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18/07/2008
Le naufrage de Brest 2008 (3)
Avant de passer à ma conclusion sur Brest 2008, il m'est paru important d'aborder un point crucial : celui de la valorisation de la ville auprès du grand public, par son caractère spécifique à l'échelle française et européenne.
C'est mon opinion depuis longtemps, que nous sommes plombés ici par un a priori selon lequel nous serions naturellement la grande ville française de la mer (ou "Métropole océane" pour parler plus vulgaire), et que tout le monde va naturellement nous reconnaître comme tel.
Or, on a bien vu cette fois-ci que non seulement la totalité des autres villes côtières, mais même un port fluvial comme Rouen pouvaient facilement nous damer le pion. Le constat est accablant :
- 1 million de visiteurs à Rouen contre 500 000 à Brest
- Les bateaux de prestige à Rouen et les plus petits à Brest
- Gratuité à Rouen contre 13 euros à Brest
- Proximité de Paris à Rouen contre éloignement à Brest
- Equilibre budgétaire à Rouen contre déficit à Brest (j'attends les chiffres)
Nous sommes battus à plate couture. Un maire normal aurait du se sentir humilié par une telle différence, et présenter ses excuses à la population pour avoir tenu à organiser Brest 2008 en même temps que Rouen 2008. François Cuillandre au contraire affiche un grand sourire, parle de récidiver dans la joie et l'insouciance, et continuera à profiter de ses plusieurs salaires et multiples retraites.
Mais il ne faut pas s'en tenir à Brest 2008. Une fois que nous avons compris que nous ne sommes pas la seule ville à avoir un bord de mer, et que nous sommes caricaturalement handicapés par le PS local, on peut se demander si Océanopolis par exemple tiendra le coup longtemps. En effet, rien n'empêche les autres d'investir pour faire beaucoup mieux... et beaucoup moins cher.
Il y a bien un domaine dans lequel nous avons pour le moment l'avantage. C'est celui de la marine scientifique : Ifremer, Institut polaire, voyages au long cours et instruments d'observation de la Marine nationale... personne en France ne peut faire mieux.
Il y avait bien quelques navires concernés sur les quais de Brest 2008 : Le Pourquoi Pas de l'Ifremer, le Marion-Dufresne de la Marine qui ravitaille les îles australes, et puis aussi cet intéressant voilier Tara conçu pour affronter les glaces :

Mais toutes ces ressources on malheureusement été dispersées dans le périmètre de Brest 2008, éparpillées, au point d'en devenir illisibles pour le grand public. Pire, ces équipements modernes ont fait tâche dans la forêt de vieux gréements, incitant le public à détourner son regard.
Il aurait fallu, évidemment, rassembler tout cela dans le même bassin, avec une multiplication de stands beaucoup plus explicites, scientifiques, écologiques. Ainsi les visiteurs seraient repartis avec une nette identification de Brest comme ville de la Marine scientifique, ville des expéditions polaires, etc. On aurait même pu faire venir des équivalents européens, ça aurait bien marqué le coup et nous aurait aidé.
Pire, puisque nous sommes menacés par des coupes budgétaires imminentes, c'était le moment ou jamais de mettre le paquet auprès des décideurs français et européens, de mettre le paquet dans les médias, parce que les autres ne se gênent pas pour le faire, parce que c'est comme ça qu'on acquière le petit poids en plus lors des arbitrages officiels.
Comme vous le savez peut-être, le GESMA est menacé et cela entraînera des faillites en chaîne dans les PME de pointe du technopôle. Mais l'Ifremer et l'Institut polaire ne sont pas à l'abri de coupes budgétaires non plus. Tout cela mis bout à bout, c'est l'ensemble de notre avantage relatif dans la marine scientifique qui est menacé. Et sa mise en valeur fut négligée.
En cette période cruciale, décisive, plus ou moins tragique quand même pour la ville, nos responsables préférairent faire ripaille avec les messieurs dames importants, les yeux émerveillés par le repas gratuit et l'accès aux espaces privilégiés. Et puis ce badge... Ah, la jouissance indicible de porter son badge officiel dans la foule des quidams, d'avoir le droit de passer tout seul en sens inverse sur la voie réservée du petit pont alors que tout le monde suit la discipline du sens unique sur la voie centrale, l'accomplissement de toute une vie pour le militant socialiste de base.
Seule ombre au tableau, une banderole de la CGT sur le Pourquoi pas, annonçant des compressions de personnel à l'Ifremer. Mais reléguée au bout du dernier quai, sur un navire mal indiqué, là ou peu de public s'aventurait. Le bateau Brest coulait, et le PS local fut absent dans la bataille. Et tout cela paraît-il est un succès, et tout cela paraît-il doit recommencer en 2012. Rien ne peut les atteindre. Ils ont eu leur repas gratuit. Ils sont repus de petits honneurs et de petite visibilité, et expriment leur contentement en toute obscénité.
