04/08/2008
Les Brestois parlent aux Brestois
Il y a le débat sur le tramway, et les conditions du débat sur le tramway. Il m'arrive en ce moment quelque chose qui pourrait servir d'exemple.
Ces derniers mois, j'ai eu plusieurs retards de paiement de mes factures EDF, et la semaine dernière, j'ai payé tout ce qui était en retard. Eh bien ce matin, le technicien est quand-même venu me couper le courant.
Cela ne concerne pas que ma vie privée. Cela entraine que j'écris sur ce blog de participation citoyenne depuis un bistrot, dans l'urgence. Heureusement qu'on m'a prêté un portable et que j'ai de quoi payer la connexion, mais cela ne durera peut-être pas. En attendant, les employés EDF qui n'ont pas été capables de trouver trace de mon paiement par carte bancaire, eux bénéficient non seulement de la sécurité de l'emploi pour leur vie personnelle, mais ce soir ils pourront se connecter à Internet tant qu'ils voudront, et même avec une électricité gratuite.
Bien sûr le PS brestois ne coupe pas l'électricité. Mais le parallèle est exemplaire.
Quand on parle de guerre, on a coutume d'imaginer des armées qui s'affrontent, avec de l'artillerie, des avions, des navires, etc. Quelque chose de visible, de fracassant, de tonnant. Mais toutes ces armées et ces armements ne fonctionnent que grâce à une intendance, grâce à un ravitaillement. Celui qui est capable d'enlever l'intendance au camp adverse peut gagner la guerre aussi efficacement que celui qui choisit l'affrontement direct. Et, quand il s'agit d'un combat politique, d'un combat civil, alors la guerre d'intendance est l'arme suprême, car elle est beaucoup plus élégante, plus discrète. Elle donne même l'impression que l'adversaire s'écroule de lui-même, qu'on reste gentil, qu'on n'a rien fait. C'est comme un empoisonnement par carence d'injection. C'est l'art martial parfait de la vie politique locale.
Ainsi, le PS brestois n'enfonce pas des portes de domiciles et ne retire pas des opposants à leur famille à 6 heures du matin, avec force bruits de bottes et serrements de machoires, mais peut-on vraiment dire qu'il n'agresse pas? Aux yeux du grand public, on a l'impression que rien ne se passe à Brest, tout juste une sensation bizarre de très très lent déclin. Mais ceux qui fréquentent un peu le "milieu" politique savent que le PS s'active, intensément, radicalement, méthodiquement, sauvagement, pour retirer, tarir, enlever, taire, épuiser. Le PS brestois est le sous-marin nucléaire des guerres d'intendance, et il a ses officiers, ses ingénieurs et ses fidèles matelots.
Ainsi pendant les années 90, quand les premières vagues de licenciements dues aux baisses d'activités navales ont eu lieu, deux circuits parallèles ont été organisés. Pour ceux qui étaient sympathisants du PS, il y a eu des associations de chômeurs subventionnées, où l'on a activement conseillé aux chômeurs de refuser toute offre d'emploi dans le privé jusqu'à trouver un emploi sous statuts. Et souvent cet emploi sous statut a été trouvé. Pour les autres, les naïfs, ceux qui n'avaient pas les bons contacts, ceux qui ignoraient l'existence d'un réseau de solidarité du PS, eh bien il y a eu les circuits officiels, l'ANPE et le RMI, ou des employés sous statuts, moins compétents qu'eux et souvent sympathisants du PS, les ont villipendés et menacés s'ils n'acceptaient pas toute proposition dans le privé.
Par exemple, des mères de famille brestoises ont été forcées d'accepter un emploi dans l'agroalimentaire, commençant à 4 heures du matin en zone rurale, ce qui les a obligées à faire dormir leurs enfants dans la voiture. D'autres mères de familles ont "trouvé" un emploi d'assistante dans une bibliothèque de quartier. Y'a pas photo, comme on dit.
Si l'on s'essaie maintenant à comparer Trollibus et le principal responsable officiel du projet de tramway, y'a pas photo non plus. François Cuillandre viole un référendum populaire, et reste prof de droit public à l'UBO. François Cuillandre menace gravement les finances de sa ville, et reste prof de droit fiscal à l'UBO. François Cuillandre retire un budget important aux communes périphériques pour un projet de transport réservé à la ville-centre, et reste président de la Communauté urbaine. Plus généralement, François Cuillandre dégrade la ville dans pratiquement tout ce qu'il fait, mais il continue à jouir de la sécurité de l'emploi, de plusieurs revenus et de l'assurance de plusieurs retraites. Et Trollibus... lui on lui coupe l'électricité.
On pourrait continuer la comparaison entre les formidables budgets de communication de la Semtram et le présent blog, qui ne peut continuer à exister que parce qu'il est gratuit.
Ainsi les observateurs naïfs pourront croire que les intervenants sur le tramway surgissent de nulle part, sont des atomes égaux qui participent librement à armes égales au débat, et tous avec une bonne foi démocratique. Mais la cruelle vérité devient plus évidente lorsque vous réalisez la similitude des parcours individuels de toute cette frange de personnes politisées qui se trouvent un peu à gauche du PCF, un peu à gauche des Verts, et qui ont tous comme point commun d'avoir à un moment manifesté leur indépendance d'esprit par rapport au PS. Pour presque tous, c'est galère galère galère. Il n'y a pas de chômeurs à Brest, juste des gens qui ne sont pas intégrés dans les réseaux du PS; il n'y a pas d'opposition à Brest, juste des gens à qui l'on retire leurs fondations.
Et le tramway, dans tout ça ? Eh bien dans toutes les villes, le chantier du tramway dure juste assez longtemps pour mettre en faillite les commerces riverains, puis les remplacer par d'autres plus bobos après le chantier. Ici, c'est la droite du centre-ville qui est visée, particulièrement dans la rue de Siam, et la haine sectaire qu'y porte le PS est difficile à imaginer.
Le tramway n'est pas un projet rationnel. C'est un projet politique. Mais pourquoi aller jusqu'à ruiner la ville pour cela, je ne l'ai pas encore complètement compris. L'enquête continue...
17:55 Publié dans Rhétorique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Tramway, Référendum, PS, Précarité, Rue de Siam, Brest








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