22/01/2008
Mais bien sûr...
Drôle d'ambiance de campagne électorale, avec cette opposition quasiment absente, à gauche comme à droite du PS, particulièrement timide sur le sujet des transports en commun.
Alors comme il ne se passe rien, surgit des brumes un bateau qui bat un record. Mais ça ne peut pas faire partie de la campagne, puisque ce n'est pas Monsieur le maire qui a insisté pour que l'arrivée se fasse juste avant les élections. Et s'il est mis en valeur sur les podiums, c'est seulement parce le maire d'une ville doit accueillir les champions. Et s'il annonce qu'on a enfin notre course pour la prochaine mandature, ce n'est que coïncidence des temps, avec l'achèvement du nouveau port.
Aujourd'hui, Le Télégramme annonce, comme le Ouest France quelques jours plus tôt, qu'une association de psychologues sort mystérieusement de son domaine de compétences à quelques semaines des élections, et dispose tout naturellement de la mairie pour une animation sur l'urbanisme, domaine de compétence du maire.
ET ce matin, le Ouest France, toujours dans les bons coups, sort de son chapeau une mystérieuse association de vélocipédistes qui ne peuvent être que de bon ton, car "le projet de transport en commun en site propre et sur des rails, prévu à la mi 2012 dans la cité du Ponant, leur convient parfaitement". C'est sûr que la juxtaposition d'un cycliste et d'un tramway sera douce, si douce. Et la présence de rails sur la chaussée sera douce aussi pour les cyclistes.
Et puis la porte parole est si sage qu'elle fait une demande qui "avait déjà été formulée lors des différentes réunions de concertation sur le tram", ce qui lui permet de rappeler que ces réunions avaient été "organisées au printemps dernier", et que les "élus et techniciens y avaient d'ailleurs répondu favorablement".
Tout est doux. Tout est sportif. Tout est jeune est beau, en pleine santé, tourné vers l'avenir et en plein accord avec les projets du maire. Quelle ambiance rassurante. Et la jeune Coralie nous affirme que "À Brest, un déplacement sur deux dure moins de dix minutes et fait moins de deux kilomètres. Le vélo a donc toute sa place dans notre cité." Evidemment dans ces dix minutes personne n'a ses bouteilles d'eau à transporter sur son vélo. c'est tellement plus élégant.
Et en plus le Ouest-France conclut que "peut-être que le grand départ du Tour de France, le samedi 5 juillet, depuis le bas du cours Dajot, donnera des envies à certains". Ah ben s'il y a le Tour de France, on est encore plus rassurés alors. Au moins on est sûrs que tout sera naturel.
On nage dans la "concertation".
10:55 Publié dans Doutes | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Tramway, Référendum, Municipales, Cuillandre, PS, Brest
17/12/2007
Le chant du cormoran, le soir au-dessus de la Penfeld
Ces derniers jours se sont succédées des nouvelles importantes concernant l'urbanisme à Brest. A chaque fois j'ai été tenté de réagir immédiatement, puis je me suis ravisé, car quelque chose ne collait pas.
Par exemple pour le GESMA (Groupe d'études sous-marines de l'Atlantique). Ma première réaction à été : "Il faut vraiment qu'on soit crétins à Brest pour arriver à faire fuir un truc de l'Atlantique dans la Méditerranée...". Avouez qu'il y a de quoi être étonné. Ah faut applaudir les artistes.
Puis j'ai lu la phrase du rapport de la Délégation générale de l'armement : "forte pression immobilière de la ville de Brest", et là j'étais prêt à charger M. Cuillandre, à l'accuser de supprimer les 105 emplois, de faire fuir le client, etc. Et puis j'ai réfléchi. J'ai relu l'extrait dans la presse, et j'ai eu comme un doute. "forte pression immobilière"... Depuis quand la Marine craint-elle des pressions immobilières de la ville ? Depuis des siècles elle fait ce qu'elle veut, non ? Et puis c'est elle qui négocie depuis plusieurs années la cession des Capucins, non ? C'est même elle qui a décidé de vider les lieux, non ?
