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27/04/2008
Pour un Grenelle de l'économie brestoise
Ainsi donc c'est la CGT qui a révélé cette semaine à la presse les détails concrets brestois du plan gouvernemental de réduction budgétaire: foyer du marin, approvisionnement, habillement de la Marine, base de Lanvéoc...
Cette annonce arrive, vous pourrez le remarquer, après les élections. D'aucuns soupçonnent que quelques candidats connaissaient parfaitement ce programme, mais ont choisi de nous le dissimuler et de continuer à nous embobiner avec leur régénerescence magique de la ville grâce à un tramway devenu véritable fontaine de jouvence et panacée mystique.
Pourrons-nous payer ce tramway merveilleux ? La question se pose désormais avec une acuité certaine, et on ne peut plus dire que c'est Trollibus qui déconne, tout seul devant son ordinateur.
De manière plus générale, je pense que nous avons désormais besoin d'un grand débat public sur l'avenir de Brest, et ses perspectives économiques. Un débat long, démocratique, ouvert, documenté.
Premièrement, nous en avons besoin car il faut établir l'étendue des pertes qui s'annoncent. Prenons par exemple le Gesma : s'il disparaît, ce sont de nombreuse petites entreprises qui disparaissent aussi, et avec elles une grande partie de l'attractivité de Brest dans les nouvelles technologies. Que devient le Technopole sans les commandes de la Marine ? Un îlot de grandes écoles, sans retombées technologiques dans des PME novatrices, écoles dont les étudiants quittent Brest sitôt leur diplôme obtenu ?
Et puis, comme on pourrait le dire pour toute agglomération, les activités principales entraînent autour d'elles toutes sortes d'emplois dans les services aux personnes : infirmières, enseignants, commerçants...
C'est donc le problème de la base fiscale dans son ensemble qui se pose maintenant, et pas seulement des emplois du secteur public. Il faut établir une prévision plausible de manière urgente, et on n'a pas le temps d'attendre l'éveil intellectuel ou le sens des responsabilités des quelques profs de l'UBO qui sont sympathisants du PS, même pas des soi-disant spécialistes en droit fiscal.
Il faut aussi que ce débat soit large et ouvert et transgresse les limites du seul secteur public, pour ne pas répéter l'immoralité qui a sévit dans les années 90, lors des premières réductions budgétaires.
On y a vu par exemple des ouvriers de l'Arsenal toucher un véritable pactole pour quitter leur poste, et en plus bénéficier d'un reclassement dans des emplois publics de l'agglomération où ils n'étaient pas utiles. Et grâce à ce petit capital et ce nouvel emploi pas trop contraignant, ils ont pu acheter des appartements et les retaper, et ils y exploitent maintenant les locataires de la sous-traitance qui n'ont pas bénéficié des mêmes privilèges.
Combien de statutaires brestois sont devenus petits propriétaires et exploitent aujourd'hui les précaires, c'est une question à laquelle il faudra bien répondre publiquement un jour.
Je vais jusqu'à demander la création d'une véritable "Commission de réconciliation", et j'emploie ce terme sud-africain à dessein, car nous vivons à Brest depuis des décennies dans une situation d'appartheid non pas racial, mais social. Non seulement les comportements injurieux des statutaires envers les précaires sur le lieu de travail se sont banalisés, mais de véritables délits ont été commis, qui hanteront la mémoire brestoise s'ils ne sont pas tous établis en pleine lumière.
A l'heure où j'écris, j'entends par exemple parler de disparition de matériaux dans un grand établissement public, et d'enquêtes qui ont été systématiquement dirigées vers la sous-traitance, alors que les statutaires y sont de façon notoire autorisés à amener des matériaux chez eux, et même à utiliser le matériel sur place pour leur usage personnel, pendant leur temps de travail.
Aujourd'hui, tous les éléments se mettent en place pour répéter les mêmes erreurs, à la différence toutefois que la municipalité n'avait pas alors de projets d'investissements aussi démesurés, ce qui rend encore plus criante l'impunité sociale des responsables du PS, assurés de percevoir plusieurs revenus jusqu'au bout, même en cas de faillite totale.
Je crois entendre d'ici les tractations discrètes entre les responsables syndicalistes et nos chers élus : "Tu donnes ça pour les ouvriers sous statuts, tu nous payes en plus un nouveau local, et on arrête de gueuler pour les précaires". Si vous relisez le communiqué de la CGT, vous vous apercevrez que seuls les dangers sur l'emploi publics sont précisés, sont quantifiés. Le reste, c'est vague. Le GESMA c'est précis, les PME qui tournent autour ce n'est pas nommé, ce n'est pas quantifié. Les buralistes, les plombiers, les caissières de supermarché, les assistantes maternelles, tout ça ce n'est pas précisé, ce n'est pas quantifié, ce n'est pas nommé. Les drames personnels peuvent se dérouler dans l'anonymat.
Il nous faut enfin, un débat ouvert, complet, parce que la manie du contrôle par le réseau PS a atteint ses limites. Retirer une invitation à un expert qui peut émettre des critiques lors d'un débat, dissimuler des documents jusqu'au moment opportun, trouver tel ou tel artiste pour s'exprimer de telle manière, c'est habile, mais ce n'est pas intelligent.
Le concept de métropole, notamment, n'est pas intelligent. Une métropole, normalement, c'est quelque chose qui ajoute des ressources à un arrière-pays, à un réseau de petites villes. La vérité, ici, c'est qu'on est en train de troquer une ville de Brest riche dans une Bretagne riche, contre une ville de Brest appauvrie qui enlève dans la panique des ressources à des villes moyennes appauvries, dans une grande zone Bretagne-Pays-de-la-Loire-Poitou-Charentes sans âme, expressément prévue pour une mondialisation dans laquelle même Rennes, Nantes et Angers seront appauvries.
Mais peut-on attendre une critique de la mondialisation du parti de Dominique Strauss-Kahn ? Où sont les profs de l'UBO de centre-gauche qui militaient pour le développement économique de la Bretagne ? Où est l'établissement des faits les plus évidents ? Où est la géographie ?
Il faut que les Brestois se réveillent, qu'ils s'organisent, qu'ils se parlent. Qui aura le droit à quoi ? Que veut-on faire de Brest en vérité ? Peut-on voir plus loin que l'octroi de privilèges aux privilégiés, et discuter de l'intérêt général de l'agglomération ?
Arriver au niveau de Quimper et Lorient n'aurait rien d'humiliant... à la condition qu'on n'insiste pas pour se payer les équipements de Rennes, Nantes et Angers. On est les dindons de la farce ici. Et c'est bientôt Noël.
21:25 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Tramway, Référendum, Economie, BMO, Métropole, Brest
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