09/07/2008

Le retour du Gigaslurp

L'année dernière j'avais publié un article sur un projet d'aspirateur géant souterrain dans le centre-ville, et j'avais traité l'affaire de manière comique parce que l'engin me paraissait grossièrement absurde et je ne l'avais pas pris au sérieux.

Eh bien il faut croire que le PS brestois n'a pas le sens du grossièrement absurde, puisque ce projet grossièrement absurde continue à être pris au sérieux, et sa mise en oeuvre continue à être envisagée à l'occasion des travaux du tramway. D'où, j'imagine, des dépassements de coûts et des embarras considérables...

La société civile brestoise commence néanmoins à réagir et, vu l'accumulation de mauvaises décisions, quelques voix dissonantes commencent à se faire entendre ci et là, même dans un milieu associatif que l'on croyait totalement inféodé au PS. La section brestoise de la fédération de consommateurs UFC Que Choisir (qui a toujours été politiquement neutre bien sûr), vient de publier un texte sur ce projet de Gigaslurp, que je vous reproduis ci-dessous.

Pour ma part, franchement cette accumulation de mauvaises décisions, de mauvais projets et de mauvais résultats me fait un peu peur. Je perçois comme un goût du néant dans cette fuite en avant. Si ça continue on va voir les conseillers municipaux brestois se rassembler en cercle pour une messe noire sur la place de la liberté, se suicider collectivement, et du cercle jaillira un tramway souterrain et lovecraftien qui avalera la ville de Brest.

Ou au moins son budget...




Communiqué de l'UFC Que Choisir Brest

Lorsque ce projet a été présenté aux associations locales (...), son coût annoncé était de 25 à 30 M€.

Il est maintenant pas­sé de 40 à 55 M€.

Quel serait-il, en réalité, si le projet se concrétisait ?

II s’agirait d’une première en France. La ville de Grenoble a bien failli se lancer, mais elle a finalement renoncé à "l’honneur" d’essuyer les plâ­tres. Seulement deux entreprises (étrangères) construisent cet équipe­ment. (...) Comment négocier convenablement lorsqu’il n’y a pas de véritable concurrence ?

La dépense de fonctionnement serait d’environ 600.000 € par an. Cela mettrait le prix estimé de la tonne de déchets collectée par aspi­ration pneumatique à 435 €, contre seulement 245 € par conteneur enterré et 100 € par ramassage classique avec des camions-ben­nes.

Le plus important à nos yeux, UFC Que Choisir, est qu’un tel projet serait développé en PPP (partenariat public-privé), c’est-à-dire que le constructeur choi­si se verrait aussi confier le fonctionnement et la gestion pour une durée pluriannuelle.

Actuellement, la collecte des déchets reste un des rares services publics, sinon le seul, à être géré en régie directe et à ne pas être délé­gué à une société privée ou à une société d’économie mixte. À force de déléguer ses services publics, la collectivité perd à la longue sa capa­cité technique et, in fine, sa capaci­té à contrôler effectivement les délé­gataires des services publics, ceux-ci se prévalant de la complexité de leur métier (cf la distribution d’eau potable) .

Pour que, dans cette affaire, BMO ne se retrouve pas, pieds et poings liés, à la remorque d’une société pri­vée qui nous ferait payer très cher la mise au point d’une technique encore jeune, l’UFC a donné un avis négatif sur ce projet.

En revanche, il nous semble qu’une autre option (d’ailleurs précédemment étudiée par la collectivité), (celle) des conte­neurs enterrés sur des emplace­ments de stationnement le long des rues, serait une meilleure solution. Cette option, comme la précédente, viderait les trottoirs de leurs poubel­les ventouses. L’échange des ben­nes enterrées ne serait pas un obsta­cle à la circulation du tramway et des voitures, s’il était effectué en nocturne, en dehors des heures de circulation.






07/02/2008

Chapeau les artistes !

Ce matin le blog "Brest Municipales 2008" m'a donné l'idée d'inaugurer une rubrique Comique, qui me semble hautement justifiée, d'autant plus que des articles plus techniques et arides sont en préparation. La présente campagne peut en effet sembler morose à beaucoup, mais ci et là quelques individus ajoutent leur grain de burlesque et de franche rigolade, parfois involontairement il est vrai.

