trouver quelque part. Mais à ma connaissance elles ne sont pas mises à disposition de la population. Je ne puis donc pas porter un jugement sur ce début de ligne, le premier bilan écologique qui serait utile dans le cadre du débat sur le futur tramway n'étant pas disponible.
POUR CONCLURE: Sur l'argument de la qualité de l'air et sur cet argument seulement, entamer un tel chantier me semble pour le moment incongru. En l'absence de documents probants, une possibilité existe même qu'il cause une pollution supplémentaire, ce qui serait particulièrement désastreux dans le cas d'une ville non polluée. Tout cela n'obère en rien la justification du chantier selon d'autres arguments. Enfin, il convient de rappeler que, si nous respirons peu de pollutions dues à la circulation automobile, celle-ci est quand-même produite et se déplace ailleurs. La ville de Brest en ceci doit aussi prendre ses responsabilités quant à la qualité de l'atmosphère planétaire, dont elle n'est nullement séparée.

16:15 Publié dans Les pollutions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ikea, Froutven, Capucins, Référendum, Tramway, Pollution, Brest






