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20/05/2008

La tentation de Paprika

Deux articles dans la presse locale sur le sujet du tramway le mois dernier, tous les deux dont les titres laissaient songeur en raison de leur contraste avec le contenu.

Premièrement, Le Télégramme titrait dans à peu de chose près "Tramway, le débat s'installe à la fac". C'était comme un nouveau lever de soleil le matin quand j'ai découvert ce titre. Je me suis dit que le climat politique à Brest s'ouvrait enfin, que l'université permettait enfin un débat rationnel sur l'avenir de la ville.

Non pas que j'accuse l'UBO d'être inféodée au PS, oh la la loin de là. Le fait que de nombreux professeurs soient sympathisants, certains même élus, que les conférences publiques qui y sont tolérées correspondent grosso modo aux diverses tendances du PS, que des professeurs qui déclarent publiquement qu'il faut accepter la mondialisation, parce qu'on conservera à jamais l'avantage des Airbus et autres hautes technologies en voie de délocalisation, soient autorisés à y enseigner, et à y corriger les examens d'étudiants compétents, et même à devenir sénateur PS, n'est certainement pas probant.

Le fait que les intervenants extérieurs, les chargés de cours temporaires soient quasi-systématiquement des gens qui ont des contacts avec des membres du PS non plus, n'est pas probant.

Non, au contraire, je fais plutôt confiance à notre université locale. Je lui fais confiance parce qu'il y a à Brest deux pôles importants de recherche, le Centre de recherche bretonne et celtique à la fac de lettres, et l'Institut de géoarchitecture à la fac de sciences, dont les membres sont motivés par l'avenir de la Bretagne, son urbanisme et son aménagement du territoire, et qui n'ont pas hésité d'ailleurs à s'exprimer publiquement là-dessus dans le passé.

Ces deux centres seraient donc tout indiqués pour lancer un débat sur l'avenir de la ville, étant donné les menaces qui pèsent sur son économie, et sur les équipements régionaux en général.

Mais apparemment ce n'est pas pour tout de suite. En fait de "débat qui s'installe à la fac", c'était en face, au cinéma en face de la fac de lettres, et les étudiants qui y ont été interviewés n'étaient nullement soutenus par leur institution. Pas l'ombre d'un prof à l'horizon.

Il n'est pas trop tard pour que l'université prenne ses responsabilités. Je ne doute pas qu'elle le fera. Sinon, on pourrait jaser, et se dire que l'attitude de l'UBO correspond exactement au style du PS local, qui consiste non pas à agresser, mais toujours à retirer, passer sous silence, contrôler. On pourrait aller jusqu'à imaginer que l'UBO n'est pas réellement dans la République, qu'exprimer une critique démocratique contre le PS y est de fait considéré comme illégal.

On pourrait même imaginer que les profs sont en train de placer leurs enfants ailleurs, tout en continuant à parler à leurs étudiants d'identité locale. Mais bon, ce serait aller un peu loin dans le pessimisme, et les sympathisants du PS qui s'y trouvent, eux au moins, ne sont tout de même pas capables d'un tel cynisme. Il est certain que M. Fabrice Huret, doyen de la fac de sciences jusqu'à sa récente élection, et justement à présent chargé de l'économie dans la majorité PS, ne permettra jamais une telle infâmie, et organisera en temps voulu le débat qui s'impose sur l'avenir de Brest. Peut-être même, si on le laisse exprimer ses talents, avec une considération sociale sur l'avenir des travailleurs non statutaires.

Autre journal, autre titre. Le Ouest-France titrait récemment "Le tramway aura une longueur d'avance". Là aussi je me suis dit que c'était une bonne nouvelle, je m'attendais à trouver dans le corps de l'article l'annonce d'une technologie de pointe, la preuve qu'on n'est pas les crétins à qui l'industrie est en train de fourguer les derniers modèles des années 90. Bref, un tram valorisant pour son inauguration en 2012, quoi.