Le premier d'entre eux, le Fernandel de l'encre fraiche, le Fernand Raynaud des grands titres, le Benny Hill de la presse brestoise, le dénommé Yves-Marie Robin nous gratifie ce matin d'une intervention de plus du grand quotidien Ouest-France en faveur de la municipalité sortante. Je signale à ce propos à mes lecteurs que je ne relève pas tous les articles, qui sont quasiment quotidiens, du Ouest-France à cet effet, même pas les plus grotesques exercices de flagornerie des élus, mais que je me contente de signaler les erreurs et omissions qui relèvent du tramway.

La dernière fois, le Ouest-France s'essayait au genre de l'élégie. Aujourd'hui, c'est sous la forme d'un radio-trottoir que revient la propagande en faveur du tram. Peut être aurons nous droit dans les semaines qui viennent à l'épopée, la tragédie, la parabole, l'essai philosophique, ou dans un style plus journalistique à l'éditorial, le reportage, la brève...

Dans cet article M. Robin accumule des couches de sens qui endorment la confiance. Les lieux communs sont accumulés, ne provoquant aucune surprise : la vie chère, les politiques loin des vraies gens, les impôts y'en a trop, l'emploi y'en a pas, les poubelles il en faut... Les Brestois sont aussi présentés comme plus ou moins benêts et à courte vue, avec un léger mépris qui rend l'article moins solennel : "Vous me prenez vraiment de court", " élevés au grain sans OGM, petite madâââme", et de manière générale ils ne savent parler que de leur cas personnel. Tout cela finit par un magnifique "Ce n'est pas normal" d'anthologie.

Et il en fallait, des couches de dérision et de plaisanterie, pour cacher le monumental soutien au PS qui se trouve au centre de l'article. L'auteur a trouvé un "Guy, 47 ans", qui bien évidemment est comme les autres interwiewés, totalement myope et innocent en politique, et surtout pas partisan. Cela lui permet d'annoncer la couleur par un "Premier constat, le tramway est rentré dans les moeurs." qui pèse des tonnes et personnellement m'a fait rire. On connaissait l'argument du tramway qui provoque des protestations lors de son chantier mais est adopté par la population lorsqu'il est prêt, mais là, un tramway "entré dans les moeurs" avant même le début de son chantier, chapeau le journaliste...

Ensuite, les opposants sont "farouches". Quasiment méchants et irrationnels, donc. Le tramway "ne semble plus du tout faire débat". C'est à hurler de rire. "Priorité à l'écologie", pas de pollution chez nous, et les déchets nucléaires chez les autres. "C'est d'actualité", 24 ans après la première ligne de Nantes, alors que des technologies plus adaptées, plus écologiques et moins chères apparaissent. "Il réduira la pollution", en ralentissant les voitures et allongeant leurs circuit, dans un contexte où l'air est systématiquement bon à Brest. "Ce sera bien pour notre santé", retour au citoyen innocent centré sur lui-même, c'est la santé ma pov'dame. "Toutes les grandes villes en ont un", comme la fois où le Ouest-France avait dit que l'agglomération de Nantes, 1 million d'habitant et croissante, était un exemple pour Brest. "Pourquoi pas nous ?", et pourquoi nous ?

La citation du "Guy, 47 ans" s'arrête là et l'auteur, évitant d'être taxé de parti pris, finit le paragraphe par quelques billevesées sur le choix du tracé, où il oublie cependant de signaler la principale désapprobation des Brestois, que les lignes s'arrêtent juste avant le technopôle et l'aéroport, alors qu'une somme considérable a été accordée pour la bifurcation vers Ikea. Sans doute l'auteur n'a-t-il pas entendu cela, et c'est par hasard qu'il est tombé sur des gens qui n'auront parlé que "de Guilers, de Plouzané et de Plougastel".

Yves-Marie Robin, notre correspondant local du journal du Groland. Mais il y a pire.

Cette semaine, le parti Lutte ouvrière annonçait sa participation aux élections municipales, grâce à une liste conduite par André Cherblanc. J'ai causé avec certains de ses employeurs, et je peux vous dire que la perspective de M. Cherblanc conduisant une liste symbolisant le travail fait sourire. Tout cela est considéré comme d'un humour très fin, très goûté, très apprécié.

Dans un style plus grossier, le chanteur Miossec annonçait également sa participation à une liste sur Locmaria Plouzane. Tout cela a provoqué force rires bien gras dans les bistrots brestois. Plus techniquement, on remarquera que notre idole locale, comme beaucoup d'autres Brestois, soutient totalement le tramway mais préfère se domicilier juste en dehors de la Communauté urbaine, là où il ne paiera pas les impôts qui vont avec.

Bref, une semaine assez désopilante, une bonne surprise en vérité, et qui est loin d'être encore finie !