28/02/2008
La saga de Trollibus le vert
Les îles sont en général de superbes cas d'études pour l'écologie, car les écosystèmes y sont restreints, et on comprend facilement tous les tenants et aboutissants. Ceux qui s'intéressent aux moteurs à hydrogène auront peut-être déjà entendu parler des efforts menés par l'Islande à ce sujet.
Pour résumer en quelques mots, le moteur à hydrogène fonctionne bien déjà, mais le problème c'est de produire son hydrogène en quantité industrielle. Cela rejoint un peu le sujet de l'écobilan dont je parlais hier : le passage de tous les transports humains à l'hydrogène supprimerait la pollution des moteurs, ne rejetant plus que de la vapeur d'eau, mais pour produire cet hydrogène il faudrait tellement de centrales polluantes que cela n'en vaut pas la peine, dans les conditions actuelles.
D'ailleurs, ce problème d'écobilan en amont ressemble aussi à la différence entre biogaz et agrocarburants, dont j'ai déjà parlé. Les agrocarburants rendraient l'agriculture infernale, le biogaz ne sollicite que les déchets d'activités déjà réalisées.
Mais pour revenir à l'hydrogène, l'Islande semble proposer une situation idéale. D'abord une population réduite, la capitale Reykjavik étant comparable à Brest, donc peu de besoins de transports relativement. Et surtout, de la géothermie à ne plus savoir qu'en faire, le sous-sol étant volcanique. L'Islande a donc décidé sur le long terme de se passer entièrement du pétrole, ce qui est très pertinent pour une île qui n'en produit pas et dispose d'une énergie propre suffisante sur place.
Donc, pour résumer, la géothermie produira l'hydrogène, qui alimentera les moteurs. Le plan est d'essayer premièrement avec les bus de la capitale, puis quand les techniques seront au point à toutes les voitures de l'île, par une multiplication des stations service, ainsi qu'à la flotte de pêche, le poisson étant la principale industrie et exportation de l'île.
Tout cela parait idéal. Sauf que, quand on se renseigne, la technologie de production d'hydrogène est très difficile à développer, et les Islandais n'en finissent pas d'essuyer les plâtres en rencontrant panne sur panne. L'hydrogène reste encore beaucoup plus cher que le pétrole qu'ils importent, et on estime qu'une production industriellement fiable et commercialement intéressante ne verra le jour que dans une cinquantaine d'années.
Alors, pourquoi se donner tout ce tracas ? Pourquoi ne pas attendre que les technologies hydrogène soient développées ailleurs, dans des centres plus grands, par exemple en Europe ou en Californie ? Parce que les Scandinaves sont vertueux, et sont toujours en avance sur nous ?
Tss tss, c'est pas ça du tout.
En fait, Reykjavik a été sélectionnée par Shell comme zone de recherche & développement, et les Islandais ne paient pratiquement rien de tous ces tests et équipements, qui en plus leur seront utiles dans l'avenir. C'est déjà un détail intéressant, par rapport aux documentaires niaiseux qui vous présentent l'Islande comme un paradis "naturel" des véhicules du futur, et les Islandais comme "naturellement" doués pour le rapport à la nature.
Ensuite, l'Islande étant pour résumer un petit port de pêche sur un grand territoire, elle a absolument besoin de diversifier ses activités, et de développer son tourisme. Et la noria de techniciens et de journalistes qui viennent visiter sa station service modèle, qui donc achètent le ticket d'avion Icelandair, qui dorment à l'hôtel sur place et mangent sur place, ça leur rapporte un max de pognon, à leur échelle.
Et c'est ça qu'à Brest on n'arrive pas à comprendre. On n'arrive pas à saisir l'intérêt pour une ville, même ne serait-ce que pour son prestige, de faire partie de programmes expérimentaux subventionnés. Ca coûte quasiment quasiment rien et on n'a même pas un seul fonctionnaire qui soit chargé de chasser ces programmes. Nous ici, on a les deux pieds dans le même drakkar.
14:55 Publié dans Voyage/Tourisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Tramway, Référendum, Municipales, Hydrogène, Islande, Brest








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