10/11/2007
Le tramway identitaire
Il y a plusieurs façons d'envisager le tramway, du plus technique au plus émotionnel.
Du point de vue technique, on peut considérer des paramètres comme la vitesse, les vibrations, l'énergie, etc., mais sans oublier qu'il existe une histoire des techniques, c'est-à-dire une évolution des techniques, que le tramway moderne a déjà 30 ans, et que les solutions alternatives sont de plus en plus intéressantes. En 2007, le seul avantage qui reste au tramway reste le volume. J'attends que l'on m'indique une autre qualité qui n'est pas - en 2007 - réalisée par une solution beaucoup moins chère.
Le grand avantage qui reste au tramway par rapport au bus amélioré reste donc le nombre de passagers transportés. Dans une gradation que nous devons envisager sans fixette, le tramway est un choix qui se situe entre le bus en site propre et le métro. Cette gradation est aussi valable en ce qui concerne l'embarras des chantiers, et le coût pour l'agglomération.
Si l'on se place du point de vue émotionnel par contre, on peut observer une sorte de délire assez poussé. Le tramway serait une sorte de gentille chenille de dessin animé, qui sortirait de la forêt chargée de bulles de rosée, souriant aux petits enfants en disant "Montez dans mes wagons pour un tour du pays enchanté". Il serait entouré d'une nuée de petits elfes virevoltants qui vont de leur baguette magique recolorer le gentil village sur leur passage.
Vous remarquerez que dans cet imaginaire, le tramway n'a pas de poids. Il glisse sur le sol, il le frôle. Ce n'est pas un train en plein milieu de la rue. Le tramway est doux aussi, c'est sympa les transports doux. Si vous vous arrêtez avec votre vélo doux devant le tramway doux, il s'arrêtera, vous fera un bisou et vous donnera un joli cadeau.
Ce sont surtout les designers qui aiment le tramway de cette façon. Ils en atteignent presque l'orgasme. Le tramway est un luxe indispensable, dont les couleurs siéront très bien à votre ipod. Le fait que les designers obtiennent des contrats mirobolants grâce au tram n'a rien à voir avec leur enthousiasme dithyrambique, bien sûr. Plus généralement, la nuée d'elfes qui recolore le village est en fait une clientèle bobo, et leur baguette magique a pour effet secondaire d'augmenter les prix partout où ils passent.
Voilà, on a fait le tour, me direz-vous : technique contre esthétique, objectif contre subjectif, classe sociale contre intérêt général.
Et bien non, car il existe un troisième degré d'interprétation. Si l'on observe comment le tramway moderne a été traité spécifiquement en France, c'est-à-dire qu'est-ce qu'il y a eu en plus des chantiers d'Amérique du Nord et d'ailleurs en Europe, on s'aperçoit que le tramway a souvent été mis en valeur par des municipalités de gauche, dans un contexte de campagne électorale proche.
Le tramway aurait ainsi servi de marqueur identitaire, à recréer artificiellement une division gauche/droite que les faits ne confirmaient plus, à rassembler les troupes et désigner les ennemis, à créer un "eux" et un "nous". Les "eux", c'est plutôt les vieux, et les élus de droite. Les "nous", c'est tout le monde qui pourrait douter du positionnement politique de l'équipe municipale, et pourrait être tenté de s'égayer à gauche ou au centre.
Le tramway serait ainsi choisi plus pour créer des anti-tramway, et leur faire perdre les élections, que pour améliorer les transports publics de l'agglomération.
Si l'on regarde la situation brestoise, les ressemblances sans le tramway apparaissent en effet troublantes :
- Le maire actuel est partisan du directeur du FMI, lui-même promu par l'actuel Président de la République, dont se réclament les élus d'opposition... Ouf! Heureusement qu'il y a le tramway pour les différencier...
- Le maire choisit un chantier qui amènera une spéculation immobilière intense, et le principal candidat d'opposition est agent immobilier... Heureusement qu'il y a le tramway...
- Création d'un transport de première classe (les lignes de bus étant bloquées)... Heureusement qu'il y a le tramway...
- Augmentation du prix des tickets et des cartes pour les plus démunis... Heureusement qu'il y a le tramway...
- Introduction d'une vidéosurveillance apparemment privatisée... Heureusement qu'il y a le tramway...
- Système d'économie mixte où l'on ne sait pas comment seront répartis les gains et les pertes... Heureusement qu'il y a le tramway...
- Création d'une bretelle étrange pour desservir des magasins privés... Heureusement qu'il y a le tramway...
Et ainsi de suite. Mais nous, pauvres brestois de base, ce qui nous intéresse c'est d'avoir le meilleur transport possible pour les trente ans à venir, d'acheter la solution qui montre le meilleur rapport qualité/prix, la meilleure adaptabilité aux progrès à venir, de trouver ce qui correspond exactement à nos besoins, pas aux besoins d'autres villes beaucoup plus grandes, et grandissant encore.
Ce n'est pas du tout notre intérêt de participer à la bataille entre ce qui veulent un strapontin à la mairie, ceux qui veulent un deuxième, troisième ou quatrième revenu. Nous devons refuser ce piège de la juxtaposition du chantier tramway et des élections. Le calendrier choisi est un piège, conçu pour transformer les élections en référendum sur le tram, et éviter ainsi un vrai débat citoyen sur le tram.
C'est pourquoi nous devons exiger de tous les partis un engagement pour un référendum après les élections, quand toutes les simagrées, les conflits de personnes, et les confusions avec d'autres sujets seront finis. Et nous pourrons enfin arriver à la seule question sérieuse qui se pose du point de vue technique, compte-tenu de l'excellence et du moindre coût des solutions alternatives en 2007 : avons-nous vraiment besoin du volume d'un tramway?
12:10 Publié dans Le psychodrame | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Municipales, Politique, Référendum, Tramway, Démocratie, Brest







