04/09/2008

De l'air et du sens de la mesure

Suite à mon article "Ad absurdum" regrettant l'absence de mesures de la qualité de l'air, plusieurs lecteurs m'ont fait remarquer qu'une campagne de mesures a bien eu lieu en mars dernier, dûment annoncée dans la presse, et que d'ailleurs j'en avais moi-même parlé en son temps.

Vous pouvez éventuellement relire l'article à ce sujet d'Yves-Marie Robin, un auteur canonique en matière de tramway.

De là à interpréter que Trollibus déconne et qu'il perd la mémoire, il n'y a qu'un pas qu'il serait logique de franchir. Trollibus, pas fiable donc. Ecrit trop vite, ne vérifie pas ses sources... Maintenant, si on prend comme clé de lecture que le style du PS local n'est pas l'agression directe du citoyen, mais l'omission, le retrait des informations et autres moyens permettant au citoyen de participer au pouvoir, on peut percevoir cette récente campagne de mesures d'une autre façon.

Ce qu'il faut bien comprendre en premier, c'est que la campagne de mesures de la qualité de l'air de mars dernier n'a été réalisée strictement que parce que la Semtram était contrainte de la réaliser. Il s'agit en effet de l'obligation réglementaire de présenter une étude d'impact avant l'enquête d'utilité publique. S'il n'y avait pas eu cette contrainte démocratique, il est fort probable que ces mesures n'auraient jamais été réalisées. Puisque l'excellente qualité de l'air à Brest est l'un des critères qui invalident le projet de tramway.

On peut remarquer également que cette obligation provient de l'Etat par la loi, et retourne à l'Etat par l'obligation d'obtenir l'autorisation du Préfet en fin de procédure. La municipalité n'a aucun moyen d'y déroger. C'est le moment précieux d'une éclaircie fugace qui troue la chape de plomb de la domination du PS brestois, et l'on peut saisir à quel point cette éclaircie a été imposée, avec quelle énergie les nuages on fait ce qu'ils pouvaient pour recouvrir chaque recoin disponible, puis vite récupérer le bout de ciel perdu.

Ensuite, il faut savoir que d'habitude, lorsque les municipalités décident de mesurer la qualité de leur air, elle font appel à des organismes extérieurs agréés pour cela, que l'on appelle "Associations agréées de surveillance de la qualité de l’Air". De cette façon une municipalité ne peut être juge et partie pour l'estimation du succès de ses politiques d'urbanisme.

Ici, c'est la Semtram elle-même qui a réalisé les mesures. Cela ressemble à un promoteur qui s'improvise expert pour certifier son propre chantier. Dans ces conditions, puisque les mesures sont de nature à ridiculiser le chantier, on peut estimer qu'un promoteur serait tenté de :

- Placer les capteurs dans des endroits moins pertinents mais où l'on peut recueillir un petit peu plus de pollution

- Oublier une partie des mesures qui montrent une qualité de l'air excellente

- Orienter la simulation informatique de façon à trouver une utilité au tramway

Evidemment, la Semtram ne ferait jamais ça. Ce n'est pas un promoteur véreux se goinfrant sur un marché public. On est à Brest quand-même. Mais on peut toutefois penser qu'il aurait été de son intérêt de falsifier les résultats.

Mais le plus important, c'est que puisque ces mesures n'ont été réalisées que par la contrainte démocratique et non par une volonté sincère des élus d'améliorer l'atmosphère de leur ville, il n'y a aucune intention de réaliser des mesures après l'enquête publique.

Ainsi seront tues, retirées, omises, les données sur :

- La qualité de l'air pendant le chantier, avec ses poussières, ses machines...

- La qualité de l'air dans les voies où seront redirigées les voitures, donc par ralentissement la probable création de pollution

- La qualité de l'air sur les voies du tramway après le chantier, donc l'absence total de gain

Donc, je le confirme, ce projet évite volontairement la mesure des données pertinentes pour l'agglomération, et causera à court et à long terme une augmentation des pollutions, dans une ville dont l'un des avantages est l'exceptionnelle qualité de l'air.

Et ce projet est protégé par beaucoup de scientifiques de l'UBO proches du PS, ainsi que par les Verts qui se disent motivés par la critique des grands chantiers en vertu de l'impact environnemental global.

Commentaires

Pour info j'ai demandé par mail à la Semtram il y a plusieurs mois si des mesures allaient être effectués avant/pendant/après. Voici la réponse que je viens de recevoir:

"Bonjour,

Des mesures de pollution "avant Tram" ont été réalisées sur la ligne (cf. notre article "mesures air et bruit" du 21 mars 2008, sur le blog du site du tram). Ces mesures ont permis de caller un modèle de dispersion de pollution, permettant de simuler l'état après tram sur l'agglomération. Ces données seront disponibles lors de l'enquête publique."

Voiloù. Donc on fait des mesures avant le début des travaux en "estimant" ce que ça va donner après les travaux, très très fort !

Ecrit par : Florian | 05/09/2008

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