23/04/2009

De l'attractivité du tramway à Pontanezen

Difficile d'écrire pour exprimer des évidences. Je commence à être un peu las.

Hier, j'écrivais sur une altercation à Prat-Ledan. J'ai reçu des messages de soutien, et on m'a aussi informé que les incivilités sont nombreuses à Brest, mais que la presse a reçu consigne de ne pas en parler, soi-disant pour ne pas encourager les délinquants d'un quartier à l'autre. Même des braquages seraient censurés.

Alors cette fois-ci, le tabassage d'un chauffeur de bus à Pontanezen, on ne peut pas le cacher, puisque les syndicats en on parlé, et que la ligne n'est plus desservie. Quand c'est pas un précaire isolé à l'arrêt de bus, ou une mamie impuissante dans le bus, quand c'est un vrai chauffeur sérieux soutenu par le syndicat, là ça va on peut en parler.

A lire l'article du Ouest-France, on peut aussi s'interroger sur l'avenir d'une civilisation qui emploie des "médiatrices" pour composer entre le crime et le droit. Je regardais récemment un documentaire sur l'installation de la mafia aux Etats-Unis. En fait la justice américaine était trop droite, avait trop de principes, exigeait trop de preuves, et l'implantation a été fulgurante. La mafia s'est enfoncée comme dans du beurre. Rappelons quand-même qu'Al Capone n'est tombé que pour fraude fiscale.

En attendant, il faut que le chauffeur et les passagers ils baissent les yeux quand les "jeunes" entrent dans le bus. Parce que sinon les gens ils sont fachos, et ils "provoquent" les "jeunes". Mais le tramway arrangera tout ça, parce que tout le monde sera sympa et "fun" et "moderne" dans le tramway. Et même, quand il passera le long de Pontanezen, les usagers, les chauffeurs et les "jeunes" auront envie de sourire et de faire de la poésie, et ils ouvriront leur coeur au monde entier.

Alors, résumons-nous. Supposons que j'habite à Lesneven, et je travaille au centre-ville. Donc j'arrive en voiture à Kergaradec, et il ne me reste plus que quelques minutes pour arriver à mon travail. Donc là, logiquement, je me dis : "Tiens, plutôt que d'arriver tout de suite, je vais plutôt garer ma voiture dans le parking-relais, et attendre le tram". C'est pas grave hein, arriver plus tard, ne plus pouvoir transporter mes courses, dire aux enfants qu'on ne peut pas venir les chercher tout de suite, louper le cours de sport... le tramway est tellement "fun" que ça ne me dérange pas.

Bon, mais ça c'était le côté pratique seulement. Ca suffit pas du tout. Il faut aussi ajouter que le matin, je vais garer ma voiture, descendre de ma voiture, attendre le tram, parce que le tramway c'est tellement fun que je veux absolument voir le chauffeur se faire tabasser devant Pontanezen. Et je veux aussi baisser les yeux, parce que ça me met de bonne humeur le matin. Baisser les yeux devant les "jeunes" moi j'aime bien. Je trouve que c'est un symbole d'intégration, et de progrès.

Et comme si ça ne suffisait pas, pour mon retour le soir, qu'est-ce que je fais? Ben au lieu d'avoir ma voiture à disposition tout de suite, je préfère risquer la fermeture de la ligne pour revenir au parking-relais de Kergaradec. Parce qu'en pleine période d'insécurité, moi ça me plaît de passer à pieds... devant Pontanezen.

Ben voilà. Ben évidemment.

C'est pourquoi le tramway, il va inciter plein de gens à quitter leur voiture, pour se convertir aux transport en commun.

PS: Remarquez que dans mon exemple, j'ai été sympa. J'ai supposé que je travaille au centre-ville, et non dans un endroit non desservi par le tram, m'obligeant à attendre le bus en plus.





22/04/2009

Downtown

Il y a quelques temps, je publiais un article sur un Sud-américain féroce qui faisait régner l'inquiétude dans le quartier de Prat-Ledan, s'attaquant plus particulièrement aux filles dans les arrêts de bus, et aux serveuses dans les commerces.

Après cet article, je l'avais rencontré à la boulangerie. Ivre mort. En train de faire fuir les clients. D'insulter la boulangère. Et je l'avais viré, en l'attrapant par le paletot, et hop dégage mon gars.

J'avais failli en faire un article, du genre "Ma première bagarre urbaine", et en suivant par "comment voulez-vous que les gens soient attirés par la ville-centre au lieu du périurbain, s'ils doivent s'engager physiquement ainsi". Ou "La ville centre est-elle devenu un lieu uniquement pour les hommes, de préférence en bonne santé et avec un bon niveau en arts martiaux". Ou "Pourquoi escompter une attractivité du tramway, si l'espace public en général n'est pas attractif".

Pourtant je m'étais abstenu d'en parler, de cette altercation. Je savais qu'en France on n'a pas de réactions saines au sujet de la sécurité. Je savais qu'on allait dire "Trollibus est en pleine dérive sécuritaire". Je savais qu'il n'était pas question que les bons esprits, les gens qui raisonnent bien, soient solidaires des serveuses isolées dans les commerces.

