27/02/2008

Un budget de superhéros

J'avance à petits pas dans mon estimation des capacités budgétaires de la ville. L'argent et moi ça fait deux. Et puis surtout, la profusion de dépenses et de chantiers provoque chez moi une incrédulité instinctive, qui m'empêche de bien raisonner. Tout cela ne semble correspondre en rien aux limites budgétaires des autres villes.

Ou alors, François Cuillandre vient en fait d'une autre galaxie.

C'est pourquoi je ne produis l'analyse suivante qu'en toute modestie, en attendant de pouvoir faire mieux. Si vous trouvez une faille, allez-y ne vous gênez pas pour critiquer, au contraire je reconnais mon incompétence et vous demande de critiquer.

Commençons par la base, et rappelons-le une fois de plus : le coût total de 298 000 000€ indiqué sur le site de la Semtram est calculé sans l'inflation depuis juillet 2006. Pour arriver à une estimation réaliste de ce que l'économie brestoise va réellement payer, il faut en fait ajouter :

- l'inflation depuis juillet 2006 et encore à venir

- les débordements de budget constatés partout ailleurs

- les ralentissements de chantier spécifiques au sous-sol brestois

Rien qu'avec cela, nous sommes plusieurs à arriver à une estimation d'environ 400 000 000 €. Je suis persuadé que ce sera un peu plus, mais pour la présente démonstration, on va rester sur ce compte rond. On est pratiquement au double de la somme annoncée en 2004, c'est déjà pas mal.

Précisons quand-même, pour éviter toute confusion et toute hystérie, que ce budget n'est pas prévu pour être prélevé sur les ménages, mais sur le Versement transport, c'est-à-dire une taxe peu connue du grand public, versée par les établissements publics et privés de plus de 9 salariés. Une partie de la somme viendra directement de ce Versement transport, une autre partie sera financée par un emprunt remboursé par les Versements transports ultérieurs.

En prévision du tramway, le Versement transport de la Communauté urbaine a déjà augmenté de 1,05% à 1,65% en 2006. Lorsqu'il était à 1,05% en 2005, il rapportait à la collectivité 18 163 000€ nets par an. Dans le but d'une démonstration claire, on va dire qu'il restera maintenant à 1,65%, et, toujours dans le but d'une démonstration claire, qu'il rapportera un compte rond de 30 000 000€ par an.

D'un côté on a la dépense, 400 000 000€ en tout, et de l'autre côté on a la recette, 30 000 000€ par an. Ce qui nous fait donc environ 13 ans pour payer.

C'est là que ça se complique.

En effet, avec le Versement transport, il faudra quand-même continuer à payer les bus, pour les lignes restantes. Si je prends comme base du coût des bus les 1,05% d'avant l'augmentation pour le tram, si pour arrondir je dis que ça fait les deux tiers des 1,65% actuels, cela donne environ 20 000 000€ pour les bus, et 10 000 000 pour financer le tram. Ce qui nous fait 40 ans pour payer les 400 000 000€.

On pourrait donc se dire que la somme payée immédiatement sera réduite, et que presque tout sera reporté sur l'emprunt, payé par les Versements transports ultérieurs. Mais ce n'est pas possible. Même cela, François Cuillandre ne le permet pas. Il a en effet annoncé sur son site de campagne :

Il nous faut engager la réflexion et la concertation sur une seconde ligne de tram, qui complètera logiquement la première et sur une liaison tram - train à terme.

Ce n'est donc pas 400 000 000€ qui seront à payer, mais 400 000 000 plus de nouveau 400 000 000, dont le paiement devra commencer dès la fin du premier chantier. Je pense même que la deuxième ligne sera beaucoup plus chère, en raison des aménagements du tram-train, mais restons-en pour la démonstration à un prix égal. Ce qui nous fait 80 ans pour payer. Avec le remboursement de l'emprunt du premier chantier et le début du paiement du deuxième chantier en même temps.

Ah, j'oubliais, pendant ce temps là il y aura aussi les frais de fonctionnement de la première ligne qui arriveront (maintenance, énergie...), avec leur inflation bien sûr.

Peu crédible, non? A partir de là, plusieurs solutions :

- Une arrivée imprévue de subventions. C'est tellement aléatoire que je ne compte pas dessus.

- Une augmentation des impôts locaux pour les habitants. Difficile dans une ville déjà bien taxée.

- Une augmentation de la taxe professionnelle. Difficile vu les risques de délocalisation.

- Une augmentation des tickets et cartes de transport. Cruel vu l'inflation qui touche déjà les ménages.

- Un sacrifice d'autres budgets importants, par exemple sportifs ou sociaux

- Une réduction drastique des lignes de bus restantes, contrairement à ce qui est promis

Mais il y a pire.

Toutes ces prévisions sont basées sur des recettes constantes. Qu'est-ce qui prouve que Brest sera aussi riche dans la décennie à venir ? On est même certains que nos grandes entreprises qui paient le versement transport vont subir des pertes d'activité.

Pour les PME, je me suis renseigné sur la différence avec la zone d'entreprises de Plabennec, que j'ai choisie parce qu'elle est proche de Kergaradec, de l'aéroport et de l'autoroute : à Plabennec, 0%. Comparé aux 1,65% de BMO, avec en plus les autres taxes sur les entreprises moins chères, cela se passe de commentaires.