Brest 2008 n'est pas un succès. C'est un échec monumental comparé à Rouen, et c'est un échec monumental de l'avoir organisé en même temps que Rouen. Il y a le feu à la rade. Non seulement le tramway coûtera beaucoup plus cher que prévu, mais la ressource fiscale va fortement diminuer. Et ce coup-là, ce n'est pas d'un déficit de quelques millions que l'on parlera, c'est du sacrifice généralisé des autres dépenses indispensables à la ville.
Et si le public brestois ne se remue pas fissa fissa, alors l'édition 2012 sera celle du Titanic. Il faut bouger, il faut réagir. Il n'y a plus de commandant à bord. Il faut sonner la cloche de détresse. Il faut se remuer. MAYDAY.
08:30 Publié dans Marine | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Tramway, Référendum, Brest 2008, Brest, PS, Ifremer, Institut polaire
Commentaires
Bonjour Trollibus,
A priori nos élu-e-s n'auront pas à communiquer sur un déficit budgétaire comme en 2000 et en 2004. Il ons tout simplement augmenté la participation de la Ville de Brest et de la communauté urbaine afin que le montant du déficit soit rajouté au budget provisionnel de cette manifestation. A noter que la participation de la Région a été plus importante qu'en 2004. A charges égales, les organisateurs devraient donc s'en sortir sans déficit.
Budget " Brest 2000 " et " Brest 2004 " : 10 millions d'euros (65 millions de francs)
Budget " Brest 2008 " : 12 à 13 millions d'euros (78 millions de francs)
Reste à connaître la fréquentation de " Brest 2008 ". D'après les premiers chiffres elle serair en baisse par rapport aux autres éditions. Paramètre prévisible car toutes les données des précédentes saisons touristiques confirmaient une baisse de pouvoir d'achat des villégiateurs, quid d'une lassitude en ce qui concerne ce type de grands rassemblements.
Programmer la manifestation brestoise à quelques jours d'intervalle avec celle organisée par la Ville de Rouen est véritablement une faute politique dont la responsabilité incombe aux élu-e-s. Vous avez exposé assez clairement tous les paramètres de comparaison que nos élu-e-s n'ont pas voulus prendre en compte en 2004.
Ce qu'il faut comprendre à mon avis, c'est que le choix du maintien de la manifestation brestoise en 2008 trouve en grande partie son explication avec l'ambition des élu-e-s de faire découvrir le nouveau port du Château lors de cette manifestation maritime. Ensuite, il est clair qu'appréhender une période électorale tout en surfant sur le patos émotionnel et médiatique qui entoure ce type de grand rassemblement maritime à Brest a du aussi jouer dans la balance.
Ecrit par : Chris Perrot | 18/07/2008
Beaucoup de bonnes et de mauvaises raisons de critiquer cette fête à travers vos articles. Au passage la municipalité de Rouen est aussi socialiste ...
Brest de part de sa situation géographique, de son éloignement de Paris ne peut rivaliser en terme de fréquentation avec Rouen, je ne pense même pas qu'il y ai une veritable concurrence sur ce point là, sauf sur la présence à Brest de plus de grands voiliers.
Contrairement à Rouen, l'intêret de Brest c'est de pouvoir voir naviguer les bateaux, et toutes mes connaissances qui venaient pour la première fois ont surtout retenu de la fête la petite ballade en bateau d'une heure qui malgré le prix conséquent ( 13 EUR ) reste leur meilleur souvenir de la fête.
Ecrit par : granit | 19/07/2008
Commençant quelques jours avant " Brest 2008 ", l' Armada de Rouen a bénéficié d'un raz de marée médiatique fort prévisible. La proximité avec la clientèle du bassin parisien a contribué à booster sa fréquentation.
En se proposant d'être ville départ du Tour de France, les élu-e-s brestois espéraient faire un "coup " pour compenser l'avantage médiatique rouennais. Si Brest a eu son événement sportif en début de juillet, cela n'a pas eu l'effet escompté pour faire la promotion des fêtes maritimes brestoises.
Même si les deux manifestations différent sûrement par leurs contenus, c'était deux grosses machines événementielles ayant pour trait le patrimoine maritime qui s'affichaient en concurrence en ce début de calendrier estival. Duel qui s'affichait d'office favorable à Rouen (gratuité, proximité du bassin parsien).
Le marketing touristique a ses raisons que nos élu-e-s ont volontairemnt ignorés depuis le départ. C'est un choix. Un mauvais en l'occurence.
Ecrit par : Chris Perrot | 21/07/2008
J'avais peur au départ, vu le nombre impressionnant de bateaux annoncés à Brest 2008, que l'effet inverse se produise et que l'Armada de Rouen souffre le plus de la concurrence entre les 2 évènements...
Apparemment, le résultat du match se dessine finalement en faveur des rouennais, mais je ne me réjouis pas pour autant de la baisse de fréquentation à Brest. Je pense que de tous les arguments donnés ici les 2 plus puissants en faveur de Rouen sont la gratuité à une heure de Paris d'une telle fête (très réussie! :-).
Ecrit par : VJ, un rouennais qui vous veut du bien | 22/07/2008
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