C'est quoi exactement une "forte pression" d'une municipalité sur les territoires de l'Etat ? Comment ça se passe concrètement ? Ca se passe à l'arme blanche, genre mauvais genre, ou c'est des arrangements entre gentlemen, entre hommes du monde ?
Ensuite il y a la question de la sécurité. "une enclave militaire au coeur de la ville de Brest", ah oui effectivement ça paraît grave quand on lit ça. On imagine des nuées de barbouzes grouillant autour du GESMA. Un barbu, deux barbus, trois barbus... Mais euh... "enclave militaire", "au coeur de la ville de Brest", c'est pas déjà le cas de l'ensemble de l'Arsenal ? Et puis, ce site en particulier, en bas des tours de Quéliverzan, visible du pont de l'Harteloire où l'on peut prendre des photos tous les jours, bonjour la discrétion... Pour un centre de "haute sécurité"...
Tenez je vous ai fait une copie de ce qu'on voit par Google Earth. En bas à droite on voit le pont de l'Harteloire, en bas à gauche les tours de Quéliverzan, en haut à gauche les remparts de Kervallon, nouvellement nettoyés et accessibles aux promeneurs, en haut à droite c'est la falaise, qui rend le GESMA plus ou moins observable depuis l'ensemble des falaises opposées. Et je ne parle pas des observations satellites, des drones, etc. Donc le GESMA est déjà observé, en fait, et je ne vois pas en quoi des logements de l'autre côté du pont seront pires que les immeubles de Quéliverzan plus proches. Vu les apaches qui trainent dans le secteur...
N'était-ce pas au contraire l'occasion de le déménager dans un endroit plus sécurisé, par exemple à l'Ile longue, vu qu'il est supposé s'occuper de la lutte... sous-marine ? Entre messieurs de la Royale y devraient pouvoir causer, non ? Il n'y avait vraiment de place nulle part sur les territoires de la Marine dans la rade de Brest ? Et puis, en faisant une recherche sur le web, je m'aperçois que la plupart des entreprises du Technopôle travaillent avec le GESMA, et que celui-ci en dépend, vu qu'il expérimente sans cesse de nouvelles technologies... océaniques. Alors pourquoi le déménager à Toulon ? C'est bizarre, c't'affaire, non ? Qu'est-ce que c'est que cette embrouille ?
Autre interrogation cette semaine : le débat d'orientation budgétaire au Conseil communautaire. Alors, si j'ai bien lu :
1) Les finances sont excellentes pour tout ce qui est géré par la gauche
2) Les finances sont catastrophiques pour tout ce qui géré par la droite.
Ah bon. Nous voilà bien avancés. Elles sont bonnes ou mauvaises alors, finalement, ces "orientations budgétaires" ? Moi je n'ai pas la compétence des uns et des autres. J'ai pas la science infuse. J'parle pas comme un livre. Et puis l'argent et moi ça fait deux. J'arrive tout juste à la notion de "trop cher". Quand je vais au supermarché, il y a du "trop cher". De plus en plus, d'ailleurs.
En même temps, on apprend que des élus ont choisi d'habiter en dehors de la Communauté urbaine. Ca en dit long sur la motivation de leur parti, qui ne leur a pas demandé de démissionner. Moi j'vous le dis : quand on crèche pas sur place, on perd la main. Le désordre s'insinue. Le personnel prend ses aises. L'entreprise périclite.
Le lendemain, et puis le jour d'après, on apprend que de nouveaux chantiers sont lancés. Encore des grands chantiers. Ah ça y va, à l'Est, à l'Ouest, partout des grands chantiers.
Alors voilà, je résume : on a une certitude de pertes économiques immenses, et une certitude de chantiers très nombreux. Et au milieu une mystérieuse "pression immobilière". Et c'est à ce moment-là que l'opposition choisit comme candidat un agent immobilier. Je vais voir sur son blog, et je lis que :
1) Dans son avant-dernier article, il dit qu'il approuve la plupart des projets immobiliers de son opposant
2) Dans son dernier article il dit qu'il ne faut plus s'opposer systématiquement.
Ben tiens. Tu m'étonnes. Il ne critique même pas l'utilisation de bâtiments publics par son opposant pour sa campagne électorale (réunions déguisées en "réunions de bilan" mais exposant bien les projets et évoquant bien les élections), bien qu'il soit à la fois avocat et ancien directeur de campagne. Il lui fait une fleur, quoi.
