06/03/2008

Eurotrash (2)

Les historiens savent qu'ils sont constamment menacés par ce qu'on appelle l'histoire de bonne compagnie.

C'est-à-dire que les relations sociales apportent une pression tout-à-fait naturelle, qui fait que vous devez rechercher une sorte de consensus émotionnel diffus, ne pas heurter les gens, préserver une atmosphère collaborative, une ambiance agréable, bref se restreindre à une conversation polie. Or, l'histoire est faite d'aberrations. Si l'on veut faire de l'histoire il faut obligatoirement décrire les violences, les dominations, tout ce qui ne vas pas, les multiples chaos inhumains des sociétés humaines. L'histoire ne va pas bien, l'histoire n'est pas sortable, l'histoire choquante.

Pour continuer à décrire pleinement les faits il faut alors se réfugier dans l'écriture solitaire, et consentir à se griller socialement.

Hier j'ai établi une comparaison entre le François Cuillandre de la campagne actuelle et le Nicolas Sarkozy du traité de Lisbonne. C'est important à retenir car les partisans du tramway à Brest veulent eux aussi être de bonne compagnie, ils se contentent de discuter du bien-fondé d'un prochain référendum et du bien-fondé des référendums pour la vie démocratique en général, et en cela leurs propos sont tout-à-fait à considérer. Mais ils ne s'agit pas de cela. Il s'agit de respecter un référendum qui a déjà été fait. Et c'est cela qui est dérangeant.

On n'est pas dans la bonne compagnie, on ne peut pas l'être. Soit on ne fait pas de référendum et on viole la souveraineté populaire de celui qui a déjà été voté, soit on fait un référendum pour réaffirmer celui qui juridiquement n'aurait pas du être nié. Des deux manières, le PS nous force à une alternative sinistre, et malsaine pour la démocratie.

Je vous propose aujourd'hui de regarder cette vidéo de Patricia Adam, députée et candidate sur la liste PS. Je vous conseille particulièrement de prêter attention aux expressions "la République aujourd'hui est en danger", "nous aurons besoin de cette force qui vient du pays tout entier", et "nous défendrons les valeurs auxquelles nous tenons".



Sachez que Mme Adam fait partie des députés qui ont approuvé la ratification du traité de Lisbonne, c'est-à-dire le retour de la constitution européenne refusée par les Français.

Je sais que certains Brestois refusent un référendum sur le tramway, pour des raisons techniques et écologiques. Et ils sont de bonne foi.

Je sais que certains Brestois approuvent le passage de la constitution européenne par la voie parlementaire, parce qu'ils estiment qu'il y a des priorités européennes impératives. Et ils sont de bonne foi.

Mais y'a-t-il quelqu'un dans la salle qui approuve la violation de deux référendums populaires par la même personne, et dans la même année ? Y'a-t-il quelqu'un qui, sincèrement, ne voit pas le malaise démocratique de cette accumulation ?

Je prétends, par mon simple bon sens, que la violation d'un référendum devrait être au maximum une procédure exceptionnelle, exceptionnelle et regrettée publiquement en tant que moindre mal par ceux qui la mettent en oeuvre.

Je crois que, pendant cette élection, on est encore dans la bonne compagnie, dans le ménagement des uns et des autres en tant que candidats légitimes et personnes respectables. On s'inhibe naturellement en ne prenant pas conscience du cas exceptionnel de Patricia Adam dans l'histoire politique française, et particulièrement dangereux pour la stabilité constitutionnelle. On ne se rend pas compte à quel point Mme Adam est un monstre constitutionnel.

Oh certes, quand on la rencontre, elle est de bonne composition, sympa même et affable. Mais quand on revient chez soi, qu'on réfléchit et qu'on pense à son impact en termes juridiques, on réalise qu'elle représente un crépuscule menaçant des valeurs républicaines.

Et à l'entendre parler sereinement de "peuple" et de "démocratie", on réalise qu'on a rencontré quelqu'un qui peut faire froid dans le dos.

Ainsi vont les élections. La presse, la comm des candidats et nos propres inhibitions nous restreignent de plus en plus à une sorte de garden party entre gens bien élevés, qui tous vont présenter un programme savamment mesuré, et en termes particulièrement insipides. Mais la vérité est toute autre, la vérité des campagnes électorales est balzacienne, elle est faite de monstres, de médiocres, de prophètes, de petits ambitieux et de grands seigneurs, de clowns blancs et d'augustes, de surprises, de situations cocasses, d'ironies de l'histoire, de faiseurs et... de personnages dangereux. Elle est comédie, elle est tragédie. Elle dépasse l'imagination. Elle est outrageante.


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