01/12/2009

Le démon des travaux

J'inaugure aujourd'hui mon premier article de "théologie brestoise". Le mot théologie peut paraitre surprenant pour un blog d'urbanisme et de politique municipale, mais en approfondissant le sujet j'ai trouvé la politique brestoise en général et le projet de tramway en particulier si absurdes que j'en suis venu à la conclusion que des explications rationnelles ne suffisaient pas, qu'il doit y avoir en plus un marasme spirituel fort pour expliquer un tel suicide, une telle détérioration de l'avenir de la ville.

D'ailleurs l'attitude de rire dont j'ai parlé récemment est aussi spirituelle, c'est la seule solution que j'ai trouvé pour survivre spirituellement après avoir regardé le PS brestois en face. Mais ce n'est pas si rare. Tout ceux qui ont connu de graves problèmes dans leur vie privée savent bien qu'il n'y a pas que les solutions pratiques, il y a aussi les soupirs, l'estime de soi, l'oubli, les nouveaux départs.

En regardant le PS brestois en face, j'ai vu la mort de Brest, la malveillance, la mauvaise volonté, la décadence. Je me suis éloigné, je me suis reposé, et finalement j'ai ri comme on soupire d'épuisement. Le fait que tant de gens jouissent de plusieurs revenus tout en condamnant leur ville et en augmentant le prix des transports pour les plus pauvres ne peut pas avoir que des explications rationnelles. C'est aussi toute une société qui choisit de se détériorer.

Commençons donc notre démonologie locale par François Cuillandre.

Imaginez que vous avez construit votre maison tout seul, vous avez eu de la peine, la maison est enfin finie, et vous pouvez enfin vous prélasser sur votre terrasse par une belle après-midi. Rhâââ le calme, les doigts de pieds en éventail, la tête à l'ombre, un magazine à la main, un verre sur la tablette, le chant des oiseaux, le bruissement des feuilles dans les frondaisons.

Et c'est à ce moment là que votre conjoint apparait, vous fait une scène parce que la maison ne lui convient pas, et qu'il faut tout recommencer. Et vous voilà reparti pour des mois de travaux. Adieu la paix, la sérénité.

Je pense que, parmi toutes les explications que l'on peut trouver au projet de tramway, il y a aussi un défaut de personnalité chez François Cuillandre. J'ai commencé à percevoir cela lors de la dernière campagne des municipales, pendant une réunion publique où il a prononcé plusieurs fois le slogan "Brest est une ville qui bouge".

Je pense que François Cuillandre souffre d'un vide intérieur, qu'il n'a pas l'intuition de ce que doit être une ville en paix, sereine, bienheureuse. Je pense qu'il veut que Brest soit "une ville qui bouge" parce qu'il panique à l'idée de ce que pourrait être une ville qui ne bouge pas, une ville de province qui fleure bon le repos et la quiétude, une ville où les gens aiment se promener tranquillement, une ville où les gens sont heureux. Je pense que la perspective du confort, du repos et du plaisir de se laisser vivre provoque chez lui une allergie viscérale irrépressible.

Et je pense que c'est pour ça qu'il multiplie les travaux; qu'il ne désire pas la réalisation des équipements officiellement visés, mais qu'il se réjouit dans les travaux eux-mêmes. Je pense que son idéal serait une ville perpétuellement en travaux, perpétuellement en inconfort, avec toujours du bruit, des embarras de la circulation, des désordres de chantier, des désagréments.

Il y a des gens méchants, profondément mal à l'aise dans leur for intérieur, qui ne supportent pas de voir un chat tranquillement assoupi sur un mur. François Cuillandre n'attaque pas les chats, il détruit les murs. C'est l'ennemi des vieilles pierres. C'est celui qui va chasser la mauvaise herbe qui pousse au détour d'un trottoir oublié, cette mauvaise herbe discrète mais si essentielle qui apporte à une ville sa touche de tranquillité, sa fragrance de liberté, son civique bien-être.

C'est pourquoi je pense que le projet de tramway est vicié dès le départ, car il découle d'un désir profond de mal-vivre. On aurait pu se laisser glisser en toute maîtrise vers le statut de ville moyenne, avec des dépenses correspondantes à nos recettes, avec une préservation du patrimoine, avec une amélioration de notre attractivité. Mais non, il faut se révolutionner entièrement, il faut changer ce qui marche bien, il faut se déranger, se tourmenter, se mettre en déséquilibre financier, il faut triturer le bitume, il faut casser, casser, casser.

Et c'est pourquoi une fois le chantier du tramway achevé il y aura le chantier d'une autre ligne, parce qu'on fera une crise existentielle si on perçoit le repos quelque part, parce qu'il faut continuer à casser, casser, casser, et la ville est condamnée à un chantier perpétuel.

D'ailleurs, on voit bien aussi que dans le cas des Capucins, on ne peut pas faire tranquillement un parc botanique, qui mettrait en valeur la vocation de marine scientifique de la ville. Non, là aussi il faut casser, casser, casser, faire un grand chantier, gêner la population, la déranger jusqu'à dans son repos dominical (multiples évacuations matinales), lui enlever le budget de réhabilitation des logements insalubres de Recouvrance, qu'il faut bétonner, détériorer, ruiner irréversiblement le paysage historique des remparts de Penfeld.

Pour exister spirituellement il faut choisir le bien, et la déclinaison du bien pour une ville c'est avant tout la tranquillité. Une ville où les projets sont invertis, servent non à leur réalisation mais à jouir des chantiers, c'est une sorte d'enfer.

Si si, une sorte d'enfer. Car si vous ajoutez à cela l'insécurité, la toxicomanie, les peintures de Paul Bloas, tout cela sous influence du PS, alors le périurbain hors de la Communauté urbaine devient une sorte de paradis. Il n'y a pas que l'économie objective, les niveaux d'impôts, le coût des carburants pour les ménages. Brest sous François Cuillandre pue le mal-vivre. Tout autour de lui respire le mal-vivre. Les gens ne seront jamais heureux dans une ville sous François Cuillandre.

Tout le monde le remarque, chacun le dit avec ses mots à lui. Même les conseillers municipaux PS se lamentent en privé tellement l'existence s'est détériorée depuis son arrivée.