12/02/2008

Du changement dans l'air (1)

Beaucoup d'arguments en faveur du tramway se basent sur la prévision que la hausse du prix du pétrole va rendre trop chers les transports quotidiens, fera donc revenir vers la ville tous ceux qui se sont éparpillé vers le périurbain.

Cela n'est pas faux. Il arrivera un moment où les ménages moyens ne pourront plus payer le pétrole. On peut même dire que ce sera pire, puisqu'en plus il y aura des normes antipollution de plus en plus draconiennes, qui obligeront à l'achat d'une nouvelle voiture régulièrement, et les anciennes voitures des ménages modestes deviendront interdites.

Cela n'est pas faux... si on se limite à la gamme des hydrocarbures. Mais qu'en est-il des nouvelles technologies ? Nous sommes certes à une époque ingrate, où le prix du carburant traditionnel monte, alors que les moteurs alternatifs ne sont encore que des prototypes, les réseaux de distribution pas prêts, etc.

Mais nous atteindrons vite un seuil où l'utilisation de la voiture traditionnelle deviendra aussi chère que l'utilisation d'une voiture alternative, et à ce moment-là, comme une cataracte, l'argent des consommateurs se déversera dans ce qui n'est encore que recherche & développement, les prix baisseront, l'efficacité augmentera, les réseaux de commercialisation et d'alimentation se généraliseront, etc.

A ce moment-là, le prix du pétrole entrainera un changement de véhicule, pas forcément un retour vers la ville.

Ce que je dis là, c'est vraiment un lieu commun. Pratiquement tout le monde est capable de le dire, sauf à Brest. Et je pense que c'est parce que là, une fois encore, l'argument économique est utilisé pour appliquer un discours bien propre à une réalité anthropologique que l'on ne sait pas aborder. On essaie de faire comme si il n'y avait qu'une différence de prix entre la ville et le périurbain, une différence qui se laisse réduire à un diagramme peu risqué et peu controversé, mais la vérité est que la différence qualitative se creuse.

Premièrement, le périurbain à Brest est éminemment désirable. Il l'était déjà naturellement, par ses petites criques, ses chemins, ses paysages, et il le devient de plus en plus grâce à ses équipements.

Je vais donc répéter ici ce que Trollibus a fait pendant plus de 2 ans. Lorsque vous avez une demi-journée de libre, prévoyez une sortie dans les environs de Brest, où vous visiterez le coin, puis passerez faire vos courses dans le supermarché local. Prévoyez une pause à la cafétéria du supermarché, comme un vrai touriste. Faites le assez longtemps pour revenir au moins une fois dans les mêmes localités.

Si vous vivez en ville, vous avez déjà pigé la manoeuvre, mais j'insiste pour ceux qui vivent déjà dans le périurbain : prenez le temps d'aller de l'autre côté de l'agglomération, dans le périurbain des autres, je vous assure que vous serez surpris par la qualité.

Nos responsables en sont toujours à imaginer des urbains qui vont s'isoler en pleine campagne, parmi des champs, et sont obligés de revenir à la ville constamment. Mais ce que l'on constate, justement en allant dans les supermarchés en plus d'une promenade dans les sites naturels, c'est que les services accompagnent maintenant la population :

- Commerces. Vous serez surpris de constater que des coins qui étaient considérés autre fois comme des trous perdus proposent aujourd'hui tous les produits disponibles en ville.

- Sports. Les salles polyvalentes se multiplient et l'offre est de plus en plus variée.

- Enseignement. Des écoles maternelles au moins d'aussi bonne qualité qu'à Brest. Mais puisqu'on parle d'urbanisme il faut voir un peu plus loin, et je ne vois pas pourquoi l'enseignement secondaire devrait rester éternellement à Brest, si une population d'ados suffisante justifie une nouvelle construction ailleurs.