Hier, rebelote. Car l'énergumène est revenu dans le quartier. Je suis passé à la boulangerie. Il harcelait la serveuse depuis une heure. Je l'ai à nouveau viré, en l'attrapant par les épaules.

Mais c'était plus difficile, cette fois. Il était plus vigoureux, meilleurs réflexes, meilleur équilibre, meilleure résistance. Il a vraisemblablement bénéficié d'une cure de désintoxication d'une qualité remarquable. Comme un athlète qu'on remet sur pied avant de le libérer dans l'arène.

Et puis il est revenu à la charge avec une grande agressivité. Il a proféré beaucoup d'insultes et de menaces. Il a regardé la fille avec des yeux féroces, d'une grande éloquence, si vous voyez ce que je veux dire. Une cliente qui passait a dit à la serveuse : "Ne vous inquiétez pas, il est seulement un peu saoul... et puis il y a toujours quelqu'un qui passe", et puis elle s'est carapatée vite fait, en marchant très très vite. Un monsieur par contre a accepté de rester avec nous.

Comme il n'arrêtait pas, et vu les risques judiciaires énormes si on l'affrontait directement, on a fermé la porte, et on a appelé les flics. Il est resté à vociférer dehors, faisant fuir les passants. Et les flics ne venaient pas, ne venaient pas, ne venaient pas... Et on a rappelé les flics. Et ils ne venaient pas, ne venaient, ne venaient pas...

La petite étaient en pleurs. L'énergumène continuait à la menacer. Ca a duré 15 bonnes minutes. Finalement il est monté dans un bus qui s'arrêtait devant. On a pu rouvrir le commerce. Et les flics sont arrivés, environ 5 minutes après.

Voilà toute l'affaire. En commentaires de mon dernier article sur le sujet, on m'avait reproché de faire le lien entre insécurité de l'espace public et attractivité du transport public. Eh ben c'est à mon tour de faire des reproches. Si vous ne voyez pas le lien, soit vous n'êtes pas très éveillé, soit vous êtes faux-jeton.

Et moi, j'ai défendu la serveuse qui était en larmes. Je ne l'ai pas accusée d'être "front national", d'être "facho" ou d'avoir un "sentiment d'insécurité".




20/08/2008

Malaise à Prat-Ledan

C'est avec un grand soupir que je commence cette note sur un fait qui empoisonne la vie des commerçants et des usagers du transport en commun du quartier de Prat-Ledan. Un grand soupir parce que, pour parler des nuisances en privé parmi les personnes concernées, il n'y a aucun problème, mais dès qu'on veut s'exprimer en public comme je le fais sur ce blog, on sent immédiatement les vents contraires d'une société française qui ne souhaite pas aborder ces problèmes. On se demande même si on n'encoure pas de risques juridiques en évoquant une évidence reconnue par tous les riverains.

Commençons par exposer l'ambiance générale. Dans ce quartier comme dans beaucoup de quartiers brestois, il y a des karguidouls. Le karguidoul est la variété brestoise de l'ivrogne pauvre. Il s'agit en général d'un homme, de plus de 40 ans, issu de la classe ouvrière du secteur privé, et qui n'a pas eu de chance dans la vie. Le karguidoul passe la majeure partie de ses journées dans les bistrots, et il manifeste souvent des signes d'ébriété divers et variés, qui donnent un peu le ton au quartier. Mais en général le karguidoul n'a pas mauvais fond, il n'est pas méchant, et ne pose pas de problèmes de sécurité.

Le pire que j'ai pu voir de la part d'un karguidoul classique, c'est de pisser sur un mur devant tout le monde. Vous me direz que cela est déjà assez dégradant, que cela vous pousse à ne pas y amener des enfants, ou pousse les acheteurs potentiels à ne pas s'établir dans cette partie de la ligne de tramway, pourtant supposée créer un nouveau Brest très attractif sur son passage. Mais jusqu'à présent on n'y était pas directement agressé.

Depuis peu, sévit dans le quartier de Prat Ledan un nouvel individu, qui lui visiblement dérange. Ivre dès le matin, il déambule, embête les commerçants, et provoque directement les gens qui attendent à l'arrêt de bus. Son niveau d'agressivité est nettement inquiétant. Cette agressivité est compensée par la faiblesse physique due à son alcoolisme, mais bon, même en étant faible on peut être dangereux, car il semble à tout moment prêt à sortir un couteau de sa poche, ou tout autre acte dangereux. Et comme tout individu habitué à ce genre d'incivilités, il montre une certaine expertise dans l'art d'aller un peu trop loin pour inquiéter les personnes qu'il vise.

Il inquiète la clientèle des commerces, qui commence à préférer faire ses courses ailleurs. Cela pose un net problème économique. Aux arrêts de bus, il s'attaque particulièrement aux femmes, allant jusqu'à les toucher après les avoir bien insultées, dans une escalade émotionnelle dont il a le secret. Beaucoup de jeunes filles du lycée d'à côté font maintenant un détour pour attendre à un autre arrêt.

