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18/04/2008

Du débauchage et des référendums

En préparant mon dernier article sur la pléthore de vice-présidents dans le nouveau Conseil de la Communauté urbaine, je me suis aperçu que figurent dans la liste :

- M. Dominique Cap, maire de Plougastel

- M. Pierre Ogor, maire de Guilers

Juste après l'élection présidentielle de 2007, le PS avait vivement critiqué le "débauchage" pratiqué par le gouvernement Sarkozy.

La doctrine était la suivante : pratiquer des alliances entre partis en négociant un programme commun, c'est acceptable; suivre une évolution personnelle lente faite de rencontres, de lectures, de découvertes, pour finalement changer d'opinion, c'est honorable. Mais changer d'équipe du jour au lendemain selon les possibilités de carrière, c'était malsain pour la démocratie.

Et voilà-t-y pas que le PS brestois recrute maintenant dans son équipe rémunérée MM. Cap et Ogor, qui quelques jours auparavant faisaient campagne contre les candidats PS dans leur propre commune. Et ils sont recrutés pour le poste fortement rémunéré de vice-président dans la même cérémonie ou François Cuillandre est élu au poste fortement rémunéré de président, sans aucune voix contre de la part des communes périphériques.

Dès lors, je me pose quelques questions de bon sens :

- Vont-il continuer à jouer le rôle de chef de la majorité dans leur commune, contre l'opposition PS, tout en obéissant au PS au niveau communautaire ?

- Le poste de maire étant réputé comme pratiquement un plein temps, comment pourront-ils remplir authentiquement leur fonction rémunérée de vice-président communautaire, elle aussi réputée comme pratiquement un plein-temps, avec en plus leur vie professionnelle et privée ? Les citoyens contribuables pourront-ils vérifier leur assiduité ?

- Des sanctions accrues pour les chômeurs, et d'un autre côté la possibilité d'accumuler trois revenus (personnel, maire, vice-président), quelle est la doctrine politique qui soutient cela ?

- Vont-ils continuer à représenter au niveau communautaire les intérêts spécifiques de leur commune, jusqu'à risquer de perdre la rémunération que les élus brestois leur ont personnellement octroyée ?

- Vont-ils à présent accepter que leurs électeurs payent pour un tramway qui ne desservira pas leur commune périphérique, si cela fait partie des conditions de leur rémunération à eux ?

Tout cela pose le problème bien connu du manque de légitimité de toutes ces instances secondaires qui se multiplient en France. Je sais que François Cuillandre est d'accord d'ailleurs, lui qui s'est déclaré pour une élection au suffrage direct du Conseil communautaire, pour la transparence et le respect du citoyen, lui dont la section finistérienne du PS dénonçait récemment à-propos du président "un gouvernement de manoeuvres".

A un niveau plus philosophique, je crois qu'il faut maintenant reconnaître le divorce entre la vie électorale et le logos démocratique. Le logos démocratique, cela consistait à élaborer une doctrine politique, des jugements de valeur sur la société, des solutions à mettre en oeuvre, puis à les présenter aux citoyens électeurs. Mais s'il s'avère que les élus changent de camp juste après les élections, alors ces élections n'ont plus aucun autre sens que la promotion personnelle de ces élus.

C'est pourquoi je pense qu'il faut évoluer vers une pratique généralisée du référendum, ou de la votation comme disent les Suisses. Pour tous ceux qui envisagent la politique comme une activité culturelle au sens large menant à des décisions pour l'intérêt général, alors ce n'est pas un changement de majorité qu'il faut, c'est une évolution plus profonde, où les citoyens reprendront leurs billes.

Les arguments logiques ne peuvent changer selon les changements de rémunérations de leurs locuteurs, sous peine de devenir insignifiants.

Je pense qu'un changement profond est nécessaire, et qu'il doit se décliner sous de multiples aspects: culture, institutions, économie... et je pense toujours que le tramway n'est que le résultat pathologique d'une évolution malsaine de la vie politique brestoise, que nous avons un problème d'identité, de repères géographiques et de niveau culturel des élites, et surtout d'absence d'intérêt général.

Dans les prochains articles nous envisagerons quelques aspects de cette impérieuse nécessité de changer.


Commentaires

Le débauchage n'est pas qu'une pratique qui se pratique entre "droite" et "gauche" ou vice versa mais aussi au sain des grandes familles.

En théorie, il n'y a pas qu'une seule gauche mais plusieurs sensibilités qui vont des ultralibéraux (PS) aux antililibéraux en passant par les écologistes, régionalistes et autres rénovateurs à travers desquels le citoyen étant censé y retrouver une vision de la société et une identité idéologique propre. Quand l'on constate que lors des dernières municipales brestoises l'on n'a pas entendu s'exprimer ni les Verts, ni le PCF ni l'UDB l'on peut s'attendre à ne constater que les renoncements idéologiques de ces derniers au nom de la "solidarité municipale". Qui par exemple à la veille de cette campagne des municipales a entendu le Vert Michel Briand s'offusquer de l'utilisation des ordinateurs de votes opaques et invérifiables? Personne. Etonnant quand Michel Briand fut à l'origine du débat houleux au sein du conseil municipal sur la régression démocratique que représente l'utilisation de ces matériels. Certains n'hésitent pas aujourd'hui à dire que la promesse d'une vice-présidence au sein de BMO à vivement atténué fortement sa verve revendicative sur ce dossier. Croyez-vous que l'on va entendre Gaëlle Abily (PCF) s'offusquer des péages illégaux et excluants mis en place à l'entrée des rassemblements maritimes ? L'ex élu communiste à la culture n'y avait déjà pas vu de problèmes.

D'autres renoncements idéologiques risquent d'apparaître dans les mois qui viennent chez les bénéficiaires de l'ouverture des socialistes brestois. Difficile de cracher dans la soupe qui vous nourrit et qui répond à votre besoin de représentation. Où l'on ne peut à la fois se battre contre la bipolarisation du paysage politique entre le PS et l'UMP et en même temps contribuer à la propre perte de sa formation et ses idées.

Ecrit par : Chris Perrot | 18/04/2008

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