Il y aurait bien une possibilité de critique, à la gauche de la gauche, mais leur idéologie marxiste les fixe sur le capital industriel, et les rend aveugles aux changements de l'immobilier. Le gauchiste, il a du potentiel, mais y manque de finesse.
Et pendant ce temps-là, tout le monde fout le camp, même des élus ! Moi je reste, je me contente de siffler et de sortir le carton rouge. Il faut arrêter cette guéguerre pour les Municipales. Combien exactement on va perdre, combien exactement on va dépenser. J'en ai assez d'en apprendre des bribes tous les jours. Personne me met au parfum. Si on n'arrive pas à un consensus général là-dessus, alors on aura une campagne dans la suspicion générale. Et la suspicion, ça tue le petit commerce.
Moi les gars, j'veux bien la jouer réglo, des kadors comme on a à Brest, c'est du grand art, et le talent ça se respecte. J'veux bien y aller molo. Mais faut arrêter de prendre le Trollibus pour un cave. Faut pas lui faire le coup du chant du cormoran, le soir au-dessus des remorqueurs. Le Trollibus y connaît la musique. Y demande à voir le flouze, y veux palper le grizzby, y veut respirer la fragrance de l'oseille, au bon air, en bord de mer. Rapport à sa santé. On sait bien qu'y a pas de milieu de l'immobilier à Brest, ça se saurait. Mais le problème, c'est qu'on pourrait jaser.
Non mais sans blague.
18:50 Publié dans Doutes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Tramway, Référendum, Municipales, Gesma, Budget, Brest
04/12/2007
Des ailes, des vagues et des paysans
Je m'apprêtais à publier un article sur autre chose ce matin, lorsque je suis tombé sur un article du Ouest-France ma foi fort étonnant. D'après cet article, l'implantation d'éoliennes sur le polder, afin de "produire une quantité d'énergie renouvelable équivalente - si ce n'est supérieure - à la consommation énergétique des rames du tramway".
Non non, ce n'est pas une blague. Comme l'affaire du Gigaslurp, cela a vraiment été évoqué par le Maire devant la presse. De plus comme un nouveau chantier apparaît chaque semaine, plus rien ne devrait nous étonner.
Passons sur la confusion dans ce passage entre la source, l'énergie renouvelable du vent, et la production, l'électricité à consommer. Evacuons tout de suite aussi la question du bruit. Il ne faut pas confondre avec les cas de protestations de riverains dont on entend parler régulièrement. Là où elle seront implantées, sur les polders, la question du bruit ne se pose pas. Beaucoup moins que celle des haubans de bâteaux, pour vous donner une idée.
Arrivons maintenant au paysage. Contrairement à beaucoup de gens, les éoliennes je suis pour. Cela pourra vous paraître bizarre, mais je trouve que dans un paysage rural, ça fait moderne. Maintenant... de là à les mettre dans une ville... à ma connaissance cela est extrêmement rare en Europe. C'est là que j'ai un doute sur le sérieux de la proposition. Trop visible, trop gros.
Venons en au coeur du sujet, la production d'électricité. Au cas où vous n'auriez pas déjà deviné, je vous l'explique brièvement : Les éoliennes ne seront jamais branchées au tram, elles seront branchées au réseau, qui lui alimentera le tram. Cela signifie que :
- Les éoliennes restant relativement peu productives, leur électricité sera consommée par les industries et les habitations de l'agglomération avant d'arriver au tram.
- Le tram continuera à consommer une forte proportion d'électricité d'origine nucléaire, les énergies renouvelables ne pouvant qu'augmenter leur faible proportion.
