26/10/2007

L'exemple de Trollibus et sa camionnette

Il est toujours périlleux d'utiliser un exemple dans une démonstration, car le risque est grand que la conversation ne dérive sur cet exemple particulier, et qu'on oublie le sujet que l'on voulait juste illustrer. Néanmoins, lors d'un récent repas quelqu'un m'a développé une métaphore qui m'a semblé assez saisissante, et je ne résiste pas à l'envie de vous l'exposer ici.

Supposons que M. Trollibus veuille acheter une camionnette. Plus précisément, il se demande s'il doit vraiment acheter une camionnette. Quel doit être son raisonnement, pour arriver à la décision la plus judicieuse?

Des questions qui viennent tout de suite à l'esprit : 1) A-t-il besoin de cette camionnette ? 2) A-t-il les moyens de s'acheter cette camionnette ?, je pense que c'est la question de l'argent qui doit venir en premier. En effet, même si on a un besoin urgent de quelque chose, quand on ne peut pas l'acheter, on ne peut pas. Donc la question de savoir si M. Trollibus doit acheter ou pas sa camionnette ne reste pertinente qu'après avoir établi qu'il le pourrait.

M. Trollibus étant un particulier, il achètera cette camionnette par emprunt. S'il pense être probablement au chômage dans les années qui viennent ou subir d'importantes pertes de revenus, ce n'est évidemment pas le moment de souscrire un emprunt. On peut aussi envisager que, ses revenus restant constants, M. Trollibus souhaite donner la priorité à une autre dépense, ou qu'il soit déjà trop endetté.

Une fois établi que l'argent est disponible, reste à savoir s'il en a vraiment besoin. Se pose en premier la question de la taille. Si M. Trollibus n'a que des petits cartons à transporter, peut-être une voiture au coffre volumineux, genre ludospace, suffirait-elle. S'il a des meubles énormes à transporter, peut-être un petit camion serait-il plus utile.

On peut avancer l'argument que la camionnette est à la mode en ce moment, et que tous les voisins de M. Trollibus en ont acheté une. En cherchant un peu, on s'aperçoit qu'en fait beaucoup de voisins sont des artisans. M. Trollibus, qui n'est pas artisan, doit-il prendre exemple sur eux, et risque-t-il une déchéance sociale s'il reste le seul dans la rue à ne pas avoir de camionnette ?

Une fois établi que M. Trollibus peut se payer cette camionnette et qu'il en a vraiment besoin, alors je pense que la question du désagrément des travaux pour élargir l'allée de M. Trollibus devient subsidiaire. Quand on en a besoin, on accepte les travaux. Quand on n'en a pas besoin, éviter les travaux en se contentant d'un ludospace, cela semble préférable.

Bien sûr, cette métaphore trouve vite ses limites. L'agglomération brestoise n'est pas un particulier, et le tram n'est pas une camionnette. Il faut donc à un moment savoir abandonner l'exemple, et revenir au sujet. J'ai en fait choisi de publier cette métaphore parce qu'elle me semble dotée d'une très grande qualité : une camionnette, ce n'est pas un choix sentimental ou esthétique. Il n'y a pas d'émotion. On en a besoin, on la prend, on n'en a pas besoin, on s'en fiche. La camionnette ne crée pas de débats passionnés. Parfois j'aimerais que le tramway soit considéré de cette façon : comme un UTILITAIRE.

Il me semble que règne chez beaucoup une sorte de fétichisme du tramway. Il faut absolument avoir son tram. Comme son ipod. Comme son vêtement de marque. On ne peut même plus discuter du volume dont on a vraiment besoin. Récemment, un article est paru dans la presse à-propos du tramway de Nantes, montrant combien les usagers sont satisfaits et combien cet exemple serait judicieux pour Brest. La grande agglomération de Nantes, c'est-à-dire quasiment la Loire atlantique, compte environ un million d'habitants, et augmente régulièrement...

Rationnellement, juste en-dessous du projet de tramway brestois, il y a le bus en site propre, qui avec les moyens modernes arriverait à la même vitesse. Juste au-dessus, il y a une ligne de tram un peu plus longue, qui rejoindrait vraiment le technopôle et l'aéroport, apportant un plus de prestige et de cohérence urbanistique à Brest.

J'espère que lors d'un prochain référendum, on pourra approcher d'un tel débat rationnel pour l'achat d'un utilitaire, et qu'on ne se retrouvera pas dans une querelle entre les méchants et les gentils. J'espère aussi que l'on pourra dresser sereinement la liste des autres dépenses que l'on accepte de sacrifier sur la durée pour le tram, afin de choisir en connaissance de cause.

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