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27/02/2008
Mais où est passé le bilan carbone ?
Difficile de faire de la vulgarisation scientifique, on a toujours peur d'omettre un paramètre important, en voulant faire trop simple.
Heureusement, Trollibus se lance une fois de plus dans cet effort risqué, pour son public bien-aimé.
Supposons que vous vouliez acheter une machine à café. Vous vous demandez si elle sera de qualité, si elle fera bien du café, si elle durera longtemps, si elle consommera beaucoup, etc. Ce sont là des préoccupations légitimes. Mais ce sont des préoccupations pour vous, de votre point de vue en tant que consommateur, évidemment puisque c'est vous qui achetez.
Du point de vue de la planète par contre, l'impact de cette machine à café ne se résumera pas à son fonctionnement chez vous, car sa fabrication avant d'arriver chez vous, et son traitement en sortant de chez vous, lorsque vous aurez décidé après plusieurs années de la mettre à la poubelle, supposent aussi un certain coût à l'extérieur de chez vous, une certaine dépense énergétique, une certaine pollution, une certaine main d'oeuvre, etc. Cela est assez évident.
Si l'on voulait être vraiment politique, on pourrait se demander aussi d'où vient le café qui passera dans la machine, comment il a été transporté, quel effet son rejet aura sur la nature, etc.
Les deux points de vue sont assez légitimes. Celui du consommateur, puisqu'il est chargé de veiller à son ménage et non au bien-être de l'humanité entière, celui de l'écologue, puisqu'il est censé protéger l'écosystème, qui in fine nous permet de vivre.
Supposons maintenant qu'un éolienne s'implante dans une commune rurale. La population pourra se demander si ça vaut le coup, si ça fait du bruit ou pas, si ça ne modifie pas trop le paysage par rapport au gain en énergie propre. Mais même pour un instrument supposé écologiste comme une éolienne, il faudra aussi que l'écologue scientifique qui veut être complet prenne en compte sa fabrication et son démantèlement. Eh oui, même les technologies écolo produisent une pollution !
Cette préoccupation de l'impact complet, c'est ce qu'on appelle l'écobilan, ou analyse du cycle de vie d'un produit. Les pouvoirs publics, dans notre 21ème siècle, se doivent absolument de publier l'écobilan de leurs choix d'urbanisme. Les citoyens n'en ont pas vraiment le devoir, mais les pouvoirs publics, si.
Pour le tramway, cela s'applique également. Certes la population pourra se demander seulement si ce n'est pas trop cher par rapport au service rendu, mais le responsable public devra se demander, tôt ou tard, quel est l'impact sur la planète de la construction et du démantèlement du tramway, sur le long terme.
La France, toujours en retard dans le domaine écologique, ne fournit pas encore de procédure publique pour un écobilan complet, comprenant la totalité des matériaux utilisés, mais a tout de même réussi à officialiser une mesure concernant les émissions de carbone, qui s'appelle donc le bilan carbone. Il s'agit bien du bilan de la totalité du carbone émis, y compris dans la fabrication, y compris dans la destruction, et pas seulement dans l'utilisation.
Et c'est là qu'à Brest il y a carence. Pour un chantier aussi massif que le tramway, comprenant des milliers de déplacements en camion, des tonnes de matériaux, de nombreuses machines de travaux publics... apparemment aucun fonctionnaire n'a été chargé de calculer et publier le bilan carbone que cela entrainera.
Pourtant l'ancien directeur et fondateur de l'agence locale de l'énergie, M. Paul Rocuet, a récemment été recruté par la Mairie, mais le maire ne semble pas avoir fait la liaison entre le recrutement de l'ingénieur compétent et la mission évidente.
Cette carence est encore aggravée par la présence de Verts dans la majorité. Peut-on se qualifier d'écologiste et de démocrate, en 2008, sans fournir l'ombre d'un début de bilan carbone aux citoyens, rien n'est moins sûr.
Cela est encore plus préoccupant si l'on songe à l'option de l'achat de bus propres, par exemple au biogaz. Se pourrait-il que le seul chantier du tramway, sans parler de son fonctionnement, implique un bilan carbone monstrueux par rapport à l'option bus propres ?
Se pourrait-il même que le seul chantier de ce tramway entraine un bilan carbone monstrueux par rapport à une continuation avec les bus actuels ?
Et même en restant dans l'option tramway, combien d'années faudra-t-il pour que les émissions de carbone du chantier soient compensées par le fonctionnement à l'électricité du tramway ?
Moi je n'en sais pas plus que vous, je n'ai pas les moyens de mesurer. Par contre je sais qu'il faut absolument le savoir. Et qu'on est en droit de l'exiger.
Tant qu'il n'y aura pas de bilan carbone prévisionnel du projet de tramway brestois, dument publié sur le site de la Semtram ou celui de la mairie, je considérerai, à titre personnel, qu'il y a vice de forme.
Seulement en prenant connaissance du bilan établi par des professionnels, je pourrai alors exprimer une opinion sur l'impact du tramway sur la planète. Et encore, comme il a été dit, cela ne concernera que le carbone. Pas les gravats, et toutes les autres substances difficiles à traiter.
En 2008, dans un pays développé, entamer un grand chantier sans avoir fait un bilan carbone, c'est complètement insensé. Franchement ce projet m'apparait de plus en plus insensé. Je suis perplexe.
13:45 Publié dans Environnement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Tramway, Référendum, Municipales, Carbone, Environnement, Brest







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