Je regrette de voir les élus Verts participer à ce genre de supercherie. Cela ressemble trop à la propagande du lobby nucléaire : une faible proportion d'éoliennes pour amuser la galerie, bien visibles surtout, et une consolidation de l'énergie nucléaire partout. En l'occurence, ne vous méprenez pas, je concède moi aussi que l'énergie nucléaire est le meilleur choix pour lutter dans l'urgence contre le réchauffement planétaire. De ce point de vue là, je suis effectivement en faveur de l'augmentation de la proportion de nucléaire par rapport au charbon. Mais, d'abord je le dis publiquement, et ensuite je considère qu'il n'y a pas que le quantitatif, il y a aussi le qualitatif, et le stratégique. Concéder un nouvel équipement urbain majeur au complexe militaro-industriel nucléaire, alors qu'on avait la possibilité de faire passer les bus totalement aux énergies renouvelables, par exemple par le programme Biogasmax, c'est assez grave, c'est un vrai choix politique.
Du point de vue de la défense du territoire également, étant donné les risques de terrorisme, je me demande si cela est le choix le plus sage. Puisqu'on avait la possibilité de faire tourner les bus grâce aux déchêts locaux, fallait-il soumettre un grand équipement de plus au réseau électrique national ? La dépendance par rapport aux grands équipements centralisés devrait être considérée au 21ème siècle comme une faiblesse stratégique.
Et puis, il y a le rapport aux citoyens, et à la démocratie. Toi y'en a voir tramway ? Toi y'en a voir grande éolienne ? Eh ben ça y'en a branché ensemble par magie ! Ca y'en a magie écolo ! Ecolo y'en a blanc et pur, et frais, entre ciel et mer ! Ecolo y'en a magie de nous ! Tramway y'en a apporter magie dans ton quartier ! Tramway y'en a force de la mer et du vent dans ton quartier ! Toi y'en a manger algues et prendre tramway ! Toi y'en a fort avec tramway ! Toi y'en a acheter tram à nous !
Et la vice-présidente chargée des transports, la Verte Marif Loussouarn, d'ajouter que le hangar aura un chauffe-eau solaire. Ca n'a rien à voir mais bon, c'est pour les Brestois, alors on peut jeter ça dans la gamelle quand-même...
En fait, j'ai plus qu'un doute sur cette annonce d'éoliennes aux polders. L'article de Ouest-France vend un peu la mèche : "Au cas où ces éoliennes ne verraient pas le jour, notre tram fonctionnerait quand même, note Sterenn Grall, la responsable de la communication de la Sem-Tram...". Le Maire annonce quelque chose de peu usuel, et une responsable de communication enchaîne tout de suite pour préciser que si cela ne se faisait pas, ce ne serait pas grave ? Autant dire qu'on n'a pas l'intention de le faire. Mais alors, pourquoi l'annoncer ?
J'émets une hypothèse. En fait, c'est un lieu commun hyper-connu chez tous les responsables de la communication publique, que dès qu'il y a un projet d'éoliennes, il y a une association de riverains contre. Un responsable de projet éolien qui arrive dans un village sans un plan de comm pour contrer les protestations des riverains, ça n'existe pas. Les responsables de BMO, qui sont des professionnels, savent donc qu'en évoquant un projet d'éoliennes là où il est le plus visible, ils vont provoquer une vague de protestations, et un débat municipal. Ce projet ne serait-il pas en fait conçu pour être retiré, juste avant le vote pour les municipales ? Un sorte de ballon d'essai, avec des lumières qui clignotent dans le ciel, multicolores, une diversion, un attrape-couillon pour la population ? Et un piège de la majorité PS envers ses alliés Verts, qui seraient ainsi sacrifiés dans l'affaire :
Toi y'en a bon indigène brestois ! Toi y'en a prendre fourches de péquenot pour aller brûler grande éolienne ! Ca y'en a monstre d'écolo Frankenstein ! Pendant ce temps toi y'en a laisser nous tranquille avec tramway ! Ecolos y'en a fous mais nous y'en raisonnables ! Toi y'en a gueuler contre éolienne et oublier référendum !
Bon ceci dit, l'indépendance énergétique de la pointe de Bretagne reste une question importante, qu'il faudra bien traiter un jour. Mais, de ce point de vue là, à la fois la production de ces éoliennes et la consommation de ce tramway seront quantitativement insignifiantes. La question de l'indépendance de la Bretagne en production de vessies et de lanternes apparait plus urgente.
16:40 Publié dans Doutes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Tramway, Référendum, Municipales, Energie, Brest







