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17/03/2008
Le débat commence
Ouf, c'est fini !
Les citoyens peuvent maintenant reprendre leurs billes, et débattre plus librement des sujets municipaux sans crainte d'être assimilés à tel ou tel candidat en lice.
Je ne sais pas si Yves-Marie Robin va de nouveau m'en vouloir, et demander à nouveau à ses avocats de porter plainte contre moi, mais je me sens obligé d'exercer une fois de plus mes droits civiques en critiquant son article de ce matin.
Dans cet article - fort excellent par ailleurs - M. Robin déclare que la victoire du PS "met, ainsi, un terme à toute polémique sur le tramway".
Je savais qu'il était du rôle d'un journaliste d'informer sur les débats locaux, éventuellement en donnant son opinion, mais je ne connaissais pas cette pratique de clore de son propre chef un débat entre citoyens, avec un vocabulaire de père de famille courroucé.
Il cite ensuite des propos de François Cuillandre : "Laurent Prunier et Fortuné Pellicano réclamaient un référendum. Ils l'ont eu ! Le tramway se fera".
Il apparaît au contraire que c'est maintenant que le débat sur le tramway va réellement commencer, même dans le cas extrême d'un froncement de sourcils de M. Robin.
Il est important de rappeler qu'en droit français, seul un référendum est un référendum. Cette élection était généraliste, et il n'est pas possible d'identifier dans le choix des électeurs la part du tramway parmi les multiples sujets municipaux évoqués. Oh, cela a joué, je ne le nie pas, mais simplement le sujet tramway n'y est pas repérable de manière indubitable.
Au-delà des sujets municipaux, on est même certains que beaucoup d'électeurs ont voté par préférence au niveau national. La Gauche Debout avait par exemple appelé à battre la droite pour des motifs nationaux (modifier le centre de gravité de la gauche, refuser le gouvernement Sarkozy) et même des motifs internationaux (lutter contre la mondialisation néolibérale). Le centre, qui critiquait aussi le projet tramway, n'avait pas donné de consignes de vote.
Cette élection n'est donc pas en droit recevable en tant qu'avis sur le projet de tramway. Lorsque l'autocongratulation actuelle s'estompera, lorsque les élections seront oubliées, alors il apparaîtra à nouveau que ce projet est mené en violation du référendum de 1990, seul et unique référendum effectué à ce sujet. Cela sera rappelé notamment lors de la phase d'enquête d'utilité publique, longtemps après l'effervescence de la présente campagne électorale.
Pour moi, cette élection marque la fin d'un cycle, qui avait débuté par les réunions dites de "concertation". On avait vu les conseillers municipaux s'y engouffrer avec véhémence, empêchant ainsi les citoyens de s'approprier sereinement le sujet. Il y avait la crainte d'être assimilé à un parti par les citoyens qui souhaitaient rester neutre et étudier un projet en soi, et il y avait aussi, il faut bien le dire, un doute jeté sur la validité des critiques, du fait qu'elles étaient exprimées haut et fort par ce qu'il faut bien appeler des incompétents.
Ensuite est venue la campagne électorale proprement dite, où on a bien vu que c'était non pas "Laurent Prunier et Fortuné Pellicano", comme le dit M. Cuillandre cité par M. Robin, qui réclamaient une remise à plat du dossier, mais l'ensemble des partis concurrents du PS, également à sa gauche et au centre. L'ouverture avait donc commencé et le débat commençait à se libérer.
Et maintenant que l'UMP est discréditée sur la place de Brest, alors maintenant les citoyens vont s'emparer pleinement du sujet, se rassembler et participer pleinement au débat, au-delà des clivages électoraux partisans.
Enfin, c'est maintenant au sein du PS lui-même que le débat commence, car les dirigeants seront bien obligés d'accorder à leurs militants un débat rationnel et tolérant sur le sujet, et les conseillers municipaux seront bien obligés de faire face aux responsabilités qui s'imposent à tous conseillers municipaux, c'est-à-dire commander une étude sur les solutions alternatives, et en établissant de manière complète les difficultés de financement.
Il appartiendra en particulier aux conseillers municipaux de la majorité de distinguer entre réaliser un projet parce que l'opposition le refuse, ou réaliser un projet parce qu'il est bon pour l'agglomération.
Le débat s'ouvre donc pleinement, au contraire, et M. Robin pourra lui-même y participer librement, par exemple en publiant la liste des actionnaires de la Semtram, ce qui serait un exercice banal pour un journaliste. Je lui suggère donc, à mon humble niveau, d'enquêter sur les tenants et aboutissants économiques de cette affaire, et de publier cela dans ce respectable quotidien indépendant qu'est le Ouest-France.
Par exemple, je lui suggère en toute modestie qu'un article sur la spéculation immobilière autour du trajet prévu serait particulièrement bienvenu.
Que mes lecteurs le sachent, c'est maintenant que des réunions vont avoir lieu, c'est maintenant que l'on va essayer de s'organiser, sans les élus UMP, et surtout de manière méthodique au-delà du clivage droite/gauche. La salubrité du budget brestois concerne aussi bien les dépenses sociales que les impôts des contribuables. Le choix de solutions plus légères et novatrices concerne aussi bien les commerçants que les écologistes.
Et surtout, maintenant qu'est terminé le délire sur la nécessité de devenir "métropole", on va maintenant tous pouvoir reconnaître sereinement qu'on est en train de passer dans la catégorie de Quimper ou Lorient, ce qui n'est pas déshonorant du tout, mais qui impose de réduire d'urgence la voilure, sous peine de setrouver dans l'état d'une Quimper ou Lorient surendettée, ce qui serait là franchement à éviter.
Sur ce, je termine en félicitant M. Yves-Marie Robin pour la qualité du reste de l'article, avec toute la sérénité que je lui souhaite par ailleurs.
10:40 Publié dans Médias | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Tramway, Référendum, Municipales, Robin, Ouest-France, Brest
Commentaires
François Cuillandre ne semble toujours pas être de votre avis pour aborder ce dossier via la raison.
Dans le Télégramme du 18/03/2008, l'intéressé répondait aux questions du journaliste Patrice Le Berre. François Cuillandre fidéle à ses argumentaires populistes a précisé : " ...Le référendum tant voulu par la droite s’est déroulé hier (dimanche 16 mars 2008)".
Pour les six prochaines années, l'on appréciera la continuité de volonté de concertation et la pertinence d'interprétation des faits du leader brestois des libéraux socialistes et apparentés.
L'on pourra se consoler en mettant en place sur internet un wiki sur le sujet. Je ne doute pas qu'on aura le plein soutien du (nouvel) adjoint à la démocratie locale.
Ecrit par : Chris Perrot | 18/03/2008
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