Mais non, la "longueur d'avance", c'était seulement que les rames auraient une déco intérieure d'inspiration marine.

Bof, les couleurs je critique pas. Mais j'ai été effondré en lisant dans cette article qu'ils ont osé faire des fenêtres en imitation de hublots. Déjà qu'on a un nom de pizza pas chère (Brest métropole océane), mais en plus on a le mauvais goût et le ringard pour touristes comme déco intérieure.

A ce niveau-là, pourquoi ne pas tendre aussi des faux filets de pêche sur les parois, avec un ou deux crabes en plastique, pourquoi ne pas déguiser les chauffeurs en Capitaine Haddock, avec une barbe postiche et une fausse casquette de marin bleue marine, et dessiner un faux phare pour touristes sur les tickets ?

Pourquoi ne pas organiser aussi une "fête de la mer" en beaucoup moins bien que Rouen, qui nous ruinera encore un peu plus, et qu'on appellera "investissement" et "image de marque" parce que c'est sûr, hein, que les chefs d'entreprise qui souhaitent investir ils sont impressionnés par notre capacité à faire moins bien que les autres et plus tard, avec en plus cette petite touche de sous-culture locale qui n'appartient qu'à nous ?

Ne pourrait-on pas se demander, au contraire, dans l'autre sens, si les investisseurs locaux ne sont pas tentés du fait de cette ringardise brestoise d'aller investir ailleurs ? Si les diplômés locaux ne sont pas tentés d'aller travailler et fonder une famille ailleurs, ne serait-ce que pour leurs enfants grandissent dans une environnement plus dynamique, plus normal ?

Mais il ne faut pas perdre espoir. Car en même temps, paraissaient dans la presse le mois dernier des articles expliquant les prouesses technologiques en cours. Et j'ai moi-même eu l'occasion, en privé, de discuter avec des ingénieurs qui recherchent tout naturellement les dernières solutions technologiques dans leur partie, et qui reconnaissent sincèrement avoir des limitations de budget. Bref, des gens qui raisonnent, vivent et travaillent de manière logique, normale, rassurante.

Et curieusement, tous ces domaines où Brest est à la pointe de la technologie mondiale, tous ces milieux où l'on peut respirer normalement et développer une confiance en l'avenir, ce sont les institutions d'Etat ou les entreprises privées sur lesquelles le PS n'a aucun pouvoir d'influence. Dans le milieu associatif au contraire, dans une partie de l'université, dans le secteur social, règne et s'épaissit chaque jour un peu plus un voile de marasme, de retard, de déclin lent, de rétention de l'intelligence et de la volonté, de contrôle, de silence dont on ne sait s'il est malveillant.

C'est pourquoi il serait trop bref de répondre à la question du tramway en disant que la solution, c'est de quitter Brest au plus vite pour trouver ailleurs le dynamisme, la créativité, le talent et tout simplement la capacité à vivre dont on a tant besoin.

Le goût de la nouveauté, le simple goût de la nouveauté.

Ailleurs, le monde vit, il évolue, il crée, et il ne nous attend pas. Le ciel est bleu ici aussi, la réalité est sous nos pieds. Il suffirait juste de constater la réalité. Il faudrait accomplir l'exploit surhumain de décider des dépenses conformes à nos capacités et à nos besoins.

La vérité est ailleurs, mais elle est aussi ici. L'espoir, la vitalité aussi.


Commentaires

Ne serait t-il pas tendance de nommer aussi les différentes stations d'un nom d'îles bretonnes, quoi ? Sein, Ouessant, Molène, Béniguet, Bréhat,... cela serait raccord avec les hublots de la machine et la FORTE idendité maritime locale. Question image, certes cela ne serait pas Berck-sur-Plage mais plutôt genre "Beurk" tendance biniouseries pour gogos en goguette. Pt'êt, un plus pour l'attractivité touristique de la ville... Va savoir, quoi...

Ecrit par : Chris Perrot | 21/05/2008

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