02/07/2009

Aux commerçants de la rue de Siam

J'ai discuté avec des commerçants de la Rue de Siam qui s'inquiètent des travaux. Je crois que pour bien comprendre la situation, il faut remonter en arrière.

 

Le PS brestois est arrivé au pouvoir dans les années 80 avec une haine inextinguible de deux quartiers : le quartier Siam et le port de commerce. Tous deux représentaient pour le PS l'ancienne bourgeoisie de droite, qui devait être éliminée au profit d'une nouvelle bourgeoisie de gauche, plus internationalisée.

 

Le fait que ces deux quartiers employaient des milliers de salariés pas particulièrement bourgeois n'était pas un fait pertinent pour la bourgeoisie montante de gauche. Concernant les salariés du privé qui vivaient la prospérité des années 70, le projet du PS était d'en faire des précaires, à castrer moralement dans les bureaux des assistantes sociales, à exploiter et insulter lors de petits contrats pour travaux sales dans les bâtiments publics, à orienter politiquement vers le Front National pour valoriser le PS, puis finalement à remplacer par des immigrés illégaux, des sous-citoyens corvéables. Une éventuelle catastrophe économique correspondait donc totalement aux projets du PS, les instigateurs bénéficiant eux-mêmes de postes protégés bien sûr.

 

Bénéficiant de postes protégés, ils ont été dès le début profondément indifférents à une disparition de l'économie privée brestoise. Ils y ont été tellement indifférents que l'industrie brestoise est devenue pour eux un objet dérangeant dans leur cadre de vie, perdant le statut de sujet économique humain. Ils ont considéré l'économie brestoise comme une nuisance, de la même manière que des résidents en bord de mer se plaignent de l'installation d'un artisan. Ils ont voulu un environnement ludique et festif, pour leurs loisirs quand ils sortaient de leur travail protégé.

 

Pour le port de commerce, c'est fait. J'avais rencontré dans les années 90 un urbaniste de la CUB qui appelait cela la "Reconquista", terme par lequel il signifiait la lutte contre les entreprises privées du port, et leur remplacement par des activités "de gauche". Quelques années après, on a au port :

 

- Le Fourneau, établissement de théâtre où des jeunes voués à la précarité à vie montrent une sorte de "suicide du sens" dans toutes leurs créations, de manière à ne pas montrer aux bailleurs de fonds l'ombre du début d'une autonomie artistique. Bref, pour faire plus simple, des artistes qui font une sorte défilé militaire inversé devant le PS, chaque spectacle devenant une manifestation de non efficacité et de non volonté.

 

- Les jeudis du port, mixture immonde imaginée par Jean Champeau consistant en dégueulis, violences, beuveries, drogues, musiques banales. Une fête permanente du goût socialiste brestois.

 

- Des commerces chers pour les sous-bobos, c'est-à-dire ceux qui on de l'argent mais pas tout-à-fait assez pour le luxe, qui ont un début de capital culturel mais pas assez de caractère pour oser un goût personnel, c'est-à-dire pour les électeurs du PS.

 

Bref, le port est dégradé, peut-être pourrait-on dire dégénéré, ce qui était l'intention depuis le début.

 

L'installation du tram rue de Siam relève aussi en partie de cette tendance politique. Il s'agit du besoin irrépressible de laisser leur marque dans ce quartier bourgeois. Peu importe le coût pour l'économie, la haine de la bourgeoisie classique dominant toute raison. Le développement de l'insécurité, l'enlaidissement permanent y sont associés aussi. Il s'agit d'une dégradation historique du quartier.

 

C'est le style, vous voyez, c'est le style. Le style classique et propre, avec un respect de soi, c'est insupportable.

 

DANS CES CONDITIONS, QUE FAIRE?

 

D'abord, s'inspirer du Havre et considérer le quartier comme un patrimoine architectural. Beaucoup de temps a passé depuis la reconstruction, et ce qui était au départ une imitation soviétique est devenu avec la patine des ans un quartier historique. Il s'agit maintenant d'un exemplaire rare et éclairant de l'urbanisme du 20ème siècle, que de plus en plus d'amateurs vont apprécier, justement en tant que patrimoine culturel. Il faut commencer à regarder Brest avec les yeux de l'historien des temps modernes.

 

Dans ce sens, il faut bien entendu tout faire pour empêcher la casse des Halles Saint-Louis, et la destruction stridente de la cohérence du style par le projet choisi par le PS brestois. En effet, lorsque l'on prend conscience de la cohérence stylistique du quartier, le choix de cette "antre de Spiderman" ressemble fort à une malveillance.

 

Il faut ensuite empêcher le déplacement d'activités artistiques vers le nouveau quartier des Capucins, et viser la densité culturelle maximale en centre-ville. Ce coup-ci, vues les difficultés de déplacement aux Capucins et la baisse de fréquentation rue de Siam, le choix du PS brestois ressemble à une malveillance pour les deux quartiers.

 

Il faut ensuite obtenir une vraie rue piétonne, sans voitures, sans tram. J'entends par rue piétonne un endroit où on respire tranquille, où l'on peut laisser les enfants courir, où l'on entend le pas des passants. J'entends par là non seulement silence mais aussi sécurité, l'ensemble des deux devenant civilité.

 

Civilité pour deux raisons :

 

1) C'est un devoir civique de protéger les employés qui travaillent dans les commerces du centre-ville. En particulier les jeunes femmes précaires, celles qui viennent ouvrir tôt le matin et partent tard le soir, qui sont les premières victimes de la politique "de la ville" du PS.

 

2) Il faut se remettre à l'échelle et reconsidérer le quartier Siam comme le centre-ville du Pays de Brest. Se demander qu'est-ce qui, pour tous ces gens qui habitent dans le périurbain et disposent de paysages magnifiques, leur donnera le désir de venir "en ville"?

 

Patrimoine, rue piétonne, civilité, il faut que les commerçants prennent conscience de leur rôle premier dans le développement du Brest de demain, c'est-à-dire une agglomération agréable à vivre, sans surendettement, où l'on se sent bien dans les rues, où l'on accède à une offre culturelle de qualité.

Commentaires

Merci, encore merci pour ce petit cour de socialisme illustré.

Ecrit par : jean bléo | 06/07/2009

Un vieux dicton arabe dit que dans l'arbre, celui qui se trouve le plus haut ne voit que des sourires béats alors que celui qui est tout en bas ne voit que des trous du cul. Je vous propose de méditer sur cet aspect des choses qui bien sûr ne concerne pas que notre belle ville de Brest. Les biens pensants qui nous parlent de l'exatraordinaire avancée technologique que sera le tramway oublient de faire les comptes en matière de pertes d'emplois dans les petites entreprises. J'aimerais bien savoir combien de personnes prônant les bienfaits de cet engin coûteux et parfaitement inutile sont concernées par les dommages colatéraux que va générer ce projet. Ils se croient bien à l'abri dans leur petits emplois protégés mais ne devraient pas tarder à déchanter ... L'Etat et les collectivités ne pourront bientôt plus faire face à leurs engagements financiers et à quel poste de charge commenceront-ils, d'après vous, à s'attaquer ?

Ecrit par : CADOUDAL | 11/07/2009

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