01/12/2007
Djeunz
On m'a demandé de justifier pourquoi, dans un récent article, je qualifiais de "nuisance" la présence des scolaires aux arrêts de bus. En effet le terme peut paraitre étrange, voire aigri, pour des gens qui ne prennent pas le bus. Par contre pour ceux qui le prennent souvent, c'est plutôt évident !
D'abord, l'arrivée de toute masse de personnes dans le bus est une nuisance. Cela se comprend, le trajet est beaucoup plus agréable quand l'arrivée de personnes est fluide et anodine. Passons maintenant aux désagréments qu'apportent plus spécifiquement les "jeunes".
Il y a un défaut, réservé aux garçons, et exclusivement aux garçons du technique: ils crachent par terre. Je suis trop formaliste, me direz-vous ? Eh bien non, c'est la science qui parle, quand vous vous trouvez à proximité d'un crachat, vous respirez les bactéries qui s'y trouvent. Renseignez vous par exemple sur le développement de la tuberculose au XIXème siècle, à cause de la pratique répandue des crachats dans les gares.
Bref, attendre le bus à côté de garçons du technique, c'est dégueulasse. Et qu'on ne me dise pas qu'il y a une détermination sociale qui oblige ces pauvres chéris à cracher.
Un autre défaut est réservé aux filles, du technique ou du classique indifféremment, mais surtout aux plus jeunes: se mettre à plusieurs pour s'esclaffer bruyamment, tout en criant des mots sexuellement explicites. Là encore vous pourriez me dire que je suis trop formaliste. Sauf que ces éclats sont entrecoupés de regards en biais, pour voir comment vous réagissez, et se concerter sur la suite des festivités. Bref, ces cérémonies, toujours les mêmes, n'existent que quand il y a le regard d'un homme à proximité, et c'est bien de vous que l'on se fout.
Mais la principale nuisance des collégiens et lycéens, c'est d'entrer dans le bus sans continuer vers l'espace libre du fond, et de s'agglutiner à l'avant. Quand vous leur demandez de libérer l'entrée, vous recevez immédiatement des volées d'insultes. Et pour tout vous dire, cela me fatigue. Rien que la semaine dernière, je ne suis pas monté dans un bus, et j'ai attendu le suivant. Tout simplement parce que trônaient dans l'entrée deux gamins d'environ treize ans, et que j'ai estimé qu'à quarante-deux ans je n'avais pas à leur demander pardon pour avoir le droit de monter dans le bus.
En l'absence d'autorité du chauffeur pour les faire avancer vers l'arrière, il n'y avait plus que deux solutions : les prendre par le col et les virer de là, où leur demander pardon. J'ai choisi d'éviter les ennuis. J'ai soupiré et je me suis dit que je ne pourrais pas résister à la saine réaction de les envoyer valdinguer. Tous les jours, dans le bus brestois, des adultes sont obligés de demander pardon à des petits cons qui bloquent le passage. Et vraiment, c'est fatiguant. Essayez, vous verrez.
Ce n'est pas seulement de la susceptibilité de ma part. D'abord, j'ai le droit d'être susceptible si l'on m'empêche de passer là où j'ai le droit de passer. Mine de rien, il y a des libertés constitutionnelles en jeu; quand on doit demander pardon à des mineurs pour exercer ses droits civiques, il y a un problème. Ensuite, il y a tous les jours des gens fragiles, des gens avec un plâtre, des personnes âgées, qui sont obligés de rester à l'arrêt de bus parce que quelques "jeunes" refusent de faire deux mètres vers l'arrière. Je trouve que c'est ignoble. Je trouve que c'est barbare.
Cela conduit aussi les chauffeurs de bus à leur ouvrir toutes les portes pour les laisser entrer sans provoquer trop de cohue à l'avant. Mais c'est bien à l'avant et à l'avant seul que l'on présente son ticket ou sa carte au chauffeur, et les laisser entrer par les autres portes, eux seuls parmi tous les usagers brestois, est injurieux pour les adultes qui ont payé, qui recevraient immédiatement la visite de la police pour un tel accès non autorisé. Les "jeunes" le savent bien, et jouissent ostensiblement de ce privilège, de ce passe-droit particulièrement choquant quand on le voit en direct.
J'ajoute enfin que ce comportement de blocage n'est pas seulement le cas des élèves du secondaire, mais aussi de nos brillants étudiants des grandes écoles du Technopôle, sur la ligne 28. Sauf les étudiants étrangers, qui eux laissent les gens monter avec une politesse normale. Comme quoi, les crises des banlieues parisiennes peuvent nous masquer une partie de la réalité.
