16/10/2008
Le tramzilla
Je reprends le clavier après plus d'un mois d'absence : j'étais occupé à d'autres choses et aussi, j'avais le sentiment que, des Brestois ou de moi, l'un des deux était un peu largué, et que j'avais quitté l'orbite des préoccupations les plus urgentes de la population.
L'actualité des débats au Conseil communautaire nous permet de recommencer en rythme. Ainsi donc, Monsieur le Maire admet qu'il y a crise et que cela gênera les finances brestoises. Il n'en conclue toutefois pas qu'il faut arrêter le projet du tramway, projet le plus cher des années à venir, dont l'utilité est la plus contestée, et pour lequel des alternatives semblent meilleures et moins chères.
Si l'on se souvient que François Cuillandre possède le titre de professeur de droit fiscal, cet acharnement irrationnel pose à mon humble avis un problème de crédibilité scientifique pour l'UBO. On serait tenté de demander une enquête pour vérifier si l'on est autorisé à y enseigner si l'on n'est pas sympathisant du Parti socialiste. D'autant plus que M. Cuillandre dans son discours du Conseil communautaire semble n'avoir abordé l'évolution fiscale que sous l'angle politicien (c'est le camp d'en face qui est au gouvernement, donc c'est le gouvernement qui est méchant dans tout ce qu'il fait, gna gna gna...). On serait dès lors tenté de demander à voir les corrections des copies des étudiants par M. Cuillandre, afin de s'assurer que ses jugements correspondent vraiment au devoir de neutralité du service public.
Quelle est au juste l'autorité universitaire compétente pour évaluer le travail du professeur Cuillandre? Cette autorité est-elle indépendante du Parti socialiste?
Mais laissons là ces doutes sans doute excessifs sur la neutralité politique des enseignants brestois, et la qualité de leur enseignement. Il serait dangereux de croire qu'à présent le véritable péril financier pour Brest est authentiquement reconnu, car, la question n'ayant été abordée au Conseil communautaire que sous l'angle politicien, ce sont seulement les décisions fiscales sarkoziennes et nationales qui ont été évoquées, et les pertes annoncées à l'échelle du Pays de Brest, de la Bretagne occidentale et de l'Europe ont été oubliées. On pourrait d'ailleurs se demander, au sujet de ces séances des Conseils communautaire et municipal, quel est le temps consacré à mimer une assemblée nationale, au détriment des attributions nettes et précises pour lesquelles ces "responsables" sont élus, et pour lesquelles ils sont grassement rémunérés.
Il faut en fait ajouter aux difficultés énoncées les coupes du budget de la Marine, de l'aménagement du territoire régional, et les délocalisations dues à la mondialisation. Au total, c'est évidemment le passage au niveau d'une ville moyenne qu'il faut gérer de façon urgente, ce qui ne serait pas un drame si les élus locaux étaient solidaires de leur agglomération, et non occupés à préparer je ne sais quelle élection nationale future, pour s'en foutre encore plus plein les poches, pour s'accaparer encore une retraite en plus.
Le destin des populations locales et la carrière des élus locaux sont comme deux trains qui se croisent dans la nuit, sans vraiment se voir. Moi, je dis qu'il faut se démarquer de ces jeux entre droite et gauche, parce qu'ici il faut se penser comme Saint Pierre et Miquelon, ici on est loin de tout, ici personne ne viendra nous aider, ni Sarko, ni Ségolène, ni Bayrou, ni Besancenot, ni Obama, ni même le Dalaï Lama. Ici on est tout seuls. Il faut se ressaisir, se retrousser les manches et se débrouiller tout seuls.
Ces mois derniers j'avais aussi souvent évoqué l'état d'appartheid social de la vie brestoise, avec cette division cruelle entre statutaires et précaires du secteur privé. Eh bien cela se vérifie aussi dans l'actualité. La CGT a commencé à s'activer contre les décisions gouvernementales, et ne se préoccupe strictement que du sort des personnels statutaires. Si vous observez dans les mois qui viennent UN SEUL acte des syndicats brestois en faveur des salariés du privé, faites-moi signe, je le publierai ici.
En attendant, c'est comme je l'avais dit, il n'y a pas de débat public sur l'avenir de Brest, parce que les forces dites de gauche préparent l'avenir des statutaires seuls, et trouveraient dégradant de se préoccuper des précaires. Les précaires seront juste bons à occuper des emplois précaires pour le chantier du tramway, et à justifier les budgets de ces nombreuses officines qualifiées de sociales, qui servent plus à payer leur personnel politisé qu'à rendre service à leurs administrés. Les précaires, de la chair à assistante sociale.
Et sans doute, d'autres forces plus obscures ne tiennent pas à ce qu'il y ait débat public, parce qu'elles ne tiennent pas à ce que la lumière soit faite sur la spéculation immobilière en cours, et ses intérêts en cas de faillite de Brest.
Mais ce dernier Conseil communautaire aura eu le mérite de dévoiler en partie de la logique en cours : c'est maintenant reconnu, il y aura bien des sacrifices en raison de la perte de recettes. Les ressources diminuant, le tramway étant protégé et de plus en plus gourmand, il va bien évidemment se transformer en monstre qui dévorera une grande partie des autres budgets utiles aux Brestois.
En commençant cet article, je l'avais intitulé "le tramway jusqu'à la mort". Puis je me suis ravisé, en constatant qu'il n'y aura pas mort pour tout le monde, qu'il y a une logique de groupes sociaux derrière tout cela. Les statutaires ne souffriront pas de la faillite de Brest, ils continueront dans leur carrière, et seront au pire mutés dans une autre ville. Ou mis en préretraite. Ou casés dans des emplois fictifs.
Le tramway brestois est en fait un effet pervers caricatural de la décentralisation voulue par le Parti socialiste mitterandien dans les années 80. Non, les relations entre groupes sociaux locaux ne sont pas harmonieuses, et la décentralisation permet aux plus forts de dominer les plus faibles. Dans le cas extrême des fonctionnaires, ils sont souvent les plus aptes à devenir élus locaux, et aussi les plus protégés dans leur vie personnelle des conséquences de leurs actes en tant qu'élus locaux. Cela les met potentiellement en position d'appliquer une cruauté monstrueuse dans leurs décisions locales.
Dans le cas extrême de Brest, avec cette forte présence des statutaires et la quasi absence d'autres classes dominantes, le tramway étant incompatible avec une gestion de la ville dans l'intérêt général, il s'agit d'un véritable processus de sacrifice du secteur privé par les statutaires au pouvoir.
C'est ce que nous verrons par la suite. En attendant, c'est décidé, c'est annoncé : il faudra faire des sacrifices, et pas question de toucher au tramway. Budgétairement, le tramway n'est pas un plus au-dessus du reste, le tramway est un sacrifice du reste. Mais alors, qui donc sera sacrifié? Et par qui?
11:15 Publié dans Le budget | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Tramway, Référendum, Cuillandre, PS, Crise financière, Politique, Brest








Commentaires
heureux de vous savoir en vie.
Ecrit par : jeanbleo | 19/10/2008
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