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16/02/2008

Du changement dans l'air (3)

Le problème, dans la politique brestoise, c'est qu'on n'écoute pas Trollibus.

On peut être un alcolo complètement discrédité, un grossier personnage avéré, du moment que l'on soit un peu connu dans le show-biz on a le droit à la faveur des élites, mais personne ne trouve gloire à se faire prendre en photo aux côtés de Trollibus, pourtant unanimement qualifié de grande Penfeld de la pensée, génie des Monts d'Arrée, grand timonier du Ponant.

On pourrait en dire autant au niveau national d'ailleurs, où il suffit d'être poussé par les médias, tout en étant à moitié dément (et l'autre moitié un peu vulgaire), pour accéder à de hautes fonctions. Le redressement du pays ne pourra pourtant pas se faire par un simple changement de personnes, mais par le passage à d'autres processus sociologiques de promotion, qui devront bien d'une manière ou d'une autre prendre en compte ceux qui ont manifestement raison, même s'ils sont isolés.

En attendant d'être rappelé par la Nation au plus fort de la crise, tel un aigle dans la tempête, Trollibus en est réduit à montrer tout seul le chemin au peuple, du haut de son HLM. Et les Brestois sont des veaux que l'on mène au tramway.

Notre vice-présidente des transports, Mme Marif Loussouarn, apparaissait hier dans la presse où elle déclarait que "la question des transports et des déplacements va commencer à fragiliser, d'ici cinq ans, les familles et les jeunes couples installés à l'extérieur des communes". Et bien sûr la solution qu'elle préconise, outre la multiplication des logements dans Brest au lieu des espaces verts, c'est le tramway.

Les publications écologistes dans le monde entier considèrent actuellement que l'impact des transports en commun sur le changement planétaire sera insignifiant, et qu'il faut donc d'urgence porter l'effort sur l'avènement de moteurs propres pour les véhicules individuels et les camions. Mais les élus Verts à Brest font tout ce qu'ils peuvent pour empêcher que notre parc de bus puisse servir à l'avenir de la planète, et préfèrent réserver les sommes concernées au tramway nucléaire.

Il existait certes une voie honnête de ralliement au nucléaire pour des écologistes, qui consistait à considérer que, la priorité étant à la lutte contre l'effet de serre, alors le nucléaire devenait relativement la meilleure solution, à la condition toutefois qu'elle soit considérée comme une étape transitoire, en attendant que des énergies plus propres soit développées.

Dans ces conditions, pour prendre en compte le nucléaire de manière authentiquement écologiste, il eut été particulièrement opportun de mettre le parc de bus brestois à la disposition de la filière de production d'hydrogène par électrolyse de l'eau des centrales nucléaires, domaine expérimental pour lequel le CEA recherche actuellement des partenaires. Mais non, Mme Loussouarn ne semble même pas avoir examiné cette possibilité, si elle était même au courant de son existence. Notre élue, l'une des seules vertes chargées des transports dans une grande agglomération en France, s'en remet purement et simplement à la prise de contrôle du transport urbain par le lobby nucléaire.

Etrange destin pour cette génération, qui à Brest ou ailleurs a commencé par inventer des formes nouvelles et contestataires de société, et finit en promoteur d'un transport de première classe. D'où la contradiction cinglante que l'on perçoit entre la volonté des Verts de ramener les gens vers la ville centre pour protéger la nature tout autour (préoccupation de leur jeunesse) et leur promotion active, une fois proches de la retraite, de la spéculation immobilière le long de la ligne du tram. Quoi de plus efficace en effet, pour préparer ce retour des ménages "fragilisés" qu'ils anticipent tant, que de rendre plus chers le transport en commun et le logement en ville ?

Mme Loussouarn se faisait également photographier récemment devant un bus nouvelle génération, à plancher bas et passerelle pour handicapés, preuve flagrante que les bus sont en train d'acquérir tous les avantages que l'on considérait jadis comme typiques du tramway. Mais la municipalité Cuillandre est fermement décidée à rester trente ans en retard, même avec l'objet concret 10 fois moins cher juste devant les yeux. On peut même marcher à l'intérieur, se faire photographier devant, toucher, palper concrètement, mais non, cela ne remonte pas jusqu'au cerveau.

Alors que faire, en attendant que la municipalité socialiste, dans trente ans, nous dise qu'il faut absolument changer pour les technologies adoptées ailleurs depuis trente ans ?

La priorité à mon avis, consisterait à rendre la ville-centre attractive, compatible avec le périurbain qui est en train de devenir de façon irréversible le vrai Brest économique. Le choix du transport en commun, de la politique de sécurité, des orientations budgétaires, ne sont pas à mon avis le fond du problème. J'ai déjà expliqué que, pour beaucoup de partisans du tramway, il y avait à la base un désir de tram qui n'était pas en soi critiquable, parce qu'il n'avait rien de rationnel, et que du désir en urbanisme, on ne peut pas s'en passer. Le désir de base qui conviendrait à la ville de Brest, en train de devenir une ville moyenne dans une agglomération beaucoup plus grande, c'est celui de la marche de loisir.

La marche comme fondement d'une vie quotidienne où l'on prend son temps, comme fondement de la civilité, fondement de l'urbanisme. La marche pour réveiller son corps en allant au sport, la marche pour rencontrer les gens et leur parler sur le trottoir, la marche pour se délasser en sortant du bureau, la marche pour aller au bistrot, la marche pour connaitre sa ville. Alors, les idées s'éclaircissent. La sécurité pour pouvoir marcher en ville à toute heure, la marche pour la lutte contre l'obésité et d'autres pathologies, un réseau de bus pour aller marcher dans tous les quartiers et pas seulement le long d'une ligne, une rue centrale dédiée comme un temple à la marche, sans bus ni tramway prioritaires, une architecture publique à l'échelle des passants, protégeant de la pluie et du vent, ouverte aux éclaircies et aux jours de beau temps.

Des capucins dédiés à la promenade et à la découverte botanique, accessibles seulement en bus ou par une passerelle piétonne, un port de commerce apaisé pour marcher et s'attarder au bord de l'eau, donc sans musiciens toxicomanes ni alcooliques bagarreurs, un encouragement des commerces où l'on se plait à flâner à pieds, puisqu'il sera de plus en plus illusoire d'essayer de rivaliser avec les supermarchés-parkings du périurbain.

Et à partir de là, une ville centre qui deviendra attractive pour le périurbain, où l'on aimera venir marcher en ville, parce que ça fait ville.

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