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05/03/2008

Eurotrash (1)

Les nombreuses frasques de notre Président de la République pourraient nous faire oublier que, le 10/02 dernier, il nous gratifiait d'une intervention télévisée pour justifier la ratification du traité européen.

Je voudrais aujourd'hui esquisser un parallèle que j'ai trouvé intéressant entre Nicolas Sarkozy et François Cuillandre, chacun à son propre niveau de gouvernement. La comparaison n'est pas si abusive qu'il n'y parait, si l'on réalise que les deux ont milité pour le Oui à ce traité, et que les deux ont soutenu la désignation de Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI.

On verra à la fin de l'article que les rapprochements peuvent même être troublants.

Tout d'abord, François Cuillandre et Nicolas Sarkozy prennent prétexte d'une élection de représentant pour violer un référendum populaire. Ce faisant, ils entraînent la zone dont ils s'occupent vers un flou constitutionnel bien téméraire.

Ensuite, tous les deux ont menti à leurs électeurs. Cuillandre proposait en 2001 d'étudier un projet et non de l'appliquer; Sarkozy proposait un traité différent et non le retour de la constitution européenne.

Ensuite, tous les deux imposent un projet si mal ficelé qu'il mettra en péril leur propre choix. Même si l'on est pour le tramway, le projet brestois comporte trop d'aberrations techniques; même si l'on est pour l'Europe, le traité de Lisbonne démontrera bientôt l'instabilité qu'il contient.

Ca fait déjà pas mal de points communs. Mais ce n'est pas le plus important.

Si l'on regarde bien, tous deux sont structurellement piégés par une zone de dumping économique autour de la zone qu'il gouvernent. Les pays à bas salaires pour Sarkozy, les communes de la deuxième couronne pour Cuillandre.

Pour la concurrence avec des pays comme la Chine, tout le monde connaît le problème. Mais Sarkozy l'accentue en promouvant un mode de construction européenne qui comprend les pays d'Europe centrale, donc des pays qui structurellement sont obligés de pratiquer le dumping social et fiscal.

De même François Cuillandre voit tout autour de lui se développer des zones d'entreprises qui structurellement dépendent de leur avantage fiscal par rapport à BMO. N'est-il pas frappant que toutes les pépinières d'entreprises que propose la CCI de Brest-même sur son site se trouvent en dehors de la Communauté urbaine : Landerneau, Plabennec, Le Faou ?

Dans les deux cas, non seulement les activités se délocalisent dès qu'on engagent la moindre dépense, mais en plus les entreprises délocalisées continuent à profiter des dépenses de la zone plus chère.

Ainsi il y a fort à parier que les entreprises qui bénéficieront du chantier du tramway à Brest s'installeront en dehors de la Communauté, pour payer moins d'impôts tout en profitant des impôts du tramway. Pour avoir parlé avec l'un d'entre eux, je peux même vous dire que les responsables de zones d'entreprises tout autour de BMO s'en frottent les mains, et qu'ils considèrent comme jouissif le projet de tramway, car ils savent à quel point ils vont bénéficier d'implantations tout en profitant des dépenses de Brest.

Dans les deux cas, on ne peut donc pas parler de dépense keynésienne, puisque le système n'est pas clos, et on s'oriente plutôt vers un trou noir fiscal où nos dépenses financent ceux qui nous privent de nos recettes.

Dans les deux cas, on imagine de grands projets en prenant comme contexte une dimension passée (l'Europe des 12 ou la Communauté urbaine), et on ne se rend pas compte à temps que la zone est devenue plus grande, moins progressiste et moins fidèle.

Maintenant, pour terminer je voudrais émettre une hypothèse encore plus osée. Beaucoup de gens se demandent si Cuillandre et Sarkozy sont si naïfs, s'ils n'ont pas en fait pleinement assumé la mondialisation, et dans ce cas quel est leur véritable projet pour la zone qu'ils dirigent. Dans les deux cas, beaucoup se demandent aussi quel est le sens de cette frénésie de réalisations apparemment frapadingue.

Et si on accumule beaucoup de détails typiques de la gestion de Brest par le PS, détails qui de prime abord paraissaient éloignés :

- Construction de logements pour les célibataires

- Promotion d'une musique de toxicomanes (Carène)

- Faible réponse à la criminalité

- Contrôle des associations culturelles

- Contrôle de l'aide sociale

- Contrôle de l'enseignement qui mène à l'emploi

Les pièces du puzzle semblent se rapprocher : François Cuillandre n'est-il pas en train de créer une zone de salariat précaire, socialement et psychologiquement déstructuré, donc corvéable à merci ? Et n'est-il pas en train de mettre ce salariat précaire à la disposition des entreprises du périurbain libéral ?

Les familles ne sont-elles pas en fait sciemment poussées vers le périurbain, pour constituer une population de cadres, et évacuer les gens capables de se rebeller, de critiquer les impôts, et de regarder le PS objectivement ?

Tout cela est un peu osé, je l'admets. Mais je le rappelle, Sarkozy et Cuillandre ont tous deux appuyé activement la désignation de Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI. Et plus on creuse ce sujet du tramway, plus on découvre à quel point il ne tient pas debout, plus on se demande quel est le véritable but, et plus on commence à douter de tout.

Qui fait quoi, en fait. Qui roule pour qui, et qui roule pour quoi ?

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