Parlons maintenant plus froidement, plus sociologiquement. Si un groupe est numériquement dominant dans un transport public, alors cela déteint sur le transport, il prend la coloration de ce groupe. Un jour j'ai cru naïvement la pub m'invitant à utiliser les cars finistériens, et j'ai pris le Carhaix-Brest. Eh ben non, c'est pas un transport pour tout le monde, c'est un car scolaire. Et quand vous vous retrouvez dedans en tant qu'adulte, vous n'êtes pas à votre place. Le malaise est palpable.
Cela va totalement à l'encontre d'un principe de base de la promotion des transports publics : la mixité sociale. On entend par là que les transports doivent être fréquentés par n'importe qui, doivent perdre toute connotation particulière, et que vous pouvez y aller en vous fondant anonymement dans le flux des usagers. Bref, le transport public doit être sociologiquement neutre. On dit bien "le métro aux heures de pointe", par exemple.
C'est pourquoi j'estime que, du point de vue de ce principe de mixité sociale, ajouter un bus de plus au moment des rentrées et sorties de classes pour dériver les masses de scolaires, ce serait une priorité. Et le tram comme chacun sait ne passant pas par la plupart des établissements secondaires brestois, il ne nous aidera en rien en cela.

09:20 Publié dans En bus | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Tramway, Jeunes, Bus, Brest, Lycées, Collèges
27/09/2007
Ma journée chez Bibus
Le semaine dernière, c'était la semaine de la mobilité, et je suis allé voir la dernière acquisition de Bibus, un bus de modèle Lion's City qui était en démonstration place de la Liberté.
La passerelle en pente que l'on voit sur la photo peut porter à confusion. Il faut en fait imaginer le bus sur la chaussée, c'est-à-dire un peu plus bas que le trottoir, donc avec le plancher arrivant à hauteur du trottoir. Il s'agit d'un modèle de grande qualité : plancher surbaissé, mais aussi contenance arrière plus large grâce à des roues plus étroites, et portes coulissantes qui gênent moins l'entrée des usagers.
J'ai bien écouté les explications, et j'ai tout de suite été frappé par une sensation d'avoir déjà entendu ça quelque part. De retour chez moi j'ai cherché dans mes documents, et j'ai trouvé : tous ces petits détails de qualité et de confort, c'était ce qu'on prisait comme avantages du tramway à la grande époque de son implantation à Strasbourg, dans les années 90.
Je me suis alors posé la question : Le bus ne serait-il pas en train de rattraper le tramway en terme de qualité? Pour en avoir le coeur net, j'ai fait une petite recherche sur le web, et je suis tombé sur cette annonce rennaise étonnante :
"Cette deuxième tranche permettra une circulation des bus de lignes majeures à la vitesse commerciale de 22km/h, soit la vitesse d'un tramway, ce grâce à un système de priorité aux feux pour les transports en commun."
Cela signifie que les derniers modèles de bus, pourvu qu'ils circulent en voie réservée et soient connectés par ondes aux feux de circulation, pourront atteindre une vitesse légèrement supérieure à la vitesse de 21km/h annoncée pour le tram de Brest.
Vu la différence de prix, il devient alors légitime de réfléchir. Et de ne pas se précipiter.
Si l'on examine les dates d'adoption du tram par les autres villes françaises (Nantes en 1985, Grenoble en 1988, Paris en 1992, Strasbourg en 1994), n'est-on pas en train, nous, de nous doter à partir de 2012 et pour trente ans d'une technologie qui était d'avenir il y a trente ans? N'est-on pas en train d'acheter très cher les derniers modèles d'une technologie dépassée, alors que les villes qui ont lancé la mode du tram elles-mêmes sont en train de passer à autre chose?
N'exagérons tout-de-même pas, il reste un gros avantage au tram par rapport au bus en voie réservée : son volume. D'un autre côté, le bus apporte la possibilité de couvrir tous les quartiers et pas seulement deux lignes, ce qui paraît plus propice à la promotion des transports collectifs au niveau de l'agglomération, et même, peut-être, ce qui nécessiterait moins de volume par véhicule.
A voir. A étudier. On peut cependant être certain que le tramway, au fur et à mesure que le temps passera, perdra de ses avantages comparatifs. Peut-être même que cela sera reconnu en 2012, lorsque nous inaugurerons notre première ligne, et nous préparerons à construire la deuxième.

12:40 Publié dans En bus | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ikea, Froutven, Capucins, Référendum, Tramway, Bus, Brest






