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07/12/2007

Pour un Grenelle de la rationnalité

J'ai reçu de nombreux messages me demandant ce que je pensai des "1 500 kilomètres de tramway" promis à la fin du "Grenelle de l'environnement".

Comme d'habitude avec le thème Tramway, il suffit de rechercher la source, pour s'apercevoir que les lieux communs colportés sont faux, et que la propagande est intensive. Dans son discours de clôture, à peu près au 3/4, le Président dit : "des voies de bus, des voies pour vélo, ou des tramways". Donc, non seulement c'est un match nul entre les partisans du bus et du tramway, mais tout cela peut en fin de compte résulter en très peu pour le tramway, très peu pour le bus, et le reste en pistes cyclables.

Et nos élites locales de rugir immédiatement leurs "1 500 kilomètres de tramway". La palme me semble revenir au quotidien Ouest-France, qui dans un article citait correctement la référence aux tram, bus et vélo, puis dans le paragraphe d'en dessous en concluait que ce serait uniquement tramway. Curieusement, cet article semble être le seul sur le tram à ne pas figurer dans les archives en ligne de Ouest-France.

Ceci dit, je ne doute pas que les élus locaux font le forcing pour que ce soit tramway uniquement. C'est ce qu'ils déclarent. Je suppose qu'ils sont capables d'arriver à leur fin par dessus l'UMP locale. Après tout, on a bien vu dernièrement la députée de droite annoncer qu'il fallait se résigner au départ des archives de la marine, la députée de gauche monter à Paris avec quelques spécialistes et obtenir immédiatement gain de cause... Il n'y a donc aucune raison de penser qu'une semblable honte ne puisse pas être infligée à propos du tramway à notre opposition locale, dont le leader connait "personnellement" des ministres (ou le Président, je ne sais plus).

Toutefois, si l'on veut bien garder la tête froide et se détacher un moment de la tragicomédie bruyante de l'opposition municipale, les réactions de la majorité à cette annonce posent problème :

- Se voir offrir un choix budgétaire important entre deux technologies pertinentes (tram et bus en site propre) et déclarer immédiatement qu'on ne sollicitera que l'une d'entre elles, sans profiter de l'occasion pour réfléchir, pour commander une étude, cela constitue à mon sens une faute;

- Quand bien même les subventions ne concerneraient que le tram, cela ne serait pas une raison suffisante pour le construire. Même s'il devenait entièrement gratuit, ce ne serait toujours pas une raison suffisante. Il reste à prouver que c'est le meilleur choix.

Il y a donc dans tout cela de grandes lacunes de raisonnement et de méthode, ce qui me confirme dans ma conviction que la municipalité ne souhaite pas vraiment améliorer les transports en commun brestois : elle veut spécifiquement un tram, même si cela peut détériorer le reste du réseau, même si de meilleures technologies sont annoncées.

A quel point est-ce légal de refuser d'étudier des technologies présentant des avantages évidents, je ne sais pas. Il n'en demeure pas moins que l'engagement actuel tient tout autant de la psychologie que la bonne gestion. Ou du retard culturel, peut-être. Si l'on se place dans le contexte des années 90, le tram me semble en effet le meilleur choix. Je parierais donc pour un penchant psychologique consistant à reprendre le flambeau des municipalités de gauche de Strasbourg et Paris dans les années 90, tout en refusant de prendre en compte les nouvelles technologies que ces mêmes municipalités examinent rationnellement à présent.

Bref, le goût des autres poussé jusqu'à l'aveuglement. Insister auprès des ministères pour obtenir la technologie la plus ancienne, la plus lourde et la plus chère, en se fermant par avance aux subventions pour ce qui est plus moderne, plus léger et plus économique, c'est quand-même particulier. Un jour viendra où cet acharnement à répéter "1 500 kilomètres de tramway" immédiatement après un discours qui annonçait autre chose apparaitra comme une folie du temps, une idéologie.

En psychiatrie, on considère généralement qu'un désir pour quelque chose ne devient une pathologie que s'il vous empêche de bien gérer le reste de votre vie. Si vous collectionnez modérément des objets inutiles, c'est votre loisir, votre fantaisie, c'est légitime. Si vous dépensez l'argent des vêtements de vos enfants pour vous acheter ces objets inutiles, vous avez une pathologie.

Si vous arrêtez de payer vos dettes afin de vous acheter le nouvel iphone, et que vous n'avez pas besoin des fonctions de l'iphone, vous avez une pathologie. Si vous ne pouvez plus nommer le magasin qui vend toutes sortes de téléphones que "magasin des iphones", vous avez une obsession. Et si en 2012 vous videz votre compte en banque pour vous acheter un Minitel, vous êtes non seulement un cas pathologique, mais aussi un grand benêt.

Voici ce que je souhaitais dire sur la partie spécifiquement "tramway" de ce discours de clôture du "Grenelle de l'environnement". Les habitués de ce blog auront pu constater que, une fois de plus dès qu'on parle de tramway, les discours locaux manquent de fiabilité, sont contredits par les sources et par le simple bon sens. S'engager pour au moins trente ans dans un truc si massif et si passionnel, cela pose problème quand-même, et mérite que l'on souffle un peu, que l'on retrouve ses esprits, que l'on fasse une pause le temps d'un référendum.

Ceci dit, la première partie du discours du Président m'a paru tout aussi problématique, et je reviendrai sur ce sujet dans un prochain article.