Reste alors l'espoir d'un rapatriement massif des particuliers ne pouvant plus payer leur carburant dans le périurbain. Mais d'une part j'ai déjà expliqué que cela sera plus faible que prévu, et cela n'empêchera pas mais confirmera une tendance à l'entrée des ménages non imposables, et au départ des imposables.

D'autant plus que le Versement transport des entreprises ne disparaitra pas dans une autre galaxie (lui), mais se répercutera sur les salaires et les prix.

Voilà où j'en suis de mes réflexions pour le moment, à mon humble niveau : une augmentation importante de la dépense, une baisse importante de la recette. Et de toute façon, une aventure financière qui justifiera à terme la mise sous tutelle par le préfet de la municipalité Cuillandre.

Mais c'est pas possible, j'ai du me tromper quelque part, puisque François Cuillandre est prof de droit fiscal à l'UBO. L'UBO n'est quand-même pas un lieu où le moindre frapadingue peut faire carrière, pourvu qu'il soit encarté au PS. Ca se saurait quand-même !

Si vous trouvez où j'ai fais une erreur, n'hésitez pas à me contacter. Moi, je cale. Trop fort pour moi.

14/10/2007

Vers une ville moyenne?

Bon, cet article, il fallait bien le faire, mais je suis un peu gêné de poser la question, tant elle est évidente et simple. Cette question, tout le monde se la pose : Brest peut-elle se payer le tram?

J'ai examiné le projet de budget pour le tramway : au risque de vous surprendre il me semble correct. Certes la dépense peut paraître énorme, mais il ne faut surtout pas confondre le budget d'une ville avec celui d'une personne. Les calculs montrent que cette dette se résorbera à un rythme tout-à-fait normal pour une collectivité locale (quelques années). Je dois donc confirmer que les plans de financement pour deux lignes (Est-Ouest et Nord-Sud) m'apparaissent réalistes, bien étalés dans le temps, et relèvent d'une bonne gestion.

Le seul hic, c'est que ces calculs supposent une prospérité constante de la ville de Brest, une activité économique toujours la même sur quasiment vingt ans. Or, nous le voyons pratiquement chaque semaine, l'agglomération perd des activités (Jabil, hôpital, archives de la Marine...). Raisonnablement, on peut tenir pour certain que ce mouvement va continuer. Bien entendu, chaque perte entraîne aussi des pertes dans la sous-traitance, les services aux personnes, etc., et bien entendu le déparrt de personnes qui vont chercher du travail ailleurs.

Je crois qu'on peut commencer à parler d'un certain déclin économique, et il vaut mieux peut-être le reconnaître que d'éviter de prononcer les mots.

Voilà, j'aurais pu comme certains commentateurs analyser longuement les types de recettes pour le tramway, les diverses dépenses et leur influence sur l'économie, les postes budgétaires un par un, etc., mais je pense qu'il faut à un moment donné cesser de tergiverser et trancher le noeud gordien : si la ville de Brest perd des activités, d'une manière ou d'une autre elle pourra moins payer.

A cela s'ajoute la préoccupation d'une série d'autres grands chantiers qui semblent impressionnante par son nombre et sa nature. Chaque mois l'annonce de nouveaux travaux envisagés ou terminés me surprend. Je ne savais même pas qu'il y avait besoin d'une salle de théâtre à Lambézellec. Aujourd'hui j'apprends un surprenant projet d'aspirateur géant (!) qui utiliserait de nouveaux tunnels sous le centre-ville... Mais où sont les limites du budget de la ville? On se croirait dans une ville en expansion, avec des certitudes de croissance pour l'avenir.

La question devient donc : ne serait-il pas plus prudent de commencer à réduire la voilure pour affronter le gros temps? Préférons-nous vivre dans une "métropole régionale" surendettée, ou dans l'une des plus agréables et prospères villes moyennes françaises? Quels budgets doivent-ils être sauvegardés de façon prioritaire, et lesquels justifieraient un sacrifice du projet de tramway? Inversement, l'impératif de payer le tram pourra-t-il dans l'avenir nous obliger à réduire des budgets que nous considérons aujourd'hui comme prioritaires (santé publique, écoles primaires, crèches, maintenance ou mise à jour d'équipements tels que l'éclairage des rues, construction de logements sociaux, etc.) ?

Et pour de simples particuliers comme moi, allez, osons en parler : est-il prudent de rester à Brest? Dit d'une autre manière, soyons un peu familiers mais c'est de cette façon que beaucoup de gens m'en parlent : est-ce que ça ne commence pas un peu à sentir le roussi, et n'est-il pas préférable de s'éclipser discrètement, de se carapater en catimini, de filer à l'anglaise, de se faire la malle, enfin bref de foutre le camp vite fait, afin d'éviter de gros ennuis?

Plus objectivement, ne serait-il pas temps de discuter du plan de financement en envisageant, non plus une stabilité économique, mais différent modèles de pertes de ressources pour la communauté urbaine? Par exemple, on me dit qu'Alcatel a commandé un devis pour des travaux de rapetissement de sa cantine. Ce genre de détail ne devrait-il pas nous pousser à réfléchir?

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