26/09/2007
Ruptures de charge par temps gris
J'ai causé avec plusieurs experts des transports publics sur des forums Internet, et tous - évangélistes comme pourfendeurs du tramway - reconnaissent comme inconvénient majeur de ce système les "ruptures de charge".
Ce qu'ils entendent par ce terme, ce n'est pas un quelconque accident grave ou défaut de fabrication, c'est simplement le fait que la nouvelle ligne de tram reçoit la priorité sur les lignes de bus, et que les passagers du bus sont forcés de descendre pour prendre le tram dès qu'ils rencontrent sa ligne.
En somme, le bus dessert le tram.
Eh oui, je ne l'avais même pas imaginé avant, ne disposant sur les sites officiels brestois d'aucune indication de ce problème, mais le tram brestois ne tolèrera aucune ligne de bus à ses côtés. Donc, non seulement la ligne 1 va disparaître, ce qui est évident, mais les autres lignes vont être bloquées là où elles rencontreront la ligne de tram. Pour la ligne Est-Ouest ce sont donc probablement les passagers des lignes 2, 3, 4 et 11 qui devront s'arrêter dès qu'ils voudront aller au centre-ville.
Certains passagers qui utilisent une ligne sur toute sa longueur devront changer deux fois pour effectuer le parcours qu'il font aujourd'hui directement : une première fois pour monter dans le tram, une deuxième fois pour descendre du tram et remonter dans le bus.
Je suis assez surpris et n'ai pas encore de réaction vraiment rationnelle à ce sujet, mais les questions qui me viennent naturellement à l'esprit sont les suivantes :
1) N'est-il pas particulièrement grossier de demander à certains passagers de se lever et de changer de véhicule, pour le confort de passagers d'une autre ligne? Est-ce à ce prix-là que le tramway doit devenir un moyen de transport "plus confortable" que le bus"?
2) Si les promoteurs du projet citent la rapidité du tram comme facteur de promotion du transport collectif, que penser alors de l'attractivité du transport collectif pour les passagers des lignes bloquées?
Après réflexion, j'en viens même à douter du mode de calcul du nombre de passagers dans les prévisions des documents officiels. Si on peut anticiper comme pour les autres villes une augmentation de la fréquentation grâce au tramway, n'y aurait-il pas là-dedans une partie des passagers que l'on empêchera de gagner le centre-ville et d'en sortir directement par "leur" ligne?
Le choix du trajet Est-Ouest ne s'explique-t-il pas en partie par sa capacité à gêner un maximum de lignes de bus?
Le volume supérieur tant vanté du tram ne servira-t-il pas à recevoir les gens que l'on obligera à se concentrer là?
Je pense aussi aux opérations de revalorisation assez onéreuses qui auront lieu le long de la ligne Est-Ouest. Est-il acceptable d'utiliser pour cela un impôt perçu sur les quartiers dont la desserte sera détériorée, ou le budget général de la Communauté urbaine entière?
Songez que les usagers de certaines communes périphériques n'auront plus aucun accès direct au centre-ville, et quand la ligne Nord-Sud sera construite le blocage sera total. Mais quel est l'avenir politique d'une Communauté urbaine dans ces conditions? Imaginez les jeunes gens de Plouzane obligés de patienter devant Thales, alors qu'il pourraient être déjà devant le cinéma Place de la Liberté... Comment justifier un budget commun dans ces conditions? La majorité des Brestois au Conseil communautaire doit-elle servir à léser les habitants périphériques de telle manière?
J'ai beau chercher, je ne trouve sur les sites officiels au sujet de l'avenir du réseau de bus que la mention d'une "redistribution" pour "mieux desservir" les quartiers. Je pense que les habitants des différentes zones ont le droit de consulter une carte des prochaines correspondances obligatoires, et je sais que cette carte existe. Problème : pourquoi n'est-elle pas mise en ligne à côté des cartes du tram?

22:35 Publié dans Les correspondances | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ikea, Froutven, Capucins, Référendum, Tramway, Bus, Brest






