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07/07/2008

Ku Ku Ku !!!

Je reprends ce blog après quelques semaines d'absence. J'étais en fait impliqué dans le référendum irlandais.

Rien à voir avec le tramway brestois, me direz-vous? Eh bien je voudrais quand-même me risquer ici à quelques comparaisons :

- Dans les deux cas, il s'agit d'une décision des élus en violation d'un référendum populaire précédent. Le traité de Lisbonne était une resucée du traité constitutionnel refusé en 2005, et la voie parlementaire a été choisie partout où c'était possible, explicitement pour contrarier la volonté populaire.

- Dans les deux cas, le projet a entraîné une adhésion irrationnelle de la part des élites, avec pour corollaire une disqualification des attitudes rationnelles.

- Dans les deux cas, le projet a été élaboré dans l'optique d'une zone géographique plus grande, et ne correspond pas aux spécificités de la zone où il doit s'appliquer, qui est donc sacrifiée. Mondialisation pour l'Europe et complexe nucléaro-industriel français pour le tramway brestois.

- Dans les deux cas, le projet a été élaboré dans des cercles non révélés au public. Les conseillers externes anonymes de la Commission européenne ou bien les fameux actionnaires inconnus de la Semtram.

- Dans les deux cas, le projet comporte un certains nombre d'erreurs techniques grossières inacceptables de la part de spécialistes.

- Dans les deux cas, le projet comporte des dangers économiques cruciaux pour la zone concernée.

- Dans les deux cas, le projet a été conçu avec un certain retard culturel et dans une intention d'irréversibilité, avec pour conséquence une incapacité d'adaptation aux changements évidents à venir.

On voit donc que les points communs sont en fait assez nombreux.

Ce que je vois comme tendance politique de fond, c'est que la base citoyenne commence à s'éveiller au fait que, au-delà des élus, il y a dorénavant une technocratie qui dans les faits dirige la société, et auprès de laquelle les élus plus ou moins impuissants viennent prendre leurs consignes. Cette technocratie a tendance à s'accroître, dans les décisions européennes, pour le tramway brestois, mais aussi dans de nombreux autres champs comme l'environnement, l'éducation, la santé, le bâtiment, la pêche... et même dans la morale et le contrôle des moeurs.

Or, cette technocratie est loin d'être parfaite. D'abord, elle tend naturellement à s'accroître pour veiller à ses propres intérêts, comme le fait toute bureaucratie. Si on ne l'arrête pas, elle demandera de plus en plus de certificats, de procédures et de concentration des décisions, à propos de tout et de n'importe quoi, y compris de la vie privée. Mais aussi, elle est sujette à de grosses erreurs techniques, même dans ses champs de spécialisation. Et enfin, elle n'est pas impartiale mais plutôt perméable à l'influence d'intérêts particuliers et discrets, qu'ils soient financiers ou idéologiques.

Bref, la montée en puissance de la technocratie devra constituer l'une des préoccupations majeures des démocrates du vingt-et-unième siècle. Vous aurez peut-être remarqué, au-delà du clivage droite-gauche, la multiplication récente des "hautes autorités", "comités d'éthique" et autres "conseils supérieurs" dans tous les domaines possibles et imaginables, enlevant toujours un peu plus d'autonomie aux citoyens. Savez-vous comment on est nommé dans ces bidules ? Moi en tout cas je n'y suis jamais invité.

Mais je suis persuadé que la condition sine qua non pour y entrer, c'est d'avoir montré pendant toute sa carrière une incapacité à critiquer l'avancée de la technocratie, même en cas de grossières erreurs. C'est aussi de ma part une pierre dans le jardin de l'altermondialisme : il n'y a pas que l'accroissement constant de la précarité, il y a aussi de plus en plus de gens qui accumulent des revenus et de la sécurité de carrière, justement à l'abri de la technocratie, et justement à l'écart de toute compétitivité, ou même de l'exigence de compétences crédibles dans certains cas.

Le référendum, parce qu'il n'y a pas d'élus à nommer, parce qu'on se concentre sur un sujet particulier au lieu d'adopter l'idéologie globale d'un parti, parce qu'on peut vraiment fouiller jusqu'à l'origine juridique et institutionnelle d'une décision, est le moment par excellence de cette prise de conscience citoyenne. Et c'est ce que le PS plus que tout autre parti cherche toujours à éviter, que ce soit au niveau de l'Europe, des aréopages moralistes nationaux ou de l'urbanisme brestois.

Et c'est pourquoi, après avoir passé un mois à m'impliquer dans le référendum irlandais, je recherche maintenant un travail à l'étranger, car j'ai pu constater par comparaison à quel point la France est en déclin, prisonnière d'une technocratie moralement pompeuse et techniquement arriérée. J'ai pu constater à quel point la pesanteur et le marasme culturel qui règnent ici ne sont pas nécessaires ailleurs. Je vous assure que ça fait un choc, et qu'on a du mal à se remettre à écrire sur la politique brestoise après ça. Et mon départ éventuel pourra être interprété comme un signe du destin de Brest, une ville sans diplômés, sans entreprises, ruinée, surtaxée, mais avec un beau tramway. Et ailleurs, la vie va continuer. Sans attendre Brest.

Ailleurs, il y a de la vitalité, de la créativité, de l'avenir. Dès qu'on s'éloigne du PS français la sensation sourde de déclin disparaît. Et l'espoir renaît. Parce que ce que j'ai vu là-bas en Irlande, c'est quelque chose de précieux, quelque chose que l'on a oublié ici. C'est la capacité à être irrévérencieux. Et tout commence par la capacité à être irrévérencieux.



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Commentaires

Bonjour,
Je partage entièrement votre point de vue. je voudrais également porter à votre connaissance une info largement censurée par la presse française : le président de la république fédérale allemande, H. Köhler n'est pas sûr d'entériner la signature de traité de Lisbonne. Les Polonais, évidemment, des guignols. pas étonnant qu'ils ne signent pas mais l'Allemagne, c'est fini pour Sarko. Donc silence. En fait, deux partis ont déposé une plainte auprès du tribunal constitutionnel et, en attendant cette décision, le président de la république allemande a gelé sa décision. Donc, bonne chance à l'étranger... Et donnez de vos nouvelles.

Ecrit par : vakater | 07/07/2008

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