Le périurbain est donc devenu la zone résidentielle normale de Brest, pas une zone rurale où l'on s'exile pour raisons financières. Il y en a encore, de ces zones rurales sans aucun équipement, mais c'est de moins en moins le cas.

Mais pourquoi les entreprises elles-mêmes n'auraient-elles pas envie de s'implanter dans des zones moins chères, plus agréables et plus sûres ? N'observe-t-on pas une tendance à la création d'entreprises dans le périurbain, et celles qui restent à Brest ne datent-elles pas de la génération de Kergaradec ? Je pense en particulier aux PME, celles qui n'ont pas un grand bâtiment et qui n'éprouveraient aucune difficulté à déménager dans une zone industrielle équivalente, avec un meilleur environnement pour leurs salariés.

D'ailleurs, ne peut-on pas imaginer que certaines entreprises se rapprocheraient de leurs employés dans le périurbain, satisfaisant tout le monde en diminuant les coûts du transport tout en restant dans la zone prisée ? Ne peut-on pas imaginer aussi que des employés se rapprocheraient de leur travail au lieu de s'en éloigner, en s'implantant dans une commune périurbaine ?

Pour arriver à une statistique pertinente, il faudrait distinguer les entreprises qui vendent à d'autres entreprises de celles qui vendent aux ménages. Je suis prêt à parier que les premières sont en train de quitter Brest, et que seuls des commerces à bas prix s'implantent encore à Brest, dans un calcul de rapprochement de la population la plus dense, mais aussi la moins friquée.

Qu'est-ce donc que le périurbain n'arrivera jamais à faire aussi bien que la ville ? La culture ! Mais là encore, est-ce une qualité ou un défaut ? Personnellement je ne vais jamais dans les manifestations culturelles subventionnées, bien que je fasse partie de la couche de la population qui écoute de la musique classique, lit de la littérature, regarde des films en V.O., etc. Je n'y vais jamais parce que je sais que la culture en France est colonisée, qu'elle ne passe les mailles des censeurs de la "bienséance libertaire" que si elle accumule les références socio-libérales et facilement droit-de-lhommiste, du genre Cali. Ou alors, en réduisant toute imagination et toute originalité, comme les séries télévisées françaises par rapport à certaines séries américaines.

J'apprends aujourd'hui par la presse qu'il y a ou qu'il y a eu un festival de théâtre. Mais je n'irai jamais à ce genre de spectacle, car je sais que du moment que c'est agréé par les autorités, c'est gnan-gnan, politisé, faussement tolérant et faussement libre. J'apprends aussi qu'une certaine "Zazie" va passer à la carène. Le périurbain m'offre la perspective, grâce à l'ADSL, de payer uniquement pour les chanteuses que je veux voir, de ne pas subventionner la Carène si je n'y vais jamais, et de sortir de la sous-culture des "enfoirés" et autres "musiques actuelles". Peu à peu, cette qualité culturelle particulière qui valorise l'indépendance d'esprit, l'ouverture authentique aux oeuvres étrangères, la découverte sans demander d'autorisation à personne est aussi en train de glisser vers le périurbain.

Vous verrez qu'un jour les pièces de théâtres novatrices apparaitront aussi dans le périurbain. Parce ce que c'est là, en petit comité, qu'on pourra créer sans qu'un commissaire du peuple socialiste intervienne pour dénoncer une tentative de "lepénisation des esprits", ou d' "extrêmisme stalinien", ou toute autre expression qui fait semblant de référer à une période historique, mais vise en fait à étouffer la créativité culturelle, à maintenir le peuple dans les bornes de la mondialisation heureuse, et à prévenir le développement de l'esprit critique.

Pour ne pas faire trop long, je vais arrêter là ma partie sur l'attractivité du périurbain. L'essentiel est de retenir que la hausse du prix du pétrole entrainera plus un changement de technologies qu'un abandon de la voiture, et que cela sera soutenu par une forte demande d'exode vers le périurbain.

La prochaine fois, nous verrons pourquoi il y a une forte demande pour quitter Brest.