La police semble blasée. Alertée régulièrement, elle est à chaque fois obligée de le libérer rapidement, et il recommence immédiatement à sévir dans le quartier.

Si j'évoque cela, c'est d'abord que je suis solidaire des habitants de ce quartier, mes concitoyens brestois, et des habitants des autres quartiers qui subissent des choses similaires. Ce n'est pas moi qui vais parler de "sentiment d'insécurité", de "dérive lepéniste", comme une certaine gauche caviar le ferait. Non, même les karguidouls classiques en ont marre, c'est vous dire si les habitants attendent les sociologues politiquement corrects de pied ferme.

C'est ensuite que je souhaite un urbanisme de qualité pour ma ville, et un véritable développement des transports en commun. Or, pour attirer les gens vers les espaces publics, la base de la base c'est d'offrir la garantie que les usagers ne seront pas inquiétés, et que dans le cas exceptionnel où ils seraient inquiétés alors ils seraient univoquement soutenus par les autorités politiques.

Mais la situation à Brest c'est tout le contraire. La probabilité de subir des incivilités augmente d'année en année. Brest se dégrade, et le tramway n'apportera aucun effet miraculeux. Il y a les personnes vulnérables qui souhaitent se protéger, mais même si par exemple vous êtes un homme vigoureux, vous souhaiterez aussi vous éloigner des arrêts de bus, afin de ne pas vous retrouver dans la situation de devoir venir en aide physiquement à une jeune fille inquiétée, parce que la jurisprudence française est telle que rien ne garantit que ce n'est pas vous qui vous retrouverez en prison.

Dans ces conditions, pas étonnant que la fréquentation diminue régulièrement. Arrêtons de ne comparer les modes de transports que sous l'angle technique, environnemental, esthétique. La vérité vécue c'est que si vous vous déplacez en voiture, vous avez la certitude de ne pas être inquiété. Dans ces conditions, il n'y a plus dans les transports en commun que les gens qui ne peuvent strictement pas faire autrement. Dans ces conditions, un maintien de la flotte de bus actuelle avec une lutte efficace contre les incivilités serait de loin plus valorisant pour la ville qu'un tramway.

Vous pourrez m'offrir le palais le plus luxueux du monde, si j'y suis agressé ce palais ne vaudra plus un clou.

La seule solution qui reste avec de tels individus c'est le rapport de force. Il faut les inquiéter à leur tour, et leur montrer très nettement à quel point leur comportement n'est pas souhaité. Il y va de la survie des commerces, et de la dignité des usagers.

Et c'est là qu'il y a démission de la municipalité Cuillandre. Ils disent que c'est le domaine de la police nationale. Mais ça c'est une attitude qui correspondrait à une situation de bien-être généralisé, d'incivilités exceptionnelles. Inutile aussi de compter sur des débats et des rapports d'experts criminologues. Ces experts sont par définition tenus à un sérieux professionnel, et par conséquent ils s'en tiennent aux statistiques officiellement publiées. Mais il n'y aura jamais de statistiques sur les provocations que vous pourrez subir à Prat-Ledan.

Il est difficile de ne pas envisager qu'il s'agit là aussi d'une pente bien facile pour une municipalité bien pensante de centre gauche. Qu'il est plus commode d'accumuler à Brest des alcooliques profonds contrôlés par toutes sortes d'agences socio-juridico-psychologiques obscures, plutôt que des chômeurs dynamiques qui pourraient protester, par exemple lorsqu'ils sont traités de manière illégale par des fonctionnaires lors d'un contrat précaire dans un service public de l'agglomération.

Comme d'autres chantiers promus par le PS local, le tramway brestois servira à dissimuler la forte perte d'attractivité dans les quartiers tout le long de sa ligne. Le PS local ne travaille pas pour l'avenir de Brest, il accompagne le déclin par des opérations de comm qui dissimulent les informations essentielles, structurantes, pertinentes.

Il y a eu dans le passé des mouvements de résistance des riverains, qui ont obtenu un net succès. Aujourd'hui, il faut à nouveau s'organiser. La résistance aux incivilités n'est ni de droite ni de gauche, seul le PS essaie de nous faire croire que c'est de la droite méchante pas bien réac et tout et tout, et que les agresseurs sont en fait les victimes. Curieusement, on ne trouve pas beaucoup de sociologues pour décrire la vie des précaires qui se comportent bien.

La tranquillité au contraire c'est le droit de toute personne qui se rend à son travail, de tout enfant qui se rend à son club, de toute personne qui va accomplir des démarches. Pour réagir, il faut commencer par bien prendre conscience de ce qu'est le réseau socialiste brestois, de toutes ses ramifications, de ses limites idéologiques et de ses intérêts urbains, puis s'organiser sans lui.

Mieux vaut une rue calme sans tramway qu'un tramway avec beaucoup d'incivilités autour. Autour... et dedans.