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27/04/2008
Le risque judiciaire pour les hommes
Beaucoup d'experts des transports en commun restent dans le confort de données techniques, et, pour ce qui est du qualitatif de la vie en société, s'en tiennent à des lieux communs tout aussi confortables. Et comme d'habitude, c'est à Trollibus de parler des sujets qui dérangent.
J'écris donc cette note pour parler du danger pour les passagers masculins d'être accusés à tort de harcèlement sexuel. Pas facile comme sujet, hein ?
Commençons donc par une constatation de base : notre société s'américanise, dans l'économie bien sûr mais aussi dans les moeurs. Et aux Etats-Unis, la notion de harcèlement sexuel, qui était au départ restreinte aux cas de pression d'un supérieur hiérarchique pour obtenir des faveurs sexuelles, s'est aujourd'hui étendue à toutes les occasions possibles et imaginables de coexistence d'un homme et d'une femme dans un même lieu, même sans sexualité précise. Pour ne prendre qu'un exemple, la jurisprudence américaine a fixé à 9 secondes le temps qu'un homme a le droit de regarder une femme. Au-delà de 9 secondes, c'est une agression, et cela peut donc donner lieu à des condamnations bien réelles.
Quand je raconte cela, j'obtiens à chaque fois la réponse "Oh mais ici on est en France, on est latins, on n'arrivera jamais jusque là". Mon oeil. C'est depuis les années 80 que j'observe les évolutions de la société américaine, c'est depuis les années 80 qu'on me dit qu'on n'en arrivera "jamais jusque là", et à chaque fois on en arrive jusque là quelques années après. Je l'affirme donc : notre société s'américanise.
Prenons maintenant un cas bien français : l'affaire d'Outreau. Des adultes dont la vie a été ruinée par des accusations mensongères, puis l'emballement d'une machine judiciaire inhumaine. A ce jour, d'après les experts, les enfants en question continuent de raconter les mêmes meurtres imaginaires, et même continuent à en être persuadés.
Sans aller jusqu'à de tels extrêmes, j'ai moi même été le témoin d'une scène dans un bus brestois. Une mère avec sa petite fille montent dans le bus et s'asseyent à côté d'un monsieur. La fille entre le monsieur et la mère. La petite fille montre alors un comportement de panique et demande à sa mère si le monsieur va essayer de la violer. Précisons que le monsieur n'avait aucun comportement suspect. La mère a répondu que non, mais la petite fille a continué de se montrer apeurée, créant un malaise palpable dans tout le bus.
Plus généralement, il arrive souvent qu'une classe entre dans le bus avec des enseignants, et que les enfants doivent alors s'asseoir à côté d'adultes. Dans ces cas-là, puisque les enseignants ne peuvent observer toutes les mains, tous les pieds et tous les regards, un enfant affabulateur se trouve dans la possibilité de se plaindre d'attouchements. Même plusieurs jours, plusieurs semaines après, au gré d'autres évènements.
Et des enfants affabulateurs, il y en a...
De telles accusations restent assez rares, mais il est indéniable qu'un homme qui se trouve dans un bus à proximité d'enfants court aujourd'hui un risque judiciaire grave. Même si l'accusation est invraisemblable, j'insiste même si l'accusation est invraisemblable, la machine judiciaire se mettra immédiatement en marche, et provoquera une catastrophe dans sa vie : garde à vue, retrait de ses propres enfants, prison préventive, procès à n'en plus finir, difficultés à retrouver du travail, etc.
Ne me dites pas que cela n'existe pas. Demandez aux enseignants...
Cette atmosphère malsaine de soupçon constitue de nos jours une incitation à ne pas prendre les transports en commun, précisément pour la catégorie des hommes adultes. Sans compter le risque judiciaire, un homme préférera, s'il a le choix, ne pas subir ce genre de malaise latent. Dans sa voiture, personne ne peut l'accuser à tort de comportement pervers. Il est tranquille.
Cela contribue à faire du transport en commun le moyen des enfants, des femmes, et des chômeurs qui n'ont pas le choix. Donc un lieu anormal pour un homme qui travaille. Ce n'est pas la seule raison mais cela y contribue.
Le tramway brestois est conçu dans une optique plus générale de retour des automobilistes aux transports en commun, surtout à cause du prix des carburants. Mais ce genre de raisonnement omet toutes les incitations modernes à ne pas prendre les transports en commun et à préférer la voiture dès qu'on le peut. C'est plus confortable certainement d'omettre ces motivations quand on a choisi de promouvoir le tramway, mais c'est aussi confortable de ne pas parler de sujets scabreux quand on est un personnage public en général.
Or, le lien social se délite, et la cohabitation des personnes dans un même lieu devient de plus en plus difficile : harcèlement sexuel, mais aussi incivilités en tous genres, incompréhensions mutuelles, intolérances... Voilà autant de thèmes que nous essayerons d'aborder dans de prochains articles.
Les médias de manière écrasante ont tendance à louer de manière paroxystique les victimes, quitte à en changer par quinzaine, mais ici et là quelques voix de juristes, de psychiatres, même d'élus, commencent à s'élever pour s'inquiéter du pouvoir démesuré de ceux qui s'autoproclament victimes.
Mais pour tous ces thèmes de société qui dérangent, non seulement le Parti socialiste au niveau national est anachronique (idéologie libérale-libertaire angéliste des années 70), mais parfois il contribue directement à aggraver la situation. Quand à notre PS local, pâle reflet de ce qui se fait ailleurs (ou se faisait ailleurs), peut-on en attendre même une étincelle de lucidité, d'originalité, d'initiative ? En attendant, la situation, à Brest, elle devient de moins en moins civile.
Comment peut-on attirer des gens vers les équipements de la ville si la ville devient synonyme de malaise, de risque ? C'est une question à laquelle il faudra répondre sans nos élus, pourtant soi-disant rémunérés pour cela.
Au fait, existe-t-il des hommes élus brestois qui prennent régulièrement les transports en commun ?
07:18 Publié dans Juridique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Tramway, Référendum, BMO, Civilité, Harcèlement sexuel, Brest
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