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25/03/2008

Quimper ? Connais pas !

L'une des forces de l'économie allemande, c'est la cohésion territoriale entre les différents acteurs. Quand un industriel devient important, les collectivités locales organisent pour lui des filières d'apprentissage, et se mettent en quatre pour promouvoir ses produits, non seulement par leur communication, mais souvent en achetant elles-mêmes ces produits lorsque l'occasion s'en présente.

Prenez l'exemple des panneaux solaires à Fribourg, tout y est : formation du personnel, commandes pour des bâtiments publics... et si vous téléphonez à leur office du tourisme ou à leur mairie, vous ne tomberez jamais sur une employée qui vous répondra : "Ah je ne sais pas", ou bien "Ah c'est pas moi qui fais ça" ou encore "ce n'est pas à nous qu'il faut téléphoner Monsieur"... Au contraire, un voyage vous sera proposé immédiatement, avec visites des sites valorisants, déjeuner, hôtel, réunion de travail, etc., et vous recevrez immédiatement des documents de promotion tout-à-fait agréables et complets.

Bref, tout le contraire de Brest, quoi.

Je lisais récemment dans la presse que le groupe Bolloré vient de créer une usine de batteries électriques pour véhicules à Quimper. Il s'agit de batteries d'un type nouveau, très performantes, et l'usine emploie dès son lancement une cinquantaine de personnes. Le potentiel de production est considérable et, au fur et à mesure que les commandes afflueront, on pourrait facilement arriver à plusieurs centaines d'emplois.

Sans compter, comme vous le savez, tous les emplois indirectement générés par la présence des employés directs (services aux personnes, commerces...). Sans compter le renforcement du tissu éducatif régional par des filières d'apprentissage, des diplômes universitaires, etc.

Et c'est là qu'il faut bien reconnaître, devant l'évidence, que nous vivons dans une région anormale, où il n'y a pas une volonté sincère de se développer. Songez-y simplement : nous avons à la pointe de Bretagne une grande agglomération où un industriel lance une usine de batteries écologiques pour transports collectifs, nous avons l'autre grande agglomération qui est en train de changer son parc de transports collectifs, et... aucun lien entre les deux.

Au contraire, le groupe Bolloré vient de s'associer avec le carrossier Gruau de Laval pour construire des bus équipés de ses batteries. Et comme de juste, les véhicules en question circulent déjà à Laval, mais aussi à Nantes, à Dinan, bientôt dans d'autres villes... sauf à Brest.

J'en arrive à soupçonner que le groupe Bolloré a essayé d'entamer des tractations avec les élus brestois, mais que ceux-ci ont refusé même les plus simples rendez-vous parce qu'ils étaient complètement aveuglés par leur sacro-saint projet de tramway. Si on s'était bien débrouillés, c'est à Brest qu'elle serait cette usine de bus pour les batteries de Quimper, et on seraient engagés dans un cercle vertueux pour la pointe de Bretagne, dont nous avons bien besoin.

On le voit bien par cet exemple, il y a un développement historique, un développement dans le temps des produits industriels, avec des technologies qui sont novatrices, et d'autres qui deviennent obsolètes. Faire un tramway à Nantes en 1984, c'était peut-être le meilleur choix du moment, mais faire un tramway à Brest en 2012, c'est carrément léser les intérêts de la recherche & développement, de l'innovation en matière d'efficacité écologique.

Ce qui m'apparaît de plus en plus clairement en outre, c'est que le concept de "métropole" tel qu'il est appliqué ici, ce n'est nullement le développement de Brest, mais un mot politiquement correct qui dissimule la désertification des villes moyennes de la région, et des zones rurales.

Donc il y a un bien un mystère du tramway : pourquoi insister si intensément pour adopter un engin qui ne correspond pas à nos besoins, qu'on ne pourra pas payer, et pourquoi, prenons-en pleinement conscience, pourquoi ne pas profiter du remplacement pour développer les techniques de demain, et valoriser ainsi la région, son économie, son écologie, son indépendance énergétique, ou tout simplement son avenir ?

Qui sont nos responsables, nos élus ? Pourquoi refusent-ils de commander un rapport sur les meilleures solutions du moment ? Pourquoi refusent-il de publier les prévisions budgétaires du tramway en euros de l'année où on va payer ?

En attendant, les autres collectivités locales d'Europe, elles, s'entraident activement, sautent sur la moindre occasion de développer les emplois locaux, et promeuvent des industries qui deviennent rapidement exportatrices.

Et nous, ah ben Quimper on connaît pas hein, nous on est "métropole" maintenant. Nous on veut absolument ce que les autres ont fait au siècle dernier. Nous on est des gens bien, nous. Et intelligents, surtout.

Commentaires

Le problème du personnel politique est justement de faire ... de la politique. Quand leurs propositions va dans le sens de l'intérêt général, tout est au mieux dans le meilleur des mondes possibles. Lorsque leurs choix deviennent mauvais, la crainte est que ces personnes s'obstinent tout de même sur leur mauvaise idée pour ne pas se désavouer. Vous comprenez mon bon monsieur, un élu a toujours raison. Il est élu par le peuple, ce n'est pas par conséquent un couillon car le peuple n'est pas bête. Fermez la démonstration. Quand, les dits élus ne préférent user de leur "pouvoir" pour nourrir un marché spéculatif quid à se positionner en apporteurs d'affaires pour certains lobbies privés. Bref, vous aurez beau mettre en avant tous les arguments, vous aurez beau avoir aborder le problème par le bon bout de la raison, vous serez d'office disqualifié en face d'argumentaires les plus démagos ou falacieux. En l'occurence, j'ai pu entendre de certains élu-e-s sortants un peu trop bavard qu'au final ce projet de tramway s'inscrivait plutôt dans une réflexion urbanistique. L'idée au final ne serait pas de répondre à une vrai problématique de transport en commun, mais plutot d'une certaine vision de la ville partagée par un petit club de gens qui se veulent important. Que le coût augmente significativement pour l'usager, apparaît de fait secondaire pour nos notables à partir du moment que ce paramétre d'augmentation de coût contribue au financement de leur projet urbain. Si ce projet s'avére au final un mauvais projet, cela ne sera pas en soit problèmatique pour les élus car ils n'auront à assumer un potentiel mauvais choix que le temps de leur mandat. Pas sûr que la ville s'en remette de son côté. Allez, toi aussi tu veux ton métro, Paul... ?

Ecrit par : Chris Perrot | 25/03/2008

Plusieurs choses marrantes dans ce papier :

- les villes équipées de microbus électriques : qq unes sont citées, dans l'ouest notamment. Dans un microbus, on transporte 10 personnes max. Son autonomie ? 120 km tout au plus. Alors ça pourrait tout à fait être adaptés à certaines dessertes locales, de quartier, ... mais pas, à l'heure actuelle, pour une autre utilisation. Les bus hybrides n'en sont déjà qu'à leur balbutiements (Nantes en a commandés pour 2009 ou 2010), et ils sont moitié plus chers que les bus thermiques, pour une consommation réduite de seulement 10 à 15% me semble-t-il. Tout ça pour dire qu'à court et même moyen terme, on ne pourra pas transporter 50 000 personnes / jour sur une seule ligne avec des autobus électriques. Ce qui ne signifie bien sûr pas que ces technologies sont à rejeter, bien au contraire ;

- usine de bus pour les batteries de Quimper ? Là j'ai du mal à saisir ... si la question qui se pose est simplement de savoir pourquoi Bolloré a implanté son usine de batteries à Quimper plutôt qu'à Brest, il suffit d'aller faire un tour sur Wikipédia pour se rendre compte que l'entreprise Bolloré a été fondée en 1822 à ... Ergué Gaberic. Difficile de lutter contre ça (si tant est qu'il y ait lutte).

Ecrit par : leolelionceau | 